Come fly with me

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400 caractères c'est court, donc je vais tenter de faire vite. J'ai 19 ans, j'écris depuis des années (pour ne pas dire toujours), je dessine beaucoup, je peins, je fais des photos, j'adore lire et  [+]

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« Si vous m’accordiez rien qu’une journée Mina, je vous montrerai pourquoi tant de gens rêvent de venir ici ». La lettre était arrivée tôt ce matin, en même tant que le journal qui reposait sur la table basse. L’écriture était grossière et parsemée de fautes d’orthographe qui ajoutaient davantage de spontanéité à la façon de s’exprimer de l’expéditeur. Assise sur le rebord de la fenêtre, Mina observait sans mot dire le tumulte de la grande ville en effervescence. Les gens allaient et venaient sans cesse, happés par leurs occupations. « La fourmilière » comme disait son père. Sa mère était tombée amoureuse de cette cité dès le premier regard. Mina se souvenait clairement de la petite maison qu’ils avaient à Brooklyn, celle dans laquelle elle avait vu le jour. Voir le jour... Un sourire ironique étira ses lèvres. Qui pouvait se venter ici d’apercevoir le soleil ? Aussi improbable que cela puisse paraître, Mina avait, au fil des années, nourri une profonde aversion pour sa ville natale. Toute l’admiration et la passion que sa mère vouait à ces innombrables buildings, à ces flots perpétuels d’hommes et de femmes ou à Central Parc, si cher à son cœur, Mina les avait transformées en un dégoût profond, lui agrippant le cœur à chaque fois qu’elle sortait de chez elle. Certes, le succès lui avait apporté une confortable situation, la possibilité d’entrer sans soucis au Hard rock café ou de dépenser tout ce qu’elle désirait dans les boutiques de Manhattan. Mais plus rien n’avait de charme depuis que ses parents avaient perdu la vie à l’un de ces carrefours. Sa vie s’était arrêtée ce jour là. Alors, lorsque qu’au cours d’une interview, on lui avait demandé ce qu’elle pensait de sa ville, elle avait répondu : « New York n’est qu’un fantasme alimenté par les médias et le cinéma ». Cette réplique avait fait la une des magazines, le temps que ces parasites de journalistes médiocres trouvent autre chose à se mettre sous la dent. Puis un parfait inconnu lui avait écrit, persuadé qu’il pouvait la faire changer d’avis. En soupirant, elle jeta un regard à la lettre froissée qu’elle tenait entre ses doigts. Elle prit une nouvelle gorgée de thé, resta un moment à contempler la rue, puis, d’un pas décidé, se dirigea vers la salle de bain. Elle enfila le vieux jean qu’elle adorait, un tee-shirt et la veste en cuir de sa mère. Elle arrangea ses cheveux, mit ses Converses et sortit prestement de son appartement. Elle enfonça la lettre dans sa poche, mémorisant le numéro griffonné dessus. Un coup de fil, douze minutes d’attente, et un taxi se gara devant le grand immeuble. Elle se fraya un chemin à travers le groupe de paparazzis qui campaient devant l’entrée, ouvrit la portière du véhicule et, sans un regard pour l’occupant arrière, monta à bord.
- Je n’aurais jamais cru que vous répondriez, lui sourit-il.
- Je vous donne une journée pour me montrer les atouts de cette ville, Arthur.
- C’est un honneur. New York n’est pas seulement une ville, c’est tout un monde.
Mina se retourna enfin vers lui. Il avait l’air si convaincu de ce qu’il avançait que ses yeux en pétillaient. Un soupir las passa sur les lèvres de la jeune femme alors que son « guide » indiquait la destination au chauffeur. Le trajet ne dura que quelques minutes avant qu’Arthur ne règle la course. Mina observa le décor. Il n’y avait rien d’attrayant à cet endroit.
- Où sommes-nous ? demanda-t-elle perplexe.
- Nous allons prendre le métro !
- C’est une blague ? s’exclama-t-elle.
- Allons Mina, où est passé votre sens de l’aventure ? railla-t-il.
La dernière fois que la jeune actrice avait pris le métro, elle devait avoir quinze ans, c’était avant de rentrer dans cet étouffant business hollywoodien. Arthur, plus heureux que jamais, était quant à lui dans son élément. Cet enthousiasme exaspéra d’abord Mina, mais le jeune homme était si attachant qu’elle fut prise au jeu. Elle ignorait encore ce que ce jour allait représenter pour elle. Arthur l’avait amenée au Brooklyn Bridge, où elle avait contemplé d’un œil nouveau le Skyline de Manhattan en fredonnant du Sinatra. Plus loin, il lui avait fait découvrir ce café Jazz où un saxophoniste avait interprété des musiques qui avaient bercé son enfance. Au détour de multiples rues, là où Brooklyn se confond avec le Queens, elle avait découvert un univers sous-terrain où la danse faisait vibrer les colonnes d’un immeuble tout entier dans un frisson sans pareil. Dans le métro, Arthur lui avait dévoilé les trésors d’un monde nouveau de performances en tout genre. Mina avait mangé, pour la première fois en près de sept ans, un vrai hamburger dans un fast-food de l’Upper West Side. Arthur avait entraîné la jeune femme au dehors, hilare, sans régler l’addition, courant à en perdre haleine, ignorant les menaces du serveur. Ce garçon avait quelque chose de surprenant et de magnifique dans sa façon de rire, de s’exprimer. Mina avait l’impression qu’aujourd’hui, ses poumons se gonflaient d’un air nouveau, elle se sentait incroyablement libre. Elle avait posé pour un peintre au cœur du Greenwich village, là où Broadway renferme le monde de la création côtoyant l’illusion. Broadway c’était aussi ce vieux théâtre des années 1920 où ils avaient valsé sur une scène aux planches grinçantes. Des lieux respirant le vécu, la couleur des émotions, l’odeur des souvenirs. Un frisson parcourut son échine lorsqu’elle atteignit le sommet de l’Empire State Building.
- Regarde Mina, ce que la cité a à t’offrir...
Perdue dans la contemplation de l’immensité, tout lui devint clair. Elle avait retrouvé cet amour si profond, ce sentiment de quiétude tendre de se sentir chez soi. Tout allait bien à présent, tout allait merveilleusement bien. Elle pouvait sentir battre le cœur de la cité, aussi clairement que s’il s’était trouvé à la place du sien. Et dans un silence infini, alors qu’elle se tenait perchée sur la cime d’une tour qui dominait le coucher de soleil, une larme roula sur sa joue.
- Ma mère avait raison, New York est une aventure fascinante.

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