Cocktail

il y a
2 min
0
lecture
0

Bonjour ! Je poste ici mes petites histoires qui relèvent du suspense, parfois de l'horreur ou du gore. Je vous souhaite une bonne lecture et attend vos retours avec impatience ;) Bisous  [+]

J’avais décidé ce soir-là de me promener le long des berges. Il faisait frais, la brise me caressant le visage. Seule face au reste du monde, je me sentais libre, portée par le vent et le clapotis de l’eau. Il était tard, très tard et pourtant je me sentais d’humeur festive : j’allais enfin accomplir ce pour quoi j’étais née, je le sentais. Je n’avais aucune envie de rentrer chez moi pour l’instant, de m’enfermer entre ces murs que je voyais comme une prison. J’étais libre et je comptais le rester. Il fallait que je le reste, et je ne voyais qu’une solution. Il fallait que je tue ma mère.

Ma mère a toujours été très protectrice, à l’affût du moindre danger qui me guettait. Toujours à me rattraper lorsque j’étais sur le point de tomber enfant, toujours derrière moi quand je marchais, toujours là. Elle ne me pas laissé le temps de me fabriquer ma bulle, mon espace vital. Non la bulle, c’était elle et rien d’autre. Ma mère a toujours pensé que le partage était important. Il fallait que je la tue, pour conserver cette liberté qui m’appelait et me débarrasser de ce poids qui me rongeait.

J’éprouvais un amour pour ma mère qui était de l’ordre officiel, administratif. Je l’aimais sur le papier. En dehors, je la détestais : outre le fait qu’elle m’enfermait dans son « amour » maladif, elle buvait tous les soirs à s’en rendre malade. Elle a commencé alors que je n’étais qu’une enfant, et avec elle j’ai plongé car elle ne m’a pas laissé le choix. Je ne comprenais pas ce qu’elle faisait, ni pourquoi elle le faisait, alors elle m’a entraînée dans sa chute et depuis je ne cesse de tomber. Je ne trouve rien à quoi me raccrocher, je ne vois rien, il fait noir.

Il fallait que je rentre. Il fallait que j’accomplisse cela, pour que je me libère de ses chaînes qui étaient devenues les miennes avec le temps. Tandis que je me rapprochais de sa maison, mon sang bouillonnait, la tension montait, je sentais mon cœur battant à tout rompre. Mais à l’extérieur, je laissais paraître un grand calme que je gardais depuis toujours sur le visage. Il ne fallait surtout pas que je laisse tout exploser maintenant. Je montais les marches et gravit le perron. Je n’avais pas réfléchi comment j’allais procéder. Je poussai la porte. Allais-je lui parler, lui demander ses dernières paroles ? J’entrai dans le salon. L’aimais-je ? Je voyais ses pieds dépasser, elle était allongée sur le divan. Devais-je lui dire que je l’aimais ? Je m’approchai. Et elle, elle m’aimait ? Ses yeux clos, elle dormait. Je ne l’avais pas entendu ronfler d’un bruit sonore. Des cadavres de bouteilles, bières comme alcool fort, traînaient tout autour d’elle sur le canapé, la table basse ou le tapis. Un joyeux mélange de couleur et de senteur me prit à la gorge et me fit reculer. Est-ce qu’elle m’aimait ?

J’avais oublié ce pour quoi j’étais venue, ce pour quoi je la regardais dormir en restant debout. Que m’arrivait-il ? La nuit s’était installée dans la pièce, éclairant les meubles, ma mère et mon âme. Je restais là encore quelques instants, mes yeux la regardant, sa poitrine gonfler lorsqu’elle respirait, son pantalon sali de tâches de bière, son t-shirt déchiré. Elle était là elle aussi, présente. Je fus prise de vertige, la pièce tournait. Je m’assis près de ses pieds, la fatigue m’emporta et je m’allongeais dans ses bras. J’étais si bien. Je ne me souvenais toujours pas de mes intentions, je m’en souviendrai demain. Bonne nuit, Maman.
0
0

Un petit mot pour l'auteur ? 0 commentaire

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,