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Cohabitation difficile

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Elodie

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Comment on en arrive là ? À ne plus pouvoir se supporter après seulement quelques années ?

Au début, pourtant, ça avait bien commencé. On s’entendait bien, on rigolait. On donnait l’image de l’entente parfaite et tout le monde nous enviait. On venait tous les deux de commencer un nouveau travail et on s’aidait mutuellement à prendre confiance et à progresser.

Avec le temps, les défauts ont fini par apparaître. Ses blagues ne me faisaient plus rire (il était obligé de préciser à chaque fois qu’il plaisantait), mes blagues ne le faisaient plus rire (il aurait fallu que je précise à chaque fois que je plaisantais). Toutes les petites manies, tous les tics de langage ont commencé à devenir insupportables. Pour lui et pour moi. De m’avoir aider à prendre confiance, il en avait déduit que je n’étais pas capable de faire les choses par moi-même : il a commencé à terminer toutes mes phrases, à expliquer aux autres ce que je pensais vraiment quand je prenais un ton ironique... Peu à peu, je me suis murée dans le silence. La présence d’une tierce personne était devenue nécessaire pour qu’on arrive à échanger autre chose que des formules de politesse (Bonjour, merci, à tes souhaits).

Aujourd’hui, comme tous les jours, c’est avec appréhension que je l’ai entendu arriver. Je tourne la tête vers la fenêtre et je ferme les yeux mais je connais bien son rituel : un petit salut, il pose le café à emporter qu’il a acheté en route. Avant même de poser son sac, il ouvre le store (que j’avais laissé fermé pour éviter que la chaleur estivale ne rentre). Même ça, il le fait toujours de la même manière : allez savoir pourquoi, il se met toujours en équilibre sur un pied, l’autre jambe tendue, puis changement de pied, le tout en tirant sur la corde du store vénitien. C’est comme une sorte de danse. La danse du store.
Une petite variante saisonnière : s’il a manteau ou une veste, c’est à ce moment là qu’il le retire, toujours de la même façon. Puis il va le ranger dans le placard, toujours le même cintre, toujours la même place. Avec le sac.
Ensuite il allume l’ordinateur, il commence à lire ses mails, il chantonne. Environ 2 minutes plus tard, il ouvre son paquet de biscuits, toujours la même marque, toujours le même goût. Et pendant les 20 minutes qui suivent (environ, je n’ai encore jamais chronométré), c’est une alternance de bruits de plastique (quand il pioche le biscuit) et de mastication.

Tout ça ne peut plus durer. Tous les jours se ressemblent et j’ai l’impression d’étouffer dans cette routine implacable. Un peu comme dans « un jour sans fin ».

C’est pour ça que dans un mois je m’en vais. Je change de travail, de ville, de tout. Quand il a appris la nouvelle, ça lui a fait ni chaud ni froid. Notre voisin a eu l’air plus ému. Il faut dire qu’à un moment, on a envisagé de cohabiter tous les deux. Je pense que ça n’a pas arrangé les choses de voir que je passais mon temps à aller à côté...

Mais le problème, c’est que finalement, on ne choisit pas le collègue avec qui on partage son bureau.
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RAC · il y a
Je n'ai absolument pas anticipé la chute, bravo !
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Teudor Abarjèro · il y a
Je ne m'attendais pas à la fin ! Le texte ressemblait plus à une description de la routine Tue-l'Amour. Clin d'oeil drolatique
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Elodie · il y a
Merci pour votre lecture :)
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Utilisateur désactivé · il y a
bien écrit, belle chute inattendue.
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Elodie · il y a
Merci!
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Ernestinemontblanc · il y a
Bien vue la conjugalité professionnelle !!
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Elodie · il y a
Merci. Pendant un moment, j'ai vécu ça comme un mariage forcé :-)
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Miraje · il y a
Un divorce à l'amiable, entre cantine et pause café ... Bien vu !
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Elodie · il y a
Merci!
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