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Combustion spontanée

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Estelle

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- Aïe !! Mais c’est pas vrai ?! J’en ai marre.
- Tu t’es encore brûlée ? Mais comment t’as fais cette fois ?
- J’en sais rien... Je te jure que je fais hyper gaffe !
- Qu’est ce que t’es maladroite en ce moment... Tu vas finir chez les grands brûlés si tu continus !
- Il y aura au moins une justice...
- Qu’est ce que tu dis ? Arrête ça tout de suite. Ce n’est pas ta faute, c’était un accident ok ?! Un ACCIDENT !
- Ouais... si tu le dis...
Ça faisait une semaine que ça durait. Louise se brûlait sans arrêt. De petites brûlures par ci par là, rien de grave mais assez pour sérieusement attaquer son moral, déjà bien bas depuis l’accident. Il y avait un mois, jour pour jour, elle avait ruiné la vie d’un homme et se trainait depuis dans sa propre existence. Elle pensait à lui, à elle, à chaque fois qu’elle se brûlait, comme un juste retour des choses. Au fond, tout était de sa faute, elle le savait ; et si quelques cloques pouvaient alléger, même quelques instants sa conscience, elle les accueillait avec reconnaissance. Elle savait pourtant que c’était loin d’être assez pour rembourser la dette immense qu’elle avait contractée envers la grande faucheuse, et surtout envers cet homme dont elle ne connaissait rien mais qui la hantait désormais. Elle était trop pressée ce jour là, trop pour ralentir dans ce virage qu’elle connaissait si bien, pour voir la voiture faire un violent écart et basculer dans le fossé. Ce n’est que la vision des flammes dans son rétroviseur qui l’avait ramenée au présent. Du conducteur et sa fille, seul l’un des deux avait échappé au brasier.

- Brûle !
- Aïe
- Brûle
- Stop !
- Brûle.
-...
Rien ne servait de protester, ma bouche était cousue. “Brûle”, il n’avait plus que ce mot à la bouche et sa voix devenait plus cassante à chaque répétition. Pour ma part, je ne su jamais qui j’étais vraiment. Il me donnait le prénom d’une fille, Louise je crois. Je vivais à travers elle, je souffrais pour elle, pour ce qu’elle avait fait ce jour là. À sa place, il me plantait des aiguilles dans le ventre dans des moments de colère absolue, et aussitôt pleurait sur mes cheveux en regrettant la violence de ce geste ; au début. Il me baignait dans les poisons les plus sinistres, la rendant pendant des jours, malade à en mourir. Ce n’était pas encore assez cependant. Aujourd’hui, c’est le feu qui l’animait. Le feu qui brûle, qui fait fondre les chaires, celui qui ne laisse que de petits tas d’os noircis, mais surtout, celui qui fait disparaître ; disparaître les êtres chers. Je savais que, dans sa triste folie, c’était son dernier recours. Seul le feu avait le pouvoir de réparer ce que le feu avait détruit. Ça faisait une semaine qu’il me testait avec de petites brûlures par ci par là. Rien de grave mais assez pour mesurer l’ampleur de ce qu’il s’apprêtait à faire.

Dans le sous bois, une allumette craqua. La flamme resta quelques instants suspendue, vacillante. Est-ce qu’il hésitait ? Non, ce n’était pas ça. Peut être savourait-il déjà sa viscérale vengeance. Un feu ardent embrasait son regard et consumait entièrement ce qui restait d’elle en lui. Depuis un mois, tout en lui s’était transformé, son visage s’était fermé et ses yeux, rougis par des larmes qui ne devaient plus le quitter, étaient striés de vaisseaux écarlates. Ses lèvres bougeaient dans une litanie sifflante et répétitive.
- Brûle !
-...
- Brûle comme elle a brûlé.

Après la première allumette, tout s'enchaina très vite. Deux, trois, quatre... rien n’était laissé au hasard. Il installait maintenant minutieusement, presque avec tendresse, à la manière d’un artiste un peu fou, les allumettes autour de mon petit corps, attendant l’instant où l’une d’elle, déséquilibrée par un souffle de vent, y mettrait inévitablement le feu, sans retour possible. Il n’avait rien emporté qui puisse éteindre le brasier, de peur de changer d’avis peut être, d’être trop lâche, trop humain pour aller jusqu’au bout. Il espérait que je disparaisse, entièrement et définitivement ; avec lui, avec la forêt, avec le monde entier s’il le fallait.

- Je meurs de chaud !
- Louise, on est en hiver... fit remarquer Sylvie
- Et on est dehors ! Enchaîna Bastien avec un sourire ironique

À l’horizon, on distinguait une fumée sombre. Les arbres prenaient l’allure de torches immenses, couvant une poupée de chiffon qui se consumait. Les amis de Louise s'apprêtaient à être les premiers témoins d’ une combustion humaine spontanée.

PRIX

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Patcrea · il y a
Je n'ai pas tout compris mais le style, les mots, l'histoire, le sujet sont intéressants et captent l'attention, merci pour cette lecture !
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Pierre PLATON · il y a
A trop jouer avec le feu, on finit par se brûler... !
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JARON · il y a
Bonsoir Estelle une histoire originale et bien écrite, un texte chaud et bien dans le thème. mon soutien et mes voix sans hésiter. Si vous avez un instant pour découvrir " mondes parallèles" dans le même thème merci d'avance et belle soirée.
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/mondes-paralleles-1

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Perle Vallens · il y a
Il y a une intention et un style. Le flou est de décence peut-être. Mériterait une chute plus crue, plus dure.
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Odile · il y a
C'est un peu confus, dommage car c'est vraiment original et vous avez un don d'expression certain. Bonne chance +
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Virgo34 · il y a
C'est chaud : Je dirai brûlant...
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Mape Writing · il y a
Je me suis emmêlé les pinceaux avec vos personnages mais je crois avoir compris. On est bien dans le registre noir, sans aucun doute. Vous avez trouvé un style particulier, plutôt maîtrisé et bien écrit.
Je pense également qu'elle mériterait d'être vraiment approfondie car intéressante !
Si le cœur vous en dit, vous pouvez aussi jeter un œil à mon récit :) https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/les-chaines-du-mal

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Mireille Bosq · il y a
sombres pratiques. Cette histoire met mal à l'aise, mais c'est le but recherché. Dommage qu'elle ne soit pas plus développée car elle a du "coffre" un vrai potentiel. de toutes les histoires que j'ai lues dans le cadre de ce concours,c'est la seule qui évoque ces pratiques encore en usage dans certains pays...je vote
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Cnslancelot · il y a
Que mes voix enflamment votre texte ! Un récit ardent !
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Mireille Bosq · il y a
Je...ne comprends pas. Mais j'aimerais pourtant. Vous voudrez bien m'expliquer? je voterai quand j'aurai compris...
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Estelle · il y a
Une histoire de vengeance et de poupée vaudoo !
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Mireille Bosq · il y a
Merci, ce n'était pas clair pour moi. Je vais relire maintenant.