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Complexité nocive.

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Modelesques

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Devant moi ? Une table. Sur cette table ? Plusieurs objets. La plupart d’entre eux étaient nocifs, nous faisaient du mal, nous ruinaient, faisaient de nous de vulgaires tas de cendres grises. De la poudre blanche, une bouteille transparente contenant un liquide d’aucune couleur également, un cylindre de papier rempli de feuilles vertes hachées, et un carnet, tous alignés de manière horizontale, tous séparés d’une même distance. Et devinez ce que j’ai d’abord choisi ? La poudre. Elle était rugueuse au toucher, et, la portant doucement à mon nez, elle était inodore. Prenant de plus grandes inspirations, les voilà disparues : la poudre et ma lucidité. Mon cœur explosa soudainement, j’étais nouveau. C’était un nouveau moi, un plus fort, un plus intelligent. Mais alors voilà : ma tête se recula d’un élan soudain, mes yeux se fermèrent, et ma tête revint en avant en un bruit énorme. Ma main devant mon nez, des grains de poudre étaient revenus, ceux-ci n’étant pas là deux secondes avant. La cocaïne, une connerie ? L’humain en était une plus grosse.
Je me saisis ensuite de la bouteille transparente. Dessus, une étiquette. J’aurais pu la lire si seulement mes yeux ne se fermaient pas toutes les deux secondes à cause de mes rires fatigués et dénués de sens. Elle était déjà ouverte, alors je fis la même chose que pour la poudre, mais cette fois-ci portai la bouteille à ma bouche et pris une petite gorgée. Mes poumons s’ouvrirent, une suffocation, puis un énorme accès de toux qui m’irrita la gorge déjà en feu. Putain de merde. Mais cette sensation était divergente : comment pourrait-on avoir envie d’une goutte de ce liquide, de s’arracher la gorge avec et d’en vouloir de nouveau ? Cercle vicieux.
Sur cette table ne restaient que le cylindre de papier et le carnet auquel y était attaché un stylo. J’ai pris le cylindre et sortis de ma poche un Zippo. Il était noir et il était décoré d’une flamme rouge et orange, juste une seule. Une brûlante, qui détruirait tout sur son passage. Moi. Alors j’allumai le cylindre et l’amenai à ma bouche. Une inspiration, puis une expiration. Et merde, un autre accès de toux. Des éléphants roses, des lapins bleus. Magnifiques, irréels.
Et il ne me restait que le carnet. Je fronçai les sourcils. Un carnet ? Mais je compris immédiatement le concept. Au lieu de faire pénétrer des substances inconnues à mon cœur, j’allais exposer mes pensées sur ce carnet. Inconnues pour lui, tout comme pour moi. Et je me demandai pourquoi je n’avais pas pris le carnet en premier lieu. Pourquoi ingurgiter de telles substances nocives ? Pourquoi risquer sa vie pour ne voir que des choses irréelles ? Et, tout à coup, je compris.

Les humains sont de telles complexités. Faits de cellules et d’atomes, ils sont des formules mathématiques personnifiées. Tous ayant leur propre théorème qu’il fallait trouver, comprendre et résoudre. Arrivaient-ils à se comprendre eux-mêmes ? Les humains feraient tout pour s’éloigner de cette réalité qui tue, ces tragédies, ces nuages gris, ces cœurs noirs, ces épines pointues. Ils seraient prêts à se tuer pour vivre dans un autre monde ne serait-ce que pour quelques secondes. Quand je voyais les lapins bleus tout à l’heure, je savais qu’ils étaient irréels, j’en avais conscience, mais avais-je vraiment envie de les quitter ? Et maintenant, à présent, je sais pourquoi je redoutais de prendre ce petit objet rectangulaire constitué de pages vierges. Je suis tellement complexe que ça me fait peur. Et je n’arrive pas à trouver quel est mon théorème, je suis une vraie loque en mathématiques. Mais malgré ma complexité, j’ai compris quelque chose aujourd’hui. Il y a beau avoir dix mille substances nocives sur cette terre, moi, j’en connais une plus puissante, une plus nocive, une plus toxique, telle qu’elle serait capable de nous tuer en une seconde : l’humain.

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