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Chronique d'un diamanche ordinaire

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CleO

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"Deux heures de natation, même chose hier et ses nerfs sont toujours à vif. L'angoisse, sourde et muette, a refait surface depuis maintenant une semaine, s'incrustant sournoisement dans chaque pensée et geste du quotidien.
Pendant qu'elle nageait elle avait savouré l'instant de répit, la tête sous l'eau avec pour seul bruit l'écho du monde extérieur, s'imaginant disparaitre pour toujours, elle et ses problèmes. Comme miraculeusement dissoute dans l'eau chlorée.
C'est à la portière de sa voiture qu'une bouffée de stress l'envahit sans raison apparente. Le flot de pensées ininterrompu lui succédant instantanément, comme tout droit sorti d'un cerveau cocainé.
Elle pensa tout d'abord à ses parents, en train de divorcer à soixantes ans, après avoir plus ou moins gâché une partie de leurs existences respectives, mais aussi celle de leurs enfants. Preuve en est que l'amour est une vaste blague. Que ne ferait on pas ou ne subirait on pas au nom de l'Amour...
Par exemple se reproduire. Le monde devient de plus en plus dégueulasse, mais les gens n'hésitent pas à repeupler la planète déjà bien trop occupée avec des mômes qui n'ont rien demandé à personne, tout ça pour satisfaire leur désir personnel ou hormonal. Et les mêmes s'imaginent en général que leur progéniture est exeptionnelle et accomplira de grandes choses,or dans 99,9% des cas, il n'en sera rien. Ils hériteront simplement de la même vie merdique que leurs parents, seront déçus en découvrant qu'on leur a menti depuis leur premier jour de leur existence, et deviendront aigris et égoïstes.
Reste l'amitié alors...Parlons en de l'amitié.
Et oui, l'homme aime la vie en groupe, il est sociable parait il. Il aime s'entourer de personnes qu'il croit fiables et à jamais bienveillantes, qui ne poseront aucun jugement. Cela concerne les vraies amitiés, celles qu'on comptent sur les doigts de la main, les relations bâties sur des piliers d'acier. Elles sont rares et précieuses.
Il lui suffit d'ouvrir sa page WrongLife pour s'en rendre compte; combien ,sur les 300 personnes environ appelés "amis" ,se souciaient elles vraiment de son existence?
Tout ça une fois de plus, ne repose que sur un tas d'idéaux rassurants, dans lesquels on se complait, pensant qu'on est populaire ou non en fonction des quelques pauvres "like" des "amis" en question. On juge les autres ou l on se laisse juger sur les réseaux sociaux, on condamne, on rabaisse, on valorise à outrance des trucs profondément débiles,on s'exprime mal, on ne respecte plus rien ni personne et surtout pas la vie privée des autres. Enfin, la "vie privée", où plutôt ce que les gens veulent bien en laisser paraître dans cette espèce de fausse vie sociale. En général, ce n'est qu'un pâle reflet de leur réalité.
Ce n'est pas grave, on veut quand même tout savoir sans rien connaître. Mais l homme reste un animal, qui , cela meme et surtout en dehors du virtuel, dès qu'il perd tout intêret ou lors de conflit, se retranchera toujours pour la plupart, dans le camp du plus fort. Reste les autres, les "faibles", mis au rebut pour diverses raisons, bien souvent car ils sortent de la norme imposée par les critères de la société actuelle.
Cette société fonctionne ainsi. On nous ment, nous dicte des règles absurdes censées nous cadrer et nous empêcher de penser librement. Tout cela au nom d'une prétendue morale. Il faut consommer toujours plus, quitte à se retrouver couvert de crédits, parce qu'on nous fait croire que c'est l'argent qui décide de qui nous sommes et de notre devenir. On entretient la peur, tout en nous faisant croire à une justice.
Mais qui peut encore se targuer d'avoir une "morale" ou nous dire ce que nous devons faire, quand on constate qu'une partie de l'économie est financée par le trafic d'armes ou la vente d'organes, qu'on enferme ou condamne des gens à tort pour avoir dit tout haut ce que tout le monde pense tout bas, qu'on hésite pas à laisser pourrir les grands parents dans des maisons de retraite dans les pays dits "civilisés", qu'on se permet des massacres au nom d'un dieu ou d'une religion. Mais la liste est infinie.
Et elle s'en veut terriblement de n'ouvrir les yeux que maintenant, se sent conne. En même temps, qu'est ce que ça aurait pu changer au fond? Si ce n'est qu'elle aurait été comme tout le monde. D'un coup de briquet, elle rallume sa cigarette éteinte et démarre d une brusque pression sur l accélérateur , tant pis pour la planète.
Elle n'est plus triste, n'a plus peur. L'angoisse a cédé la place à une émotion qui emporte tout dans son élan.
Cette émotion, c'est la colère, une immense colère."

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