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K57

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Aujourd’hui est mon anniversaire ; le onze novembre.
Comme ma mère est décédée un même jour, cette date est désormais vidée des connotations agréables qu’elle pouvait receler. Il pleut à verse. Par la fenêtre du onzième étage de ma tour je regarde la pluie délaver la ville en redoutant le futur et inéluctable ballet des amis venant à l’improviste rendre visite pour me le souhaiter.
Il est onze heures, le facteur sonne à ma porte, me remet un oblong colis. Ayant toujours été fidèle (j’y suis inscrit depuis plus de vingt ans) à la même société d’assurances, celle-ci m’envoie un parapluie aux couleurs chatoyantes avec une dédicace incrustée sur le manche en ébène ; OOO804, à notre fidèle sociétaire. K 57.
A onze heures trente, sonne Julien qui inaugure le ballet. Il repart. Il oublie son parapluie.
Midi, on sonne ; ma femme de ménage m’offre un parapluie, sans doute lasse de faire sécher mes vêtements trempés par le non-usage de cet ustensile.
Treize heures, on sonne ; un commis me livre un parapluie, comme à tous les lauréats du tirage au sort d’un questionnaire que j’ai rempli par dépit, voilà trois mois de cela, et qui visait à circonscrire l’objet type de notre usage quotidien que nous abandonnerions sans remords.
Quatorze heures, on sonne ; un représentant d’une marque de parapluies sophistiqués, avec différentes options ; une sonnette permettant d’avertir les autres occupants du trottoir de notre présence et, entre autre, un baromètre minuteur autorisant l’usager à prévoir à la minute près, quand il pourra replier sa protection, me laisse à l’essai durant onze jours, un échantillon de ses modèles.
Quinze heures on sonne. Un représentant de la marque d’ascenseurs Otis (à laquelle je suis depuis trente ans fidèle, à ce point que si un immeuble est équipé par son concurrent Schlumberger, je suis alerte et gai de gravir à pieds, quelqu’en soit le nombre, les marches qui me séparent de celui à qui je suis venu rendre visite) me remet pour mon anniversaire un superbe ascenseur, gravé à mon nom, émaillé d’or.
Quinze heures trente, Sandra venue me souhaiter mon anniversaire, repart sans son ascenseur.
Seize heures, on sonne ; le syndic des locataires (dont je suis le plus fidèle représentant depuis quarante ans) a déposé devant mon entrée, accompagné d’une carte portant l’inscription : Joyeux anniversaire, un magnifique ascenseur brodé d émeraudes et serti d’endives, frappé du sceau ; A notre Fidèle et Aimé.
Dix sept heures, le téléphone sonne ; un message sur le répondeur ; Joyeux anniversaire...Allez ouvrir la porte...Il y aura une surprise...Bistouriement vôtre...C’est la voix de Lorenza Malchilch (chirurgienne à laquelle depuis mon enfance j’ai toujours été fidèle ; lui confiant successivement, mes végétations, mon appendice, mes hémorroïdes, une hernie, ma prostate)...J’ouvre la porte ; à terre, une magnifique paire d’amygdales numérotées imprimées à mon nom dans du papier d’alu entouré d’un cordon rouge...J’en rêvais...Comme de la fin de cette journée !

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