2
min

Comment les montagnes sont apparues sur la terre

14 lectures

1

Au commencement, le soleil était seul. Il était là, suspendu dans l’univers, à mille et mille années-lumière des autres étoiles. Il observait autour de lui — car, comme tout le monde le sait, les astres ont des yeux partout —, mais il n’y avait rien à regarder, en dehors des paillettes jetées çà et là sur le velours noir de la nuit.
Il prit conscience qu’il s’ennuyait terriblement.

D’abord, pour se distraire, il compta les comètes. Il les voyait venir de loin, avec leurs longues chevelures blondes. Elles s’annonçaient, brillantes, tout au fond de l’obscurité. Soleil les regardait grandir, fusant sur fond de Voie lactée, leurs traînes d’or joliment déployées derrière elles. Une fois à portée de voix, il leur criait « Bonjour, bonjour ! », tout heureux d’avoir de la compagnie. Mais les comètes étaient fort vaniteuses et elles ne répondaient même pas. Soleil les suivait tristement du regard tandis qu’elles poursuivaient leur route vers tant de merveilles qu’il ne verrait jamais.

Déçu par les voyageuses sidérales, Soleil s’essaya au chant. Il fit des vocalises pour chauffer sa voix. Il inventa de belles paroles, et donna le plus magnifique récital de mémoire d’infini. Mais lorsque se tut la toute dernière note, aucun applaudissement, aucun « Bravo ! » ne s’éleva pour saluer sa performance. C’était pourtant tellement joli ! Lui-même avait versé une larme en s’écoutant. Oui, mais voilà, sans public, point de « Hourra ! ». Il renonça aussi à la musique.

Son ennui grandit tant qu’il perdit de l’éclat. D’étoile blanche, il devint naine rouge...

Un petit sursaut d’orgueil l’encouragea à chercher encore de quoi se changer les idées. « Peut-être y a-t-il quelque chose à faire de ces huit boules inertes qui tournent autour de moi ? » se demanda-t-il. Un astéroïde de passage lui avait un jour raconté que la vie était née sur d’autres de ces sphères, pour peu qu’elles aient été baignées de la bonne dose de chaleur. Il poussa donc un peu sur ses rayons, observant si l’une des planètes — c’était le nom des boules — deviendrait le théâtre de quelques distractions.

Or, justement, la troisième donna des signes de modification. Son écorce se partagea en deux milieux distincts : « continents et océans », les baptisa Soleil. De petits poils verts poussèrent à sa surface. Arbres, décréta le spectateur. Un souffle irisa l’eau et fit bruisser les feuilles. Il fut nommé vent.

Pendant un temps, Soleil fut satisfait. Tout changement donne à réfléchir et à rêver. Mais lorsqu’on s’habitue, l’ennui revient.
Et il revint.
Encouragé par les résultats précédents, Soleil caressa encore un peu plus le globe du bout de ses bras de lumière.

Ce qui se produisit alors était bien au-delà des espérances de l’astre ! Des milliers, des millions, et même des milliards de cailloux prirent vie. Ils eurent des pattes, des ailes, des poils ou des écailles. Ils se mirent en mouvement sur terre ou bien dans l’eau.
Ils étaient fascinants. Soleil les regardait apprendre, se tromper, recommencer... Une des espèces, dressée sur ses deux pattes arrière, lui plut tout particulièrement. On aurait dit qu’elle faisait tout ce qu’elle pouvait pour que plus jamais Soleil ne s’ennuie, tant ses inventions étaient nombreuses et ses voyages interminables. « Voici les animaux », décida Soleil, ravi.

Pourtant une dernière surprise l’attendait. Quand tous les animaux apparurent, marchant, nageant, effleurant la planète, celle-ci frémit, trembla, bâilla pour chasser le sommeil, et fit entendre un grognement qui se transforma en fou rire. « Ça chatouille ! criait-elle en hoquetant. Ça fait des guilis ! » Elle se tortillait tellement que des plis se formèrent sur sa surface, définitivement. « Ce seront les montagnes » dit Soleil, en regardant s’ouvrir les grands yeux de la sphère.

Depuis ce jour, plus jamais Soleil ne s’est ennuyé. Sa compagne la Terre — c’est ainsi qu’il l’a appelée — est toujours là, à portée de voix. Et l’un comme l’autre, ils ne se lassent jamais de regarder les animaux gravir et descendre les montagnes.
1

Un petit mot pour l'auteur ?

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,
Image de thierry
thierry · il y a
Belle revisite de la génèse. j'aime bien l'idée.
·