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Communauté de la singerie

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Laboris

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Mon impression, peut-être aussi la vôtre, c’est celle de subir un envoûtement quotidien ; d’y avoir consenti progressivement, plus ou moins comme à une évidence ; d’y avoir été contraint en quelque sorte, par la décomposition pas très agréable de quelque chose d’important, du côté de l’intérieur.

Bizarrement, j’ai commencé à me sentir étranger à moi-même assez tard. Je dis bizarrement parce c'est pas courant d'être attardé à ce point pour ce qui touche aux questions de superficie. Quoi qu’il en soit j’ai fini par comprendre, par la médiation des regards, les malaises aidant, je me suis laisser dissoudre jusqu’à indétermination complète. On se prend au jeu aussi, ça vous pique cette facilité avec laquelle on se transforme quand on se contente de singer autrui. N’attendez pas de moi que je vous explique qui est le premier du singe ou de la poule, de l’œuf ou de l’anémone sylvestre à s’être fait singer ; j’ai pas le goût des questions trop poussées en métaphysique, et pour ce qui est des crampes d’estomac j’ai déjà une préférence marquée pour celles que me procure le café.

Enfin, évidemment au début ça fait quelque chose de se compromettre à ce point, je veux dire moralement ça manque clairement d’hygiène toutes ces histoires de singerie, sans compter que ces trucs-là ne sont pas censés se faire de manière trop consciente, et comme j’étais du genre attardé... Mais finalement ça s’est fait. Rapidement les malaises des autres sont devenus mes malaises propres, j'étais devenu un miroir bien incrusté au grand jeu du Palais des glaces, cherchant l’exil d’une pensée à l’extérieur de moi-même, un amas de bruits même, pourvu qu'il s’étalât jusqu'à ensevelissement. Et comme attendu, j’ai fini par m'y perdre.

Pourtant sur le moment j’ai vraiment eu l’impression de me sentir moins seul, j’avais même le pressentiment de l’existence d’une sorte de communauté magique entre les gens, comme un cercle chaud, un peu mou, et dont l’existence suffisamment enveloppante aurait pu suffire, en s’y confondant, à pourvoir en existence tous les petits amis déposés là, un peu comme des cons - faut bien le dire -, et comme au centre du monde. Mais là comme ça, je veux dire à chaud, si on me demande mon avis, et attention il ne s’agirait pas de prendre la mouche, c’est juste que je suis chaud dès fois, comme ça, gratuitement, bah si on me demandait mon avis donc sur cette expression bizarre - « L’existence de tous » -, et bien je dirais probablement que ça me fait penser à quelque chose comme la propriété publique, qui en vérité n’a jamais appartenu à personne, et au milieu de laquelle t’as plutôt pas intérêt à laisser traîner tes petites affaires si tu veux pas que quelqu’un pisse dessus, comme ça, gratuitement.

- « Alors, communauté de la singerie ? »

Tout ce que je peux vous dire, c'est qu'aujourd’hui y’a seulement une chose dont la certitude m’empêche encore de douter, assez proche de ce truc dont parlait Descartes avec son cogito, quoiqu' avec quelques crissements supplémentaires et comme un arrière goût de supplice collé aux gencives, ce qui constituera toujours un plus à la méditation de René-prince-des-surface. En tout cas, si on me demandait de mettre un mot sur le sentiment que j’ai de ma propre existence, j'utiliserai sûrement celui de clandestinité, avec pour seule communauté humaine celle d'autres clandos séraphiques, tel que Gérard de Nerval. Mais j’entends déjà homo festibus y aller de sa petite question : « et pourquoi t’irais pas t’pendre à un sapin eh connard, histoire d'ambiancer la fête ? » Cela mes petits amis, manifestation commune aussi bien qu’exemplaire d'un phénomène complexe, cela s'appelle la partouze de l'inconscient interlope de tous contre la conscience d'un seul ; la pénétration et le viol par la conscience de tout le monde, de telle sorte qu'on ne soit plus dans son corps que le serf des idées et réactions de tous. Cela, on l'a qualifié de "malédiction" pour "expliquer" le sort de nos poètes depuis cela deux siècles, une malé-diction de plus au compte des coups de balais agités sous les tapis de l'univers. Personnellement, j'aurai préféré qu'on appelle ça un meurtre.
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Image de Achille
Achille · il y a
Oups ! Un p'tit mal être ? Mais bien balancé !
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