Comme un Tambour du Bronx

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" Le talent c'est la politesse avec la matière, cela consiste à donner un chant à ce qui était muet" Jean Genêt- Journal du voleur- J'aimerai atteindre cette politesse  [+]

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Image de Tintamarre du soir
J'ai jamais fichu un satané pied à New York City. Oh, par contre j'ai bien vu New York 1997, dans lequel un Kurt Russell éborgné arpente la grande pomme transformée en prison. Mais je n'ai jamais posé un début de foutu orteil à New York City.
C'est toi qui, un soir d'hiver, m'a libéré de la cage où la mélancolie m'avait jetée. J'y avais stocké les lambeaux de mon cœur qui poireautaient en s'asséchant. T'avais réussi à les réunir, et mon palpitant s'était remis à battre le tempo.
Devant un troquet, du nom de « Black café », tu m'avais dit que t'avais enfilé tes bottes de pirates, ça m'avait fait rire. Et on avait fumé toute la soirée des Lucky Strike comme dans Brooklyn Boogie avec Jim Jarmush. Pourtant, toi comme moi, on avait jamais vu ce film. Dans ce rade, il y passait « Caribou » des Pixies et je t'avais dit que j'adorais ce groupe. Kim Deal avait sifflé comme une sirène et tu m'avais souri. Ça avait tambouriné dans ma poitrine comme si mon dedans voulait t'attraper.
On avait jamais fichu un satané pied à New York City. Pourtant, la ville où l'on s'est rencontré aurait pu y être une reproduction obscure. Au pied du volcan, nos œillades nous effleuraient comme des papillons. L'architecte brésilien avait fait en sorte de nous préparer ce coin pour y graver le chant de notre histoire.
Et puis le temps était passé au rythme de la pompe à vie, toujours avec éclats. On avait toujours pas vu New York City. Un peu entendu dans la bouche de Lou Reed. C'était l'automne, et on avait pu se payer un billet pour un festival de musique. On y était venu, rien que pour un groupe originaire de la région de Nevers qui avait toujours frappé notre esprit. Je t'avais dit que, quelques soirs d'ivresse lorsque j'étais étudiant, moi et mes potos on tambourinait sur des poubelles une bonne partie de la nuit et que ça résonnait jusqu'à fissurer le tuffeau des vieilles pierres de la ville. Tu avais souri.
Après un groupe dont je ne me souviens plus le nom, Les Tambours du Bronx avaient frappé leurs baguettes mastocs sur les peaux de leurs caisses. Et nos trois cœurs avaient vibré à l'unisson. Oui, parce que depuis trois jours, nous savions que nous allions être trois à ne pas être allés à New York City. Et puis d'ailleurs, Les Tambours du Bronx n'avaient eux-mêmes rien de new yorkais.

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Meriem · il y a
Toujours avec un train de retard je découvre votre texte excellent !
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Pascal Depresle · il y a
Je découvre tard, mais j'aime. Bravo. A l'occasion, et sans aucun engagement, je vous invite à pousser les portes de mon univers, merci.
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J.H. Keurk · il y a
Original ce tempo rétro/mélo qui explore la nostalgie d'une "city", pourtant connue, et qui restera une inconnue.
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Mog · il y a
Des roulements de tambour(s) en musique de fond et des battements de coeurs pour les accompagner, vous avez trouvé les bons ingrédients pour une belle histoire !
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Emily · il y a
J'aime beaucoup ce texte que je découvre. Bravo
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Bronislaw Raddov · il y a
Merci Emily
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AdLiine Hn · il y a
Toujours aussi bien écrit
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Bronislaw Raddov · il y a
Merci Adeline
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Guy Bellinger · il y a
Un style de polar amerloque traduit par Marcel Duhamel saupoudré de poésie et de tendresse sans qu'on passe de la Série noire à la Série rose. Un chouette texte.
Une petite remarque (mais peut-être l'erreur est-elle intentionnelle puisque le narrateur n'a pas vu le film), "Brooklyn Boogie" est de Paul Auster et Wayne Wang, pas de Jim Jarmusch. Je ne me souviens pas d'ailleurs (mais j'ai vu le film il y a longtemps) qu'on y clopait particulièrement. En revanche, ça y va gaiement dans les films de Jarmusch. Il y a des cigarettes jusque dans ses titres ("Coffee and Cigarettes I, II et III)

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Bronislaw Raddov · il y a
Merci Guy. Effectivement Jim n'est qu'acteur dans ce film. Niveau cigarettes, j'ai cru comprendre que des lucky Strike y étaient notablement fumées.
Quant à la préméditation je plaide la relaxe. Vous noterez que je donne pas le fin mot de l'histoire en plaidant le vice de procédure et non le non-lieu. ;-)

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Fred Panassac · il y a
Merci au radar à talents qui m'a aiguillée ici. La chute romantique n'était pas attendue et m'a cueillie en musique. Un "satané " bien écrit de texte !!! Le plein de roulements de tambour de ma part.
J'ai aussi des textes (bla bla bla vous vous en satané fichez mais c'est dit )

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Bronislaw Raddov · il y a
Merci Fred pour ce commentaire
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Marie · il y a
J'ai aimé ce texte original, musical et tendre !
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Bronislaw Raddov · il y a
Merci Marie
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M. Iraje · il y a
Des tambours du Bronx tout en douceur, comme une berceuse attendue, et une pointe de nostalgie dans l'ambiance. Bravo !
(De mon coté, après "l'âme" et les couloirs du métro, j'ai retrouvé le grand air ☺☺☺ http://short-edition.com/oeuvre/poetik/d-isere-a-aujourd-hui )

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