Comme une union...

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Aimer divertir. Avec des mots, avec des images : même combat. Mon métier me permet de jouer avec les images. Ma passion, avec les mots. Le plaisir que j'espère procurer aux autres à travers mes  [+]

Il y a de ces rencontres qui s'imposent d'elles-mêmes, comme une évidence. Tout semble fluide. Ne se frottant qu'à l'inhibition des protagonistes. Il avait su à sa façon de se mouvoir dans cette allée étroite qu'elle venait le voir, lui. Elle s'était assise dans le peu d'espace qui le séparait de la grille abaissée d'un quelconque laboratoire médical. Elle avait l'air d'être à l'aise. Lui ne l'était pas. Mais il devait lui dire qu'il savait qui elle était. Un esprit libre qui dansait sur le rythme de ses propres pulsions de vie. Elle était ce métronome qui s'était calé sur le pouls de la Terre. Alors l'absurde, toujours, comme une arme de défiance.

_ "Je t'attendais..." chuchota l'homme.
_ "Je sais."
_ "Pourquoi aujourd'hui ?"
_ "Pourquoi pas ?" répondit-elle avec malice.

L'observait-elle ? Depuis combien de temps ? Il n'aimait pas se savoir épié. Mais elle avait décidé de passer à l'action aujourd'hui. Que devait-il faire ? Qu'avait-il envie de faire ? Il plongea son regard dans le sien. De longues secondes s'écoulèrent. Il l'analysait. Elle n'avait pas besoin de le faire. Elle existait et c'était suffisant. Elle surfait sur les flots humains et interpellait quiconque lui semblait à la marge. Elle les surclassait tous. Elle était celle qu'il avait toujours désiré mais ça, il ne le découvrira que plus tard. Pour le moment, il venait de comprendre qu'à l'origine de sa puissance, il y avait un cœur de douleurs. La douleur primitive s'additionnant à celle de ne jamais pouvoir s'en débarrasser complètement. La double peine. La seule solution pour l'esprit endolori était d'apprendre à l'aimer, cette douleur. En tomber amoureux. Et en comprendre le sens. Car il y en avait un... toujours ! Elle était parvenue à transmuter le plomb en or. Certaines personnes confrontées à l'horreur ne trouvent comme autre solution que de se plonger dans un mutisme. Car comment verbaliser le mal absolu ? Comment lui donner une consistance alors qu'on souhaiterait juste le voir annihilé ? C'est contre-intuitif mais lui sait qu'on ne vient à bout de l'immonde qu'en le nommant correctement. Si l'ennemi n'existe pas, comment voulez-vous triompher de lui ? Il devient alors le totem sur lequel on assène des coups imaginaires. La pinata qui finit par libérer de son carcan des réjouissances.

_ "Un jour, peut-être." enchaîna-t-elle, détachant son regard du sien.
_ "Laisse-moi être ton guide."
_ "Tu ne le souhaites pas réellement."
_ "Je connais les abîmes et elles ne m'effraient plus.", renchérit-il.

Leur proximité tenait à ce qu'ils partageaient les mêmes rêves, les mêmes aspirations. Ils avaient parcouru le monde à la recherche d'un semblable sans jamais parvenir à le trouver. Et c'était finalement là, étant retournés chez eux, qu'ils touchaient au but. La communion des âmes ne connaît pas l'impératif. Subjectifs s'épousant pour métisser des fragilités de circonstance, oseront-ils espérer ? Ne voulant plus fuir, ne le pouvant plus, ils essayèrent maladroitement d'entamer une première prise de contact. Pourquoi savait-il qu'ils ne se quitteraient plus ? Comment savait-elle que ça se terminerait mal ? Il y a des mystères qui se doivent de le rester. Car un acte de foi nécessite une incertitude. Si l'existence de Dieu était prouvée, les gens ne pourraient plus parler de foi concernant leur intime. Ils "sauraient" au détriment du "croiraient"... Eux connaissent le merveilleux de la vie. Ils en ont extrait la substance originelle. La matrice. Le Divin fait partie intégrante de leur mécanique interne. Ils savent que le silence de Dieu face aux malheurs du monde est une réponse. Tout est équilibre ! Il ne peut y avoir de bien sans mal, de joie sans peine, d'existence sans disparition. Accepter de mesurer le bonheur à l'aide d'une échelle construite dans le pire est un défi de taille mais surtout une nécessité. L'approche globale qu'ils se sont forcés à intégrer leur permet présentement de voir la beauté en toute chose. Cela n'a été rendu possible qu'à cause de leur descente aux enfers. L'art du contraste mobilisé de cette manière donne du volume aux éléments subversifs. La remise en question d'un dogme hollywoodien des convenances est plus que nécessaire : il n'y a pas toujours de happy end. D'ailleurs, le cynisme et les sarcasmes sont la béquille de l'esprit blessé. Certains le restent toute leur vie... Ce n'est pas leur cas et ils se reconnaissent grâce à cela. Ils savent tout des combats de l'autre sans qu'ils aient eu besoin de les évoquer. La magie du moment tenait à leur antagonisme de départ. C'était la vie qui les avait façonné de telle manière qu'ils se complétaient désormais. S'ils s'étaient rencontrés plus tôt, ils se seraient détestés. Ils étaient parvenus sous le coup des expériences à devenir suffisamment différents pour que le respect qu'ils avaient l'un pour l'autre agisse comme un liant efficace.

_ "Je dois y aller", asséna-t-elle avec regrets.
_ "A dans une autre vie..."
_ "Oui, à demain."
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