Cœur libellule

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Des petits morceaux de possibles  [+]

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La lumière du néon grésille encore. Ça fait des heures que ça dure. Une goutte de sueur perle d’une mèche de cheveux.

Ne pas salir mon œuvre !

Je dois prendre une pause. Je replace la couverture thermique sur mon plan de travail.
Les escaliers pour remonter de la cave éprouvent ma fatigue lancinante. Chaque muscle pèse plusieurs éternités.

Alors que je m’attends à retrouver le soleil du soir, c’est l’aube qui me surprend à la fenêtre de la cuisine. Il y a dehors un calme serein et ininterrompu, comme si le temps était suspendu à cette heure tiède du matin.

Un café... Le remède à tout, noyé dans une liqueur de poire ancestrale. J’aime le son et l’arôme de la cafetière à l’œuvre. Tandis que cette volute se perfuse petit à petit dans toute la pièce, je vais à la porte d’entrée. Un amas de courriers jonche le sol. Des factures, quelques lettres de voisinage sur des odeurs qui s’échapperaient de chez moi... Et le journal. Les journaux. Le plus récent date du 30 Juillet... Ça ne fait donc pas moins de soixante-douze heures que j’œuvre à la cave. Sans dormir, sans me nourrir d’autre chose que du sel de ma sueur. M’accorder quelques heures de sommeil serait mérité.

D’étranges claquements crépitent depuis le salon. Il y a quelqu’un dans la maison. Viviane, ma femme, dort toujours. Je me précipite dans mon bureau. Clef, deuxième tiroir. Le revolver de mes aïeux, retransmis de génération en génération.

Ça se rapproche. Je me place prêt à tirer si quelqu’un tente d’ouvrir la porte. Ça s’arrête juste devant la porte. Je vois l’ombre sur le seuil. Ça gémit. Ça gratte sur le bois de la porte.

J’ouvre !

Je tire !

Le sang d’Angèle, notre labrador chocolat, se répand tranquillement sur le parquet. Je viens d’ajouter le fantôme d’Angèle à ceux de mes ancêtres hantant cette maison. Le pauvre animal, à jeun depuis des jours, venait juste quémander un bout de gras...

Je l’enterrerai plus tard. Au jardin. Sous le saule pleureur au pied duquel Viviane m’a dit « oui ».
Pour lors, j’avale mon café-poire, monte à l’étage, et rejoins le sommeil paisible de ma femme.

Dans la lueur rosée du petit jour, filtrée par les rideaux, je contemple un instant son visage assoupi. Plus belle encore qu’à nos vingt ans. Teint calme, peau douce, lèvres tièdes.

Dans quelques heures, je finirai mon œuvre. Je placerai le cœur de ma victime dans ma Viviane, qu’un infarctus a emportée. La libellule n’aura qu’à battre des ailes quelques minutes dans sa cage thoracique pour relancer son cœur et la ramener à la vie...

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