Colombine

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Que dire lorsque l’on vous met à part. Que faire quand on a de la rancœur qui crève le cœur. La rancœur ça crée comme un resserrement de tout son être. Le cœur se serre, la gorge se noue, tout se replie et se flétrit.

Se laisser rabaisser. Rabaisser tout ce que l’on fait. Laisser l’autre ramasser nos propres exploits à la pelle et se les approprier. Le pire de cette horreur c’est quand on ne reconnaît pas votre douleur. Quand on la travesti avec la sienne. Alors là, on atteint le point culminant de la négation. L’autre n’a plus le choix que de devenir le néant où l’on souhaite le voir prendre place.

La rancœur fait que je hais les autres. Les autres c’est le début de la guerre. Une guerre lasse de solitude et de coups bas. Je veux les autres loin de moi pour rester loin de leurs tourments. J’en ai marre des autres et de ce qu’ils prennent pour de la hauteur. Ce qu’ils prennent pour de la hauteur n’est qu’une profondeur abyssale. Oui. Dans les abysses sales, remplies quelles sont d’immondices, de déjections, de projections de haine et de rancœur.

La rancœur consume l’âme. Elle la salie par sa pourriture putride et ingérable. Beurk ! Je ne veux plus de la rancœur dans mon cœur. Ça pue trop. Ça sent mauvais. Je le sens que je sens trop mauvais. Un jour meilleur viendra et me fera du bien, loin de la rancœur et de ses clameurs d’ogresse. Pour l’instant, Grrrrr, j’ai envie de grogner. Je deviens ogre et je projette mes points dans le ciel. Grrrrrr, ça grogne fort en moi. La rage s’est levée et veut sortir en plein jour. Elle n’est pas belle. Elle fait peur. Enragée! Je vous dit qu’elle est capable de tout envoyer paître : la prairie et les animaux, la mairie et la société, la curée et les religieux, la joie de vivre et les combattants. Elle les tue tous, le fusil au point.

TACA TACA TACA TACA TAC Ça fait TAC.
Elle tabasse les doigts dans les mains, elle fait du mal, elle bat le beurre à en faire de la chantilly. « TCHACA TCHACA TCHACA TCHACA TCHAC ça fait TCHAC. »
Elle ne s’embarrasse pas du qu’en dira t’on. Elle est malaise et jamais sourire. Elle tue tout sur son passage. Toi, surtout toi qui ne l’as pas vue bondir en rugissant. La rancœur est la mère de la haine ; Elle se niche dans le cœur et lui suce la moelle un petit peu plus tout les jours. Un petit peu plus, un petit peu plus, et puis un jour on n’a plus le cœur à rien. On a plus le cœur aux autres. On les déteste pour tout ce qu’ils nous ont fait subir en pensant qu’ils n’ont rien fait. Qu’ils l’ont fait pour notre bien. Qu’ils l’ont fait et que cela ne veut rien dire, ça n’est pas grave et puis faut t’endurcir un peu toi, tu te prends la tête pour rien.

Le néant, je suis le néant.
Enragée, je suis enragée.

Je suis lasse de jouer la victime, alors je deviens bourreau. Je prends mon fusil, je le lève bien haut et je tire dans la masse. Ça fait TCHACA TCHACA TCHACA TCHAC, ça fait TCHAC. La chair devient molle, les balles effleurent, les balles dérapent les balles s’emballent. Je les hais tous, je veux qu’ils périssent tous, qu’ils sentent le mal qui déborde de moi. TACA TACA TACA TACA TAC, je n’entend plus rien, je me bouche les oreilles, je ne m’arrête pas tant que ça ne fini pas, je suis à bout de souffle. Il ne reste plus qu’une balle elle est pour moi celle là ça y est. J’y suis. Prête pour rejoindre le néant.

Je pleure dans le noir. Je n’arrive pas à retenir les larmes, une main sur la figure, je la tourne sur le côté. Triste, je suis triste. Grise, je suis grise. On devrait m’appeler Grisette la grise mine. Tristesse, je ne suis que tristesse. Ma tête me gratte, je ne trouve plus rien à penser. Perturbée, je suis perturbée. J’en ai marre de ça. J’en ai marre d’être là. J’en ai marre de ne pas être respecté, j’en ai marre de n’être pas à ma place, j’en ai marre de cette vie là. J’en ai marre d’eux. J’en ai marre de moi. J’en ai marre. J’en ai marre... marre... MARRE... MARRRRRRRRE !

C’est fini. Colombine s’en est allée.

Et si Colombine n’était pas humaine mais était juste terrestre. Si elle s’appelait Planète Terre. En pensant nous faire du bien, nous lui avons fait tant de mal que cela attise sa rancœur avant de nous rendre compte, trop tard, bien trop tard, que nous ne jouions pas à armes égales.
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