Clément

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J'écris pour inventer des libertés, pour m'approprier les pleins pouvoirs, pour (m'auto)critiquer, pour (me)sauver, pour (me)venger...mais aussi pour déterrer et dompter les monstres (intérieurs)  [+]

Image de Été 2014
La chambre ne sent pas bon. Un mélange de sueur, de confiné et de tabac froid. Elle est sombre, les rideaux sont toujours tirés. Mais je l’aime. Parce que je la partage avec Nathaniel, mon frère. Mon très grand frère. Il est au lycée. Je suis en grande section de maternelle, bientôt à la grande école. La sonnerie de la porte retentit. J’entends Nathaniel répondre, il rit. J’aime quand il rit, ça me fait rire jusque dans mon cœur. Il y a du chahut dans la maison, une cavalcade dans les escaliers, la porte de la chambre s’ouvre dans une volée inattendue :
— Qu’est-ce qu’il fait là, lui ?
C’est Andy. Il ne s’adresse jamais à moi. Ma présence le gêne, je le sens.
— Allez Clément, va jouer dans la chambre de maman, me demande Nathaniel, en ébouriffant mes cheveux au passage.
Lentement, je rassemble mes jouets. Il y a toujours des petits éléments de Lego qui se fourrent dans le tapis. Si j’en oublie, je ne pourrai pas construire mon vaisseau. Et si je reviens les chercher dans la chambre, Nathaniel va se fâcher.
Les Lego dans mon sweat-shirt remonté jusqu’au cou, je sors. Andy claque la porte dans mon dos. Je n’aime pas Andy.
Dans la chambre de maman, le soleil s’est invité. Je dépose mes jouets sur son lit. L’édredon est moelleux. C’est comme un nuage de coton qui aurait la même odeur que maman. Je continue ma construction, mais ce n’est plus pareil. A côté, les grands ont mis la musique très forte, et ils rigolent bizarrement. Je n’aime pas Andy. Je suis jaloux de lui. Il transforme Nathaniel et il m’empêche de jouer dans ma chambre.
Maman a une petite télévision dans sa chambre. Si je trouve la télécommande, je pourrai regarder les dessins animés jusqu’à ce qu’Andy quitte ma chambre. Où maman peut-elle bien la ranger ? Pas sous les oreillers. Pas sur son chevet. Dans le tiroir peut-être ? Ma main plonge dans ce mystérieux endroit et ramène des cartes postales, des bijoux fantaisies, un livre tout jauni, des dessins d’enfants, des cadeaux de la fête des mamans, une mousseline toute douce...
La mousseline est fraîche, mais lourde. Je la saisis délicatement. C’est très lourd. C’est comme un paquet cadeau : cette mousseline enveloppe un objet. Que je libère fébrilement en ouvrant les pans du tissu.
L’objet est vraiment lourd. Et froid.
Je dois utiliser mes deux mains pour le saisir.
PAN.

Ce jour-là, la déflagration a secoué toute la maison. Elle s’est entendue dans tout le voisinage. Lorsque Nathaniel a découvert son frère, étendu sur le lit de sa mère, une arme à la main, des jouets dans l’autre, il était trop tard. Les pompiers puis la police ont été dépêchés sur les lieux rapidement. Andy, de son côté a fui aussitôt avec son sachet de cannabis.

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