« Coger el toro por los cuernos » - Prendre le taureau par les cornes

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La délicatesse est un don de nature, et non une acquisition de l'art..... Blaise Pascal "La beauté est l'ensemble de ces choses qui nous traversent et nous ignorent, aggravant soudain la  [+]

Image de Eté 2016
Carmen pleurait. Elle suivait le cortège. Des fleurs exubérantes décoraient le bateau ivre où reposait son père. Il tanguait sous ses yeux, son fier toréador, celui qui l'avait toujours aimée était mort. Un cœur qui s'arrête pour un qui vacille. Imperceptiblement, la faucheuse en habit de lumière l'avait convoqué. Carmen ne trouvait rien pour éloigner la peine, mais son visage se laissait visiter par une crédulité de passage : un rayon de soleil trop chaud, une volute de cigare dans la foule ou encore cette fragrance de lys à peine ténue.

La chaleur brodait de blanc les silhouettes de passage devant l'arène de Séville. Les mantilles et les éventails secouaient l'air d'inclinaisons poétiques et ce n'est que bien plus tard après un long moment de brouillard qu'elle s'avança jusqu'au caveau familial, regarda descendre son père dans sa dernière demeure et se faire engloutir sous la terre. Les roses de la foule jetées comme une dernière vague sur les réalités terrestres, elle n'eut pas envie d'y croire. Monter Zachary, son cheval, parut comme une évidence. C'est exactement ce qu'elle fit une fois rentrée et équipée de sa tenue de cavalière. Galoper, sans le reste du monde, sans explication.

Elle prit le temps de se laisser gambader au hasard sur les rebords du monde, puis au milieu de son chagrin le soleil flamba d'une ultime ardeur ! Une ivresse de tristesse et de galop. Le bruit étouffé des sabots sur le sable permit un rythme de bercement, un endormissement prématuré au bal des soupirs.

Elle revit entrer son père dans l'arène sous les applaudissements, puis la concentration nécessaire pour la danse avec le taureau apparut sur son visage buriné. Bizet l'accompagnait avant chaque corrida. Il ne se lassait pas de Carmen, l'acte deux tout particulièrement, où les bohémiennes dansent et créent une fièvre qui s'empare du corps et de l'esprit... L'éblouissant tapage juste avant de paraître devant lui, el Toro bravo.

Carmen dansait à présent et claquait le sol en rage ! Une folie qui vibrait dans l'excès, l'air semblait liquide et doux. Le vent dans ses cheveux s'amusaient comme un papillon naissant, elle riait, elle claquait des mains et les frottait l'une contre l'autre comme sa grand-mère lui avait appris... Abuelita tournoyait aussi près du patio en robe à pois le chignon dressé piqué d'une de ses plus belles dentelles, une effervescence qui lui laissa le mascara le long des joues et les beaux habits froissés.

La nuit était tombée sur la plage et Carmen se réveilla, il lui fallut quelques instants pour s'extirper de la torpeur, avait-elle rêvé ? Son père ?... Elle retourna au patio sur son bel alezan, essoufflée mais rassurée elle sentit le repas du soir en effluves sucrées dès qu'elle passa le pas de la porte.

— Carmen, mais où étais-tu ? Tout le monde s'est inquiété !
— Papa ? C'est toi ?
— Ben qui veux-tu que ce soit ?
— N'y va pas demain papa ! S'il te plaît !
Carmencita, Carmencita mi niña ! Je sais que tu as peur pour moi, ne t'inquiète pas, tout ira bien.
Le lendemain, el Toro bravo encorna Filipe, on ramena son corps à sa fille déjà vêtue de noir.

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