Chuchotements.

il y a
1 min
432
lectures
65
Qualifié

J'aime les mots, leur puissance évocatrice, les voyelles en couleurs depuis Rimbaud, l'aspect rugueux des consonnes et surtout la fantaisie, l'invention, l'imagination ... Trois ouvrages peuvent  [+]

Image de Eté 2016
Je me souviens de ce temps où, de mon gosier tout rouillé, coulait un mince filet d’eau. Avec une douce rhétorique, cette eau ruisselait d’une manière capricieuse et entêtante. Une onde loquace, bavarde et parfois même chantante avec un petit air cristallin.
Je me souviens aussi de ceux qui me courtisaient. Des femmes surtout ; elles devisaient entre elles, parlaient de tout et de rien, racontaient des potins, se confiaient parfois. Et il y avait les gosses. J’étais leur lieu de rassemblement, là où ils s’aspergeaient joyeusement les jours de grande chaleur ou s’excitaient à pousser des bateaux de pacotille dans mon bassin. Que de batailles navales et que de navires j’ai vu sombrer !
Je voyais aussi, parfois, venir quelqu’un d’étrange, rêvassant devant cette eau vagabonde. Un poète, un artiste certainement, charmé par la beauté de ce spectacle simple d’une eau qui vient inlassablement buter contre la pierre. Et, en moi, tout est si féminin... Moi, fontaine aux hanches maternelles dont on aime caresser la pierre jaune, toute chaude et dont on aime entendre le frais gazouillis.
Quelquefois, certains soirs, tard, des ivrognes tapageurs passaient par là. Ils s’arrêtaient, en titubant, regardant d’une manière étonnée cette eau si limpide dont ils avaient oublié le goût depuis si longtemps et qu’ils devaient, peut-être, regretter.
Un jour, j’ai vu aussi des hommes, sérieux et graves comme un cadastre, quelques-uns en blouse, un autre habillé à la façon de la ville, lunettes sur le nez, papier et crayon en main ; ils ont mesuré ma taille, sondé mes entrailles, tâté mes formes avec des manières de goujats.
Maintenant, mon filet d’eau s’est tu ou s’est tari, je ne sais. Je suis devenue muette. Peut-être, cette eau qui venait du plus profond de la terre, ces hommes l’ont-ils domptée ? Peut-être l’ont-ils raccordée à toutes sortes de machineries dont j’entends à peine le gargouillis ? Il est fini ce temps où j’étais au cœur d’un foisonnement de vie. Et je reste plantée là, belle endormie, au milieu de cette place, vague souvenir d’un moment riche d’humanité.
Mon rêve est simple et beau à la fois. Si je pouvais retrouver cette époque mélodieuse où tout vibrait en moi. Les hommes veulent-ils que je les enchante, à nouveau ? Il suffirait de peu de choses. Un petit coup de baguette magique ou divine. Ou pourquoi pas, le sortilège d’un sorcier plein de malices !

65

Un petit mot pour l'auteur ? 1 commentaire

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,
Image de Jeanne en B
Jeanne en B · il y a
j'en connais des comme elles, transformées en "pots de fleurs". je me souviens, gamine, j'aimais bien aller jouer autour de la fontaine...

Vous aimerez aussi !

Très très courts

Amélie

Sandra Bartmann

Il faisait encore nuit. On s'était dit qu'à six heures du matin, les surveillants dormiraient encore. Il fallait juste contourner les cuisines et atteindre la petite fenêtre au fond du couloi... [+]