Confondante confusion

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La poésie et l'humour, envers et contre tous  [+]

Au commencement, le désir de répandre la bonne parole ne fit que propager un satané virus qui, à la surprise si peu générale, nous prit sans confession pour des condamnés. Et ce malgré une constante croyance au pardon en priant un être consacré.

S’en suivirent, convoqués sans le moindre cachet par les médias, de compatissants scientifiques contraints de répéter qu’il n’existe aucun comprimé conçu pour combattre le mal. D’heure en heure, jour après jour, ils étalèrent leur savoir comme une confiture médicinale constituant une bonne conscience aux dirigeants, et d’une voix réconfortante, tentèrent d’insuffler confiance à leurs compatriotes décomposés.
Tandis que d’autres pontes, auto déclarés plus compétents, firent grand bruit de leurs recherches. Faisant fi des contradictions, inspirés par l’air condescendant venu des illustres sommets, ils prirent de haut leurs confrères, rendus addict aux conférences de tout bord.

Au plus fort du confinement, chacun compacté sur son balcon, prit alors un air compassé et remercia de plus humbles enfin considérés pour leur utilité publique. Affichant leur reconnaissance à autrui, tous oublièrent un instant de rester concentrés sur leur propre existence.

Pendant ce temps, stupéfiés par la force de la nature à reprendre ses droits, faisant refluer les conséquences d’une pollution contemporaine, les sympathisants écologistes se virent aussitôt complanter en bord de Seine, rêvant de faire germer au plus profond des mentalités une conscience environnementale.
Consolé par une mère nature si complaisante vis-à-vis de son irresponsable comportement, le monde se consolida tout en gardant ses distances, sans crainte d’être controversé dans des polémiques sans fin, et enfin convaincu de construire une convivialité respectueuse.

Pourtant dès la contaminante vague passée, beaucoup ne se sentent plus concernés par les gestes barrières si difficilement échafaudés telles des barricades sanitaires, sans pour autant être révolutionnaires, mais tout à leur joie de ne plus être consignés à leur foyer d’affection converti un temps en foyer d’infection.

Afin de compenser le marasme comptable, concocté par des esprits pour le moins féconds, des énarques conseilleurs nous suggèrent de consommer pour consommer en contractant une fièvre acheteuse sans doute moins virale mais bien plus contagieuse que celle toujours en lieu et place, et ainsi relancer l’économie par une surconsommation incontrôlée.

Le dé-confinement à peine accompli, le concours du mécontent futile est relancé, apportant son justifiable tribut à l’incompréhension ambiante. Cependant même à grande échelle et quelle qu’en soit sa forme, être contesté lors d’un convoi d’opposants ne garantit pas la présence d’une critique intelligente ni même l’assurance d’une contribution constructive.

En comparaison, rapportées de tous les continents, les confrontations de tous genres, qu’elles soient de clocher ou de chapelle, conflits idéologiques ou théologiques, ou encore contusions conjugales, laissent des traces pour le moins concurrentes aux constats épidémiologiques. Et bien que rendues publiquement quelconques sans discontinuité, elles ne sont accompagnées de la moindre concession ni même d’un compromis durablement conclu à l’horizon. Horizon qui à défaut pourrait s’attribuer du même qualificatif.

A la lecture de ces lignes un brin compromettantes, force est de constater que la composition de notre langage est émaillée de nombreuses conjonctions et autres conjugaisons susceptibles d’apporter une grande confusion dans notre façon de penser.
Décomptée pas loin d’une centaine de fois jusqu’ici, amateur de moquerie et du mot « con » à tout prix, cette confusion ne proviendrait-elle pas, inconsciemment ou non, de cette disgracieuse syllabe qu’on use à profusion?

Ainsi ne nous prendrait-on pas pour des cons ? Cons damnés, mêlant bon sens et mauvaise foi ? Cons primés aux oscars des émissions médicales ? Cons descendant de leur piédestal poussés à être cons pétant plus haut que leur fondement ? Cons sidérés que si peu ait changé ? Et chacun, une fois l’air con passé, garderons-nous le respect des autres plutôt que cons centrés sur notre nombril ? Cons plantés prenant racine sur la scène politique ? Cons vaincus sans aveu de faiblesse ? Cons trop versés dans le refus d’évoluer ? Cons cernés par nos abus de liberté ? Cons sommés de surproduction ? Cons testés négatif permanent ? Cons promis à un avenir sans planète ?

De confinement en dé-confinement, suffirait peut-être une once de jugeote à inverser cette tendance et changer notre attitude par une simple réflexion. Au risque d’être inconvenant ou par simple déconvenue, saurons-nous être moins cons in fine, refusant de laisser ce texte pour incompris ?... A moins qu’une nouvelle confondante confusion ne fasse s’écrire ce mot de fin d’une façon différente.
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Atoutva · il y a
Outre une belle vérité, bravo pour l'écriture !

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