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Cinquante nuances de sable

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Claude Vallet

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Ce foutu sable est partout, un sable fin, pernicieux, un insupportable supplice sur notre serviette de plage et dans mon intimité plus précisément entre mes orteils.
J'ai toujours eu horreur du sable entre les orteils et des conséquences que ça représente: les irritations, les mycoses, voire un Pityriasis versicolor qui vous donne cette inimitable teinte rose chamois.
Je sais, le Pityriasis versicolor ça semble sympa et ça peut prêter à sourire la première fois, toute toute première fois comme beugle le transistor de mon voisin de serviette.
Et les gamins qui quémandent qui sa pelle, qui sa bouée canard, qui une glace banane-malabar-tiramisu, qui... combien en a-t-on amené avec nous déjà?
Kevin, Maxence, Charlène, Priscilla, Bryan... où est passé Bryan?
On est fichus de l'avoir oublié in the kitchen !
Avachie sur une bonne moitié de ma serviette, Germaine – qui est ma première moitié – en est à sa troisième fausse couche après deux vraies couches d'huile ultra bronzante aux actifs anti-âge appliquées sur un épiderme d'un affriolant rouge tomate.
Déjà trois jours qu'on est là et je donnerais n'importe quoi pour m'échapper de cet enfer.
Je décide de m'évader et sans réfléchir aux conséquences j'extirpe du sac de plage le premier bouquin venu: Fifty shades of Grey – Tome IV.

Comme j'ignore qu'il y a déjà eu trois tomes, j'ai l'impression de m'installer dans un fauteuil de cinéma en plein milieu de la séance.
Chut... Pardon... Excusez-moi...
Je m'attendais à des préliminaires, à un rappel des faits ou à une introduction en douceur mais pas à ça. Effaré je lis :”Je vais te faire jouir comme un train de marchandises, bébé”.
Pas facile de s'imaginer un train de marchandises en train de jouir.
Je réalise que l'expression “en train de jouir” est plutôt amusante pour un train de marchandises.
Par contre “comme un train de marchandises bébé” ça ne veut rien dire du tout.
Je subodore que l'auteur – dans sa frénésie littéraire – aura voulu écrire “comme un train de marchandises BB”, allusion à la fameuse BB9004, une locomotive à deux bogies de deux essieux moteurs et à adhérence totale!
Pour l'heure, l'adhérence totale est entre mes orteils.
J'entends encore mon grand oncle Hubert « Record de vitesse en 1955 à 330km/heure »... ça devait être jouissif quand j'y pense, j'avais 8 ans à l'époque, l'âge où on commence à aimer les trains.
J'ai toujours aimé les trains comme j'ai toujours eu horreur du sable entre les orteils; cette histoire commence à me plaire alors sans crier gare – encore une expression marrante – j'enchaîne les pages à un train d'enfer – décidément – Germaine, le sable, mes orteils et même les gosses ont disparu de mon univers :”Elle a un très, très beau cul. Et je vais le rendre rose comme du champagne."
Quand je pense au prix de l'huile ultra bronzante aux actifs anti-âge de Germaine alors qu'il suffit d'être un jeune PDG séduisant pour rendre un cul rose.
J'ignore comment j'ai fait mon compte et si j'ai fait une overdose de sauteries mais j'ai dû sauter un chapitre, car je lis :"Ses brusques inspirations sont une musique pour mon pénis."

Anastasia alias Germaine est penchée sur moi, ruisselante d'huile solaire et me crie des choses que j'ai du mal à saisir :”Ca va pas? T'es tout pâle. Va pas dégueuler sur MA serviette”.
Germaine a toujours eu l'art de s'approprier les choses, les serviettes de plage comme le reste.
J'ai des fulgurances dans le bas-ventre mais c'est pas le pénis, ça doit venir de ces merguez de Mammouth (l'hypermarché, pas l'animal) qui refusaient de cuire au barbecue.
Je me sens défaillir et je m'accroche à Anastasia alias Germaine, à son corps huileux, puis j'ai comme un flash, la vision sado-maso d'une tomate insaisissable qui me remet illico sur mes jambes.

Combien de temps ai-je couru jusqu'aux toilettes dans cet enfer brûlant qui m'échauffe oreilles et orteils?
Je voudrais tant être loin d'ici... à Seattle par exemple, au 1920 Fourth Avenue, au 31ème étage climatisé d'un immeuble de luxe, sans sable ni risque de Pityriasis versicolor.
Ici aussi l'endroit est étrangement frais, noir mais frais avec cette odeur caractéristique des toilettes de plage; pourtant je me souviens avoir lu il y a un instant :"Elle portait un parfum très frais qui me rappelait le verger de pommiers de mon grand-père."
Ici ça ne sent pas la pomme ou alors le très vieux trognon de pomme.
J'aurais dû emporter le bouquin, c'est utile un bouquin dans ces endroits frais aux odeurs de verger de grand-père.
Au bout d'un long moment je me sens apaisé, léger jusqu'à cet autre moment où je tente d'ouvrir la porte.
N'importe qui viendrait à bout du mécanisme, même un jeune PDG séduisant mais pas moi ; il faut dire que l'huile ultra bronzante que j'ai sur les doigts n'arrange rien, bien au contraire.
Je tambourine comme un malade pour qu'on vienne me délivrer et je me remémore cette phrase de Christian Grey: “Accroche-toi bébé, ça risque de secouer”.
Mais pourquoi l'appelle-t-il bébé?
Quand on veut s'évader, croyez-moi il vaut mieux avoir lu MacGyver.
Au secours !!

PRIX

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Parfumsdemots Marie-Solange · il y a
Ah ,ah ah ,j’avais pas lu mais ça c’est du lourd!
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Claude Vallet · il y a
Merci Marie-Solange. Pas fâché d'avoir inventé Germaine :)
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Utilisateur désactivé · il y a
Une belle trajectoire et de l'humour pour ce texte. Mes voix
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Viviane Fournier · il y a
Oh superbe ... je suis arrivée par le hasard des lectures.. il y en a tant et j'ai adoré .. un gros trop plein de sourires et tes personnages si chauds de couleurs vraies et puis les lignes qui font voyager jusqu'au " verger de pommiers " .. c'est vivant drôle et vivant et ça fait du bien !
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Claude Vallet · il y a
Content que tu aies aimé, Broceliande !
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Viviane Fournier · il y a
Merci Vegas ... oui j'ai aimé ... j'adore ta façon d'écrire et chaque fois, ça me parle ...tu es au top ! oui ... foi de Brocéliande ...!
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Frédéric Bernard · il y a
Bien joué pour ce ton comique qui vient contrebalancer la fournaise et le mal-être du personnage, plongé dans des vacances en totale contradiction avec ses goûts. Ce personnage a un petit côté François Pignon avec sa capacité à accumuler les ennuis et les déconvenues :-) C'est original d'avoir pris du recul par rapport à une œuvre déjà existante pour la commenter et en faire un élément humoristique.
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Claude Vallet · il y a
François Pignon alias Claude Vallet alias Vegas sur Sarthe te remercie :)
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Utilisateur désactivé · il y a
Broceliande, Pignon, Vallet, Vegas....Vous êtes combien là ?? Lol !
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Claude Vallet · il y a
Oui, y'a du monde ! Je m'y perds un peu :)
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Mikael Poutiers · il y a
C'est très agréable d'être dans la tête de votre personnage qui passe les pires vacances de sa vie sur cette plage. On se laisse très facilement bercer à votre rythme, suivre votre humour, on en apprécierait presque de rester coincé dans ces toilettes pour rester un peu plus dans votre monde.
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JACB · il y a
Vous êtes comme le Pityriasis versicolor. Vegas, oups! Claude...vous nous en faites voir de toutes les couleurs et ça nous démange là où il faut...en plus court : ON RIT. C'est tordant et comme d'hab Germaine est insaisissable, une femme hors du commun ...*****
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Claude Vallet · il y a
Merci JACB. Quant à moi, ça me démange qu'on ne se tutoie pas
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JACB · il y a
Une vieille habitude...comme moi. Surtout ne pas y voir de particule..
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cath Breiz · il y a
Voilà un court et noir qui parle à une fille de cheminot !
”Je vais te faire jouir comme un train de marchandises, bébé” : Par contre, jamais entendu mon père dire ce genre de choses ! On ne nous dit pas tout !
Alors, Végas, c'est quand que tu reviens jouer avec nous sur "un vers sur deux" ? Tu nous manques !!

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Claude Vallet · il y a
ça peut paraître incroyable mais j'ai bien du mal à rattraper le décalage horaire de mon mois de vacances … sans doute mon grand âge :)
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cath Breiz · il y a
Et bah, justement, c'est bon pour ce que tu as ! 😉
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Jean Calbrix · il y a
Que de bon jeux de maux comme "Germaine en est à sa troisième fausse couche après ses deux vraies couches d'huile" !
Un régal quoi ! Bravo, Vegas, pour ce joli compte rendu des vacances en famille. +5
J'ai un sonnet en finale été qui devrait ne pas vous déplaire : https://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/indian-song

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Claude Vallet · il y a
Merci
J'irai vous lire

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Jean Calbrix · il y a
Bienvenue à vous alors, Vegas sur Sarthe !
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Michel Dréan · il y a
Content de te retrouver là Vegas !
Hé Végas, Végas ... y'a quelqu'un pour m'aider à ouvrir cette satanée porte ?

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Claude Vallet · il y a
Ha ha
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De margotin · il y a
Mon voix et je vous invite à cliquer sur ce lien pour créer un compte et Cliquez sur j'aime pour voter mon dessin svp Merci beaucoup

https://www.iledulevant.com.fr/votes-dessins/?contest=photo-detail&photo_id=15911

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