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Comme dans un fauteuil

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Francisco

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Une sonnerie. Un éternuement. Des gouttes d’un liquide immédiatement corrosif sur mon emballage, sans doute de la salive échappée d’une bouche à l’étanchéité douteuse. - « Quoi...Qu'est ce que vous voulez ?.... »
- « Monsieur Vincent , c'est bien ici ? »
- « Ce monsieur est...Je suis madame Vincent . »
- « Bien, qu’est ce qu’on en fait ? »
- « Posez le ici...Je suis pressée. »
Deux hommes dont les vêtements bleuissent à l’effort me lâchent dans une dernière meurtrissure. Il était temps. J'en pouvais plus de leurs relents d'eau de Cologne. L’ondulation acre servant difficilement de limites à une gazeuse démarche les suit. Cette pièce sature. IL flotte quelque chose. Une odeur encore jeune mais familière. Comme une odeur de...Merde, je suis pas sûr, malgré les années passées à renifler celles de ces connards de tueurs en série dont la plupart part n'a rien trouvé de mieux que de se dénoncer pour passer à la télé ou de se faire dégommer comme des lapins. Il ne faudrait pas avoir besoin de petits personnels. Je ne pouvais pas non plus m'attendre à un recyclage dans une maison de retraite. Quoique...Les bruits d’une conversation me parviennent soudain.
-« Ah...Je n’y crois pas...Tu vois cette horreur? S’exclame une jeune femme.
-« Un fauteuil !... Rouge sang ! » Répond une voix masculine.
-« Et cette odeur ! »
-« C’est vrai, on étouffe là dedans... Je pars au boulot, 2 cadavres à
autopsier. Et toi ? »
-«  J’attends qu’elle rentre avec Eva. »
-« Elle me glace celle là....Cette odeur...C'est comme une odeur de...». La fin de la phrase tombe dans le patrimoine des déclarations inachevées. Il me rassure, pas perdu mes sécrétions de phéromones dès que ce parfum chatouille mes pores. Il s'avance vers moi mais s'arrête sans me toucher. Il a eu chaud. Puis plus rien, rideau.
-«  D’où vient cet affreux fauteuil ? Ah c'est vrai... ». Je les vois. L’odeur de toute à l’heure agrippant une forme cristalline. Je commence à l'avoir dans le nez celle là et je redoute que mes bonnes résolutions ne tiennent pas bien longtemps. Le score de la chaise de Busby me trotte dans la tête. Quel contraste ! Un fantôme crispé sur une bouche en boite aux lettres d’ermite et une fillette toute en lèvres.
-« Un fauteuil rouge! Et ils appellent ça un cadeau... Un cadeau..Il doit y avoir une carte ! »
La fouille est acérée. Je me contrôle pour ne pas déclencher les mécanismes qui m'étaient en joie mon concepteur et sa lignée de tortionnaires.
-« J’en étais sure...De la part de tes collègues.... ? ». Si elle savait sur quoi elle pose les pattes! Une reproduction d'un fauteuil de tortures moyenâgeux ayant appartenu à toute une série de tueurs que son mari policier a arrêtés après quelques dizaines de crimes plus affreux les uns que les autres. A sa retraite, il a voulu absolument me ramener chez lui comme souvenir. Il est mort sur moi d'une énorme hémorragie lors de son dernier service de nuit. Trop confiant le retraité. Si je m'en lave les coudes aujourd'hui, l'odeur de son sang reste bien présente et je suis sûr que la vieille l'a détectée. La mère stationne maintenant près de moi. La fillette esquisse un mouvement vers nous.
-«  Ca suffit... ! Je sais que tu m’entends et que tu comprends. C’est de ta faute... Jamais nous aurions du t’adopter...Jamais, tu m’entends. Jamais... »
La porte claque. Ces gens ont peur des silences de cette fillette. Pour l’instant elle s'approche de moi. Elle me touche précautionneusement et j’ai la nette impression d’une aspiration peu profonde mais suffisante pour me piquer un peu de couleur. Sa main rougit aussitôt mais pas eu le temps de lui coller l'odeur qui va avec. Un bon début pourtant. Cette fillette n'est pas née dans les roses. Novice, elle supporte mal mes effluves et se jette violemment en arrière. Mes bras s’écartent au maximum. Sa tête finit par se poser sur un de mes accoudoirs. Je la tiens et l'anesthésie prestement.
Une horreur !....Des flashs m’envahissent à une rapidité telle que je ne perçois d’abord que des couleurs et des ombres. Elle rêve ! Merde alors, comme mes autres tueurs. Je me raidis tant la séance est douloureuse. Une femme-oiseau incandescente tombe dans un espace crépusculaire, les ailes en vrille, la bouche hurlante, une partie du visage cachée par une imposante chevelure soufflée par la chute. Elle veut rattraper un bébé. Elle ressemble étrangement à la mère. Un nouveau déplacement m’entraîne vers un personnage en suspension empêtré dans un tas de documents. La langue pendante, le teint verdâtre d’un noyé, l’homme finit par basculer, poussé par un feuillet plus virulent que les autres. C'est mon policier ! La fillette bouge. Elle s’agite, sursaute, tressaille, redresse brusquement sa tête. Je ne résiste qu’à grand peine.... L’expulser...La tuer ?
Le feu prend dans la pièce voisine, sans doute la cuisine car des bruits de casseroles manipulées comme des sentences me parviennent au beau milieu de propos aussi chaleureux qu’un appel au meurtre !
-«  Quoi, tu ne la reconduis pas à l’hôpital ! Elle est complètement folle. Pas un mot depuis des années.....Depuis quand? T’en souviens tu seulement? »
La mère, minable, répond à sa fille.
-« Depuis que nous l’avons adoptée, cela fera 4 ans le 5 janvier. »
-« 4 ans sans une parole ! Même une insulte à défaut de reconnaissance. »
-« De reconnaissance ? »
« -Vous êtes bien allés la chercher dans cet infâme orphelinat russe. Tu nous as assez raconté les murs dégoulinant de vermines, les lits rouillés, les excréments dans les couloirs, les gémissements et j’en oublie de ces détails que tu décrivais à profusion comme une croisée de retour de terre sainte. Vous la tirez de là et pour tout remerciement elle s’enferme dans son monde. Vous n'auriez jamais du accepter sans être certain du consentement de ses parents. »
Pendant ce temps j'instille mon goutte à goutte de senteurs d'hémoglobine concentrée à la petite. J'ai hâte de passer à l'action. Son calme et sa détermination me frappent malgré l’intense émotion qu’elle dégage. Elle a choisi sa victime et ça tombe bien, c'est la même que ma dernière commande presque posthume. Les collègues du retraité avaient cru bien faire, en me livrant à sa toute récente veuve. Ils ne pouvaient être au courant de sa dernière volonté chuchotée dans les hoquets sanguinolents de son agonie. Ce sera mon dernier m'étais-je promis.
Soudain la mère se précipite et s’affale sur moi. J’ai l’impression d’accueillir une pierre tombale pleine à craquer de morts inexpliquées. Enfin je la tiens. Je ne peux plus attendre et déclenche mon mécanisme qui bloque sur le champ ses poignets et sa gorge. Petit à petit les lames acérées dissimulées dans mes entrailles transpercent lentement les chairs de la vieille qui n'a déjà plus la force de gueuler. La dernière ne rencontra d'abord que le sternum avant de plonger avidement dans le cœur qui résista comme il pu, terriblement entraîné à encaisser les coups. Pas eu trop le temps pour celle çi de faire durer le plaisir mais j'ai fait ce que j'ai pu pour satisfaire ma petite assistante. La vieille y met quand même du sien en accompagnant ces derniers soubresauts de quelques gémissements et d'un « Pardonnes moi » trop noyé de sang pour être sincère. Eva est installée à mes côtés, un sourire à la Mona Lisa aux lèvres. Elle dégage par tous ses pores comme une odeur de sang encore juvénile mais en bonne voie de parvenir à une fragrance plus parfumée. Elle va en redemander, j'en suis sûr. Bon sang ne peut mentir ! Pour l'instant elle s'endort. Un raz de marée aussi vivifiant que relaxant m'inonde de la tête aux pieds. Incroyable pour une petite bonne femme aussi osseuse. Gorgée de sang comme une sangsue repue. Mon cuir boit le tout avec avidité. Bordel, elle fait chier cette gamine, j'arrive pas à la réveiller. Et la porte s'ouvre, laissant passer les deux porteurs qui nous embarquent tous les deux. Comment résister à l'appel d'une jeunesse si prometteuse?

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Aurélien Azam · il y a
Je vais être honnête, j'ai eu beaucoup de mal à accrocher à ton texte. L'histoire est intéressante, mais tu m'as perdu à cause de trop nombreux mots manquants, de nombreuses fautes d'orthographe et de syntaxe, et le fait que ton texte parte un peu dans tous les sens. Néanmoins, j'ai bien apprécié l'ambiance qui se dégage de ton récit : à creuser et peaufiner :)
Merci pour ce texte, Francisco !
Si tu le souhaites, n'hésite pas à aller lire "Gu'Air de Sang", également en compétition !
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/gu-air-de-sang

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Ginette Vijaya · il y a
Un texte décalé , un personnage d'outre- tombe . Une fin qui emporte tout .
je vous invite à lire mon texte" le prix de la mort" qui est en compétition également .

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Florent Paci · il y a
Une atmosphère sanglante et sale, un hôpital du cauchemar ? Bien court et noir, mes votes !
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Jfjs · il y a
Comme Nelly !
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Topscher Nelly · il y a
Excellent que de faire parler un personnage bien à part. Mes voix
Mon texte vous plaira peut-être,

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