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C’est un homme de taille moyenne. Corpulence imposante. Des excès de bières ont provoqué un renflement au niveau du ventre et des hanches. Le reste, c’est que du muscle. Le visage est légèrement aplati au niveau des joues et des encolures, décorées d’une barbe drue couleur cendre égale chaque jour en longueur. Le nez est écrasé, les narines ovales et creuses. Quand il parle, la mâchoire est crispée, les mots sont mâchés avec les dents puis évacués par la partie inférieure de la bouche. Les tirades sont brèves, certaines portions sont prononcées plus rapidement que d’autres. Mieux vaut s’accrocher pour saisir de quoi il est question lorsque qu'il prend la parole.

Il a toujours vécu ici, à traîner la patte sur ce sol sablonneux, sec et aride jusqu’au prochain employeur qui voudra bien lui donner une énième chance. Sa plus-value ? Sa bonne humeur, sa discrétion et sa constance au travail. Quand il est a court d’argument et pour obtenir ce qu’il convoite, il n’a qu'à bombé le haut de sa carcasse et tenir le regard. Il gagne à tous les coups.

Ses mains sont gonflées de la corne qui s’est formée autour de ses doigts. Le frottement lisse ses blessures et cache les entailles cumulées.

Il fut un temps ou le travail, ça lui payé la santé. Puis un jour, il prit conscience que finalement, on lui avait mis un peu à l’envers. Alors il rumine à longueur de journée les enseignements que la vie lui a laissé le temps de développer. Il se répète qu'à chaque tâche laborieuse, il faut s’appliquer, faire les choses avec goût, car sinon, ce n'est pas du boulot. Il se dit qu’un boulot mal fait, ça te retombe forcément un moment sur la gueule, qu'il faut toujours finir ce que l'on entreprend et rester sérieux, toutes ces choses-là...

De la force de ses mains, il martèle ses phalanges et ses articulations. Il tire, pousse, soulève, déplace, coupe, tort, arrache et entre chaque corvée, traîne des pieds comme pour essuyer cette saleté qui lui colle aux basques. Il s'accroche et pense à rien d'autre qu'à sa prochaine partie de pêche à l'hameçon qu’il pourra s’offrir s'il tient le coup jusqu'à la prochaine sonnerie.

Contre cinq heures de travail le matin, on lui en accorde une pour récupérer. Il l’a partagera avec un sandwich de pain blanc, quelques tranches de salami, une feuille de salade fade et un verre de coca. Un déjeuner pensé au plus simple, à la hauteur des tâches qu’il exécute chaque jour. Il le déguste doucement, à son rythme, comme bon lui semble. C’est le seul moyen qu’il a de redevenir lui-même dans la journée, avant d’affronter les cinq heures de labeur restantes et rentrer chez lui, le devoir accompli.
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