Comme un oiseau

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La frontière entre réalité et fiction est bien mince, et je ne sais laquelle je préfère. C'est ainsi que mes récits oscillent entre réalisme et fantastique, entre raison et folie, pour ne pas  [+]

Image de Eté 2016
Je chante, j’ai mal au ventre mais je chante. Divinement. Je pars dans les aigus, je reviens dans les graves. Je ne m’arrête pas. J’improvise quelques variantes. C’était une eau potable pour les oiseaux. Il courait le ruisseau, lui non plus ne s’arrêtait pas. Un peu plus bas, un peu plus haut, quelques virages et le voilà. Et les oiseaux qui se posaient et qui chantaient sur les bords. J’ai percé leur secret. Pour m’éclaircir la voix, j’ai bu cette eau non potable, comme indiqué sur l’écriteau. Et j’ai fait quelques vocalises pour commencer. Ma voix était plus claire, plus souple aussi. Le jour suivant, j’en ai rempli une cruche en cachette. C’était une semaine avant le concert. Ma prof de chant m’a dit que ça allait beaucoup mieux. Je n’ai pas avoué mon secret, mais j’ai continué. Pourtant, j’avais déjà du mal à digérer. J’étais malade, mais me trouvais légère. Ils sont comme ça les oiseaux. Légers, ils chantent, mais qui sait s’ils ne souffrent pas de boire l’eau du ruisseau ? On ne leur demande pas. Et toute la semaine j’ai bu cette eau. Je n’ai presque rien mangé, mais j’ai fait des progrès fulgurants en chant. J’arrive même à exécuter quelques imitations. Le rossignol, le colibri, tout passe. Et la reine de la nuit. Ça sera moi cette année, je le sens. Enfin, dans quelques mois, car pour l’instant, je chante ce qui était prévu, avec quelques ajouts. Ils me regardent. Ma famille, mes amis, les collègues du cours de chant. Et leurs oreilles n’en reviennent pas. À personne je n’avouerai mon secret, on me dirait trop imprudente. Ce n’est que l’eau du ruisseau, mais personne ne s’est demandé pourquoi les oiseaux qui se posent sur les bords chantent si haut, chantent si fort. Je chante encore, et puis je danse. Je tourne, je virevolte, j’oublie mon ventre qui me fait mal. J’étends les bras loin devant moi, comme pour chercher le public. Il semble suspendu à mon souffle. Ça fait du bien de se sentir écoutée, enfin. Je saute. Non je ne suis pas ridicule. Je reprends le morceau. La prof qui m’accompagne au piano a rajouté le couplet suivant. Elle sent que je suis prête à continuer, puis à reprendre, encore et encore. Ils applaudissent. Non, ce n’est pas la fin. Je veux chanter encore, danser jusqu’à la nuit, et m’envoler. Demain, je me pose à la fenêtre. J’aurai vidé une nouvelle cruche pendant la nuit et du quatrième étage je m’élancerai, légère, comme un oiseau.

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