2
min

Comme si

Image de Corinei

Corinei

50 lectures

17

Je suis dans mon appartement, d’ailleurs c’est bien le seul endroit ou je me sens en sécurité. Les murs, je les ai tous sondé et j’ai trouvé le mur porteur dans le salon juste derrière le canapé. D’ailleurs, je laisse toujours un espace entre le mur et mon canapé. Je veux croire qu’ils seront mes sauveurs le jour venu.
Oh bien sur, il y aussi la cage d’escalier mais mon petit chez moi, c’est mon cocon, ma bulle ou j’ai le droit d’être, de faire comme si.
C’est mon droit de vouloir exister, c’est mon droit de vivre comme si rien n’avait changé. Le silence de la nuit me réconforte, je peux même ouvrir les fenêtres.
Avec mes voisins de paliers, C’est comme un rituel dès le jour tombé quand le silence reprend ses droits. Les portes de palières s’ouvrent et nous cuisinons ensemble. Nous mangeons ensemble, nous rions, nous chantons.
Nous sommes Un pour conjurer le sort.
Vers 5 heures du matin, nous refermons les fenêtres, nous nous embrassons comme si c’était la dernière fois et nous attendons le café à la main dans la cage d’escalier l’aube. Certains restent et d’autres rentrent chez eux.
Six heures, le ballet d’avions de chasse recommence, le bruit assourdissant des missiles fracassent nos oreilles et les murs des immeubles avoisinants.
Aujourd’hui, je dois sortir entre deux missiles, entre deux tirs de snipers, la pharmacie sera ouverte juste deux heures. Elle n’est pas loin la pharmacie, juste deux pâtés de maisons.
Je me suis maquillée, un peu de khôl, un soupçon de rouge à lèvres. J’ai ramassé mes cheveux bruns en chignon. Un dernier regard dans le miroir fendillé par le souffle d’une explosion. Ce jour là, j’avais oublié de laisser ouverte la lucarne de la salle de bain.
Ma garde de robe s’étale sur le lit et je choisis un ensemble pantalon blazer avec une chemise en soie crème. Sait-on jamais si la faucheuse a décidé de me prendre aujourd’hui, je me dois d’être belle. C’est ma résistance à la noirceur de ses temps.
J’ai ouvert la porte de maison, certains voisins sont dans la cage d’escalier. Ils me touchent avec tendresse en espérant me voir rentrer.
Je sors, je prends une longue respiration. Je marche sans me presser la tête droite, non je ne plierais pas à la peur, à mon cœur qui bat la chamade. Je dois m’en remettre au destin. Vivre ou Mourir ou Tuer ou être Tuer. Demain n’existe pas, juste le moment présent entre deux immeubles effondrés, deux tas gravats.
Je croise mes voisins de l’immeuble d’en face tentant désespérément de récupérer quelques biens de leur appartement dévasté, balayé par le vent et la poussière.
Je hoche la tête, je souris et je relève la tête. Je dois marcher vite sans glisser entre les tas de pierres juste continuer et exister. Je suis presque arriver quand le silence se déchire par la sirène d’alerte, elle te prend au plus profond de toi. Elle vrille ton corps et ton âme. Je cours, je cours pour me cacher, derrière un mur, il faut du solide mais je n’ai pas le temps réellement de chercher.
J’ai vu les missiles arriver, j’ai vu mon immeuble s’effondrer de ma cachette improvisée. Je dois aller à la pharmacie... Après je ne sais pas, je dois réfléchir ou je dois aller pour me protéger.
Je suis sur le tarmac d’un aéroport, je pars vers une destination dont la seule référence est mon livre de géographie.
Je suis en France, c’est le premier mercredi du mois. J’entends la sirène. Elle me vrille comme au temps jadis là bas alors je me mets à courir, courir, je pense à une seule chose trouver un mur porteur pour me protéger. Mon cerveau tente désespérément de me calmer.
Tout à coup il me rappelle tu es en France rien ne peut t’arriver. Tu as le droit de vivre et d’exister.
17

Un petit mot pour l'auteur ?

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,
Image de RAC
RAC · il y a
Plusieurs messages forts, bravo !
·
Image de Duche
Duche · il y a
Bravo Corinei , il faut rester optimiste car même le mur de Berlin c'est transformé en " mur porteur …. d'espoir …. "
·
Image de SakimaRomane
SakimaRomane · il y a
Beau récit et belle chute :)
·
Image de Corinei
Corinei · il y a
Merco sakima
·
Image de dud59
dud59 · il y a
encore une fois, les immigrés sont expliqués aux nantis (de paix) que nous sommes, bravo
·
Image de Corinei
Corinei · il y a
un STAGE de survie sous les missiles devraient arranger les choses ...
·
Image de Lange Rostre
Lange Rostre · il y a
Texte fort. La fin est vraie mais malheureusement teintée d'un peu d'utopie.
·
Image de Corinei
Corinei · il y a
les portables ont développé une forme d'égocentrisme helas
·
Image de JARON
JARON · il y a
Bonsoir Corinei, un beau texte très fort qui montre bien la terreur vécue par les civils pris sous les bombardements et les tirs de hasard, la folie meurtrière des êtres humains guidés par le pouvoir et l'argent? Belle soirée à vous. Jacques.
·
Image de Corinei
Corinei · il y a
le pouvoir, l'argent mais surtout l'éducation et les valeurs
·
Image de Pascal Gos
Pascal Gos · il y a
C'est agréable de vous lire. Je vote
·
Image de Corinei
Corinei · il y a
merci Pascal
·
Image de Artvic
Artvic · il y a
Tu as tous les droits ...
Tous?
oui! même celui de vivre et de rêver et surtout, tu as ce droit que personne ne pourrait t'enlever!
Lequel?
Tu as celui d'aimer

·
Image de Corinei
Corinei · il y a
oui celui là je l'ai gardé
·
Image de Fred Panassac
Fred Panassac · il y a
Une terrible réalité ! Bravo pour ce récit Corinei, et pour votre courage !
·
Image de Benjamin Amblard
Benjamin Amblard · il y a
Toujours un plaisir de te lire :)
·

Vous aimerez aussi !

Du même auteur

TRÈS TRÈS COURTS

Les collines de Jérusalem se dressaient face au rempart de la cité antique. Catherine retrouvait sous ses pieds la sensation des pavés disjoints, érodés par le temps. A Jérusalem, les émotions ...