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Colombe grillée (Mort imminente 4)

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Didier Larepe

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Le jour vient, sa lumière prend le pas sur celle de ma lampe, lumière blanche, bleutée sur sa lueur flavescente, quand elle sera suffisante, je l’éteindrai, ma page d’écriture se terminera, il sera temps de partir, m’oublier... le tourbillon du fleuve de l’existence... et j’absorbe toutes les langues de colombes* en gelée... le morceau de ce groupe rock anglais, King Crimson, résonne au fond de mes oreilles, très fort, délire sonore... Larks’ tongues in aspic... pénètre tout doucement dans mon cerveau, un rayon de soleil sculpte ma bibliothèque ; piano préparé vibraphone petit violon enfantin sonnailles répétition non homothétique et puis, ce que l’on attend explose... guitare, basse, batterie... ça n’est pas aussi basique, pas seulement parce qu’il y a un drôle de violon dont on se fiche bien s’il a été ou non bien accordé, son saturé... ça hurle, ça grince, ça se presse, ça s’embrouille et se multiplie, ça devient rigide puis chacun part de son côté, rythmes avantageusement non dansables, musique d’une morne plaine, givre frimas bourrasques congères nuages de neige envolés par le vent sur la carcasse d’un train, ciel bas, la musique est devenue mélodie, ténue – violon et cymbalum trémolant – le froid s’engouffre dans ma tête, cerveau glacé, ma langue gelée s’agite pour rire ; paysage d’Ecosse et de Mongolie ; sept cavaliers furieux tournent en rond à l’Ouest, à la limite non gardée de l’horizon, là où tout s’effondre ; derrière moi quelque chose émerge... voix plainte menace prière psalmodie litanie en boucle... riff – leçon de riff – à six temps – puis six et demi – le pied ne suit plus – trébuche sur un rocher de lune – planète enneigée, paysage submergé de vents chargés – et la lumière d’un soleil – blanc – ultra-blanc – répétition de riens, creuse une idée jusqu’à son cœur sombre et lumineux, le fil d’une épée qui taille et s’ébrèche... démultiplication comme une conclusion morbide ; le paysage a disparu ; ne reste que la menace des sept cavaliers au crépuscule, là-bas, chute de la Rome moderne, annonce des temps futurs, marche claudicante d’une armée qui n’ira plus se battre... qui pour sauver ce qui peut encore l’être ?... les façades s’écroulent, les monuments, les édifices ; fin brutale ; et coda : I have a dream... mélodie violons artificiels, ma voix châtrée égrène des tragédies : le grand suicide collectif

i have a dream that one day...
la colombe a été mangée, pas seulement sa langue en gelée...
il n’y a plus de rêve !


King Crimson : Larks’ longues in aspic, part I, II, III, IV , Coda : I have a dream [lp : Larks’ longues in aspic 1973 - Three of a perfect pair 1984 - The construKction of light 2000 ]
* lark en anglais, c’est une alouette, j’en ai fait une colombe, le symbole de la paix

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Granydu57 · il y a
Pur délire à la sauce Larepe ou bien cris dans l'écrit : notre monde se casse la figure !!!
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