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Comme un roi

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Serge Debono

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Le souffle du vent me caresse les jambes tandis que la chaleur du soleil filtre à travers mes cheveux. Ma vue est troublée par mon état comateux. Je peine à distinguer le désert qui m’entoure. Mon coin d’ombre cessera bientôt d’exister et je serai de nouveau la proie de cette étoile ardente...

Lorsque je me suis réveillé, dans les carrières de sel, il y a deux jours de cela, un chien sauvage me dévorait la jambe. J’eus toutes les peines du monde à le chasser, bien que l’animal semblait plus mal en point que moi. Cette créature ne m’attaquait que pour survivre, j’avais moi-même réservé ce sort à un serpent, la veille au soir. Pour la première fois de mon existence, j’avais délibérément pris une vie et ce n’était pas la faim qui m’avait fait agir ainsi, mais bien la nécessité de survivre. J’avais perdu mon appétit en même temps que mes illusions sur ce monde.

Puis j’ai croisé la route de ce rapace. Lui non plus n’était pas bien charnu. Cela ne l’a pas empêché de m’arracher un œil... Me laissant un trou béant, et une douleur si atroce que j’ai bien cru que ma cervelle explosait. J’ai réalisé, mais un peu tard, que le feu que j’avais allumé et qui lui avait permis de me repérer, était également un excellent moyen d’en venir à bout.

Des scorpions de toutes les teintes, des sables mouvants. Et à la nuit tombée, des cris terrifiants provenant des montagnes rocheuses. De toute évidence, j’avais surestimé ma faculté d’adaptation à cette planète tout comme j’avais présumé de la bonté de ses habitants.

Mon arrivée s’était pourtant bien déroulée. Après m’avoir installé dans un logis douillet, le chef du village avait pris soin de faire servir, pour moi seul, un éventail de leurs mets les plus succulents. Fatigué de mon long voyage j’avais pu m’étendre sur une couche confortable et dormir durant deux jours d’affilée. Seulement, à mon réveil, je compris que ces gens, que je prenais pour des êtres évolués, étaient encore tenus par des croyances primaires.

Durant mon sommeil, fascinés par mon véhicule de transport, ils avaient entrepris de le désosser sans ménagement. Au point que je renonçais très vite à le réparer. Une visite dans la cabine de pilotage me permit de constater que j’avais vu juste. Le programmateur indiquait encore la date : nous étions le 22 septembre 1364. De toute évidence, j’avais commis une erreur en activant le programmateur générationnel du Spatiolab.

J’ai vu le jour sur Adel, une des sept planètes du système Orion. La découverte de la Terre n’est survenue que deux ans plus tard. Quand j’ai atteint mes seize ans, la planète bleue était déjà devenue la station balnéaire préférées des Adéliens. Un endroit accueillant et luxuriant, presque paradisiaque. Une seule consigne : ne jamais y opérer de voyage dans le temps. Il se disait qu’un peuple barbare et sanguinaire y avait longtemps résidé, avant de perpétrer sa propre extinction. Cette légende faisait frémir la plupart des jeunes Adéliens, et attisait la curiosité de certains. Comme mon ami Cornelius, et moi-même. Aussitôt notre brevet de pilote obtenu, on s’était juré de faire un saut dans le passé sur la Terre. Le but étant de se poser discrètement dans un désert, à une époque ultérieure au XXe siècle, et de faire une frayeur à ses habitants. C’est ainsi que mon frère aîné et ses copains avaient fêté leur diplôme de fin d’études...

C’est aussi de cette manière que cela aurait dû se passer pour moi. Mais mon engin a eu une panne de navigateur, et j’ai été contraint de me poser en catastrophe.

Maintenant, je suis perdu au beau milieu de ce désert dont j’ignore tout. Tout ça parce que ces gens m’ont pris pour le messie descendu du ciel. Fait que j’ai bien tenté de démentir avant de me résigner, constatant que l’on m’octroyait toutes sortes de privilèges. Mais c’était sans compter les limites de la foi. Revenir des étoiles et porter une tenue en lyapomide n’était visiblement pas suffisant pour les convaincre. Ces gens tenaient à vérifier si j’étais capable d’errer dans le désert et d’en sortir vivant, tout comme leur sauveur tant attendu. Ils m’ont donc ligoté et transporté dans une carriole, un bandeau sur les yeux, pour finalement m’abandonner à mon triste sort dans la fournaise de ce désert sans nom.

La rugosité de la roche sur ma peau finit par m'extraire de mon rêve. Tandis que le flou lumineux vire au bleuté, je m’efforce d’insuffler le peu d’énergie qui me reste à mon corps éreinté. J’aperçois encore ce volatile tournoyant dans le ciel... Je me hisse prudemment contre le rocher qui m’abrite et, tel un funambule s’élançant sur une corde raide, je pose un pied sur le seuil de cet océan de sable se dressant devant moi.

Le soleil me dévore le visage, mon œil me lance, à moins que ce ne soit son absence. Je sens mes forces me quitter. Dans le ciel, l’oiseau tournoie toujours...

PRIX

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JACB · il y a
à défaut d'oeil, la fin reste ouverte...on peut imaginer le pire..mais n'a-t-il pas déjà été écrit ?
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Chantal Noel · il y a
L'horreur est bien là. Bravo. Mes voix
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Serge Debono · il y a
Merci Chantal !
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Praxitèle · il y a
J'ai jeté un œil sur ton écrit...
Même pas mal, du tout ^^
Salut Serge
Marc

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Serge Debono · il y a
Salut Marco :-) Merci !
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Utilisateur désactivé · il y a
Fortiche. seulement 3 voix car je suis pas loin au classement....lol.
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Serge Debono · il y a
Merci ;-)
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Jean-Marc Loscos · il y a
Encore du beau travail Serge, 3 minutes de plaisir malgré le coté sombre de la nouvelle. C'est vrai qu'on aimerait en savoir plus ...
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Serge Debono · il y a
Merci JM. Oui, une fois n'est pas coutume j'ai opté pour une fin ouverte... après on peut toujours imaginer pour lui, un avenir... façon Planète des Singes ! :-D
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Pierredelune · il y a
La suite ! La suite ! ;)
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Serge Debono · il y a
Haha ! Pas prévu... mais sait-on jamais ;-) Merci d'être passée !
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Pierre Thiery · il y a
On se met vite à la place du héros de cette forte short nouvelle !
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Serge Debono · il y a
Merci Pierre !
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Maïra Richards · il y a
Mes votes pour ce voyage dans le temps, l'espace et la cruauté... Bonne chance !

https://short-edition.com/fr/oeuvre/nouvelles/dix-lettres-pour-dix-numeros

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Serge Debono · il y a
Merci Maïra ! Je tacherai de venir vous lire ;-)
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Chantal Sourire · il y a
Superbes images, je vote !
Et vous invite à me lire, merci !

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Serge Debono · il y a
Merci beaucoup Chantal ! Je viens dés que possible !
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Patcrea · il y a
Les études ne mènent pas toujours au succès...
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Serge Debono · il y a
En effet, elles génèrent parfois des esprits présomptueux ;-) Merci Patcrea !
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