Chrome et nana

il y a
3 min
347
lectures
28
Qualifié

Merci de tout cœur à vous, mes lecteurs, qui continuez à soutenir mes écrits. Je vous présente mon dernier roman historique paru le 15 juin "Les promesses de la Nouvelle France" sur mon site  [+]

Image de Eté 2016
Geoffrey, humilié, se réfugie dans le garage. L’odeur épaisse d’huile de vidange et de vieux pneus lui emplit les narines et l’écœure une fois de plus. Le jeune homme ne la supporte plus depuis que son père, garagiste passionné, l’a obligé, dès ses dix-huit ans, à travailler dans l’affaire familiale. Il n’a accepté que parce qu’il ne savait pas très bien quoi faire, mais, en fait, il déteste ce métier. Au lycée, il était doué pour le dessin et son rêve d’alors était de devenir artiste, de peindre. Mais évidemment, ce genre de carrière étant bien trop aléatoire pour sa famille, il a dû accepter, en traînant les pieds, d’apprendre la mécanique.
Aussi, lorsque son frère aîné, Pierre, sujet de son admiration sans bornes, l’a poussé à devenir chauffeur-routier comme lui, l’idée de prendre le large, de se lancer sur les routes, l’a séduit. Il croyait que sa vie allait changer, qu’il serait enfin bien dans sa peau, mais il a découvert assez rapidement que son nouveau métier ne lui convient guère plus que le précédent. Son camion n’est pas toute sa vie, contrairement à ses collègues qui passent des heures à bichonner leur trente-cinq tonnes, à le personnaliser, à l’orner de nouveaux accessoires, plus ou moins utiles, plus ou moins clinquants. Pas lui. Son dédain pour le monstre fait qu’on le laisse plutôt à l’écart ; on dit même de lui qu’il déshonore la profession. Plus d’une fois, il a failli en venir aux mains afin de mettre court aux railleries des autres, mais il a cédé aux instances de son frère et a fini par faire un effort pour s’intégrer dans le milieu pour lui faire plaisir. Pour ce que cela lui a réussi !
Aujourd’hui encore, une envie d’en découdre s’empare de lui. Aux anges, il vient de présenter à Pierre celle qu’il a choisie pour compagne. Seulement, son aîné, avant de rapidement les planter là, s’est contenté de hocher la tête, avec une moue qui en a dit long et qui a fait naître chez Geoffrey une immense déception. Le plus pénible a été de surprendre, quelques minutes plus tard, son frère adoré, entouré de ses copains, en train de se moquer de lui. Ce rire et ce mépris qu’il a eu pour leur décrire la fille l’ont blessé. Il a été atteint au plus profond de sa fierté.
Les mains enfoncées dans les poches, Geoffrey shoote dans une vieille boîte en fer pour exorciser son exaspération. Sa colère redouble et en même temps un ressentiment contre celle qui lui a valu un tel affront naît. Il la trouvait belle pourtant, avant. Il ferme les yeux et la revoit, plaquée contre la tôle chaude du camion, dans sa robe d’été. Ses jambes longues à n’en plus finir, sa taille de guêpe, sa poitrine généreuse. La vision de ce souvenir lui empourpre le visage, mais subitement tout se gâte et le charme s’évanouit lorsqu’il analyse la fille à travers le regard de Pierre. Maintenant, Geoffrey se rend compte de ses défauts : ses yeux trop proches l’un de l’autre, qui lui donnent un air inexpressif. Ses lèvres trop rouges, ses cheveux trop blonds, trop raides, semblables à de l’étoupe ! Finalement son frère a raison. Elle n’a aucun charme, pire, elle fait vulgaire.
À cause d’elle, il s’est attiré les sarcasmes de son aîné, et ça, c’est la chose la plus insupportable qui soit ! La honte l’envahit, la colère l’aveugle et, toujours aussi impulsif, il prend une grave décision. Il va purement, simplement et définitivement éliminer cette compagne devenue encombrante. Il retire les mains de ses poches et, déterminé, se dirige vers le fond du garage. Là, il trouve dans une boîte le pistolet qu’il cherche. Il est précautionneusement enveloppé dans un chiffon et prêt à fonctionner. Geoffrey s’en empare. Il n’est plus question de reculer.
La fille l’attend dehors, immobile près du camion. L’engin, à l’abri des regards, brille sous le soleil. À la pensée de ce qu’il va accomplir, Geoffrey sent la sueur inonder son dos, le sang se retirer de son visage, mais il continue d’avancer, avec résolution, le poing serré sur le pistolet. Sa main ne tremble même pas. Pour se donner du courage, il songe à ce sourire stupide qu’affiche la fille en permanence. Il la déteste vraiment maintenant !
Geoffrey respire profondément. Une nouvelle fois les rires de Pierre et de ses copains résonnent dans sa tête, suffisamment fort pour le conforter dans sa décision. Le dénouement de cette histoire va être fatal pour la fille. Tant pis ! Il se présente face à elle. Il ne faut surtout pas se laisser attendrir, son honneur est en jeu ! Il va la rayer de ce monde.
Alors, sans hésitation, sans remords, il braque son pistolet, vise la tête et tire. Le visage est pulvérisé, le sourire s’efface derrière une immense tache rouge. Le plus dur est fait. Avec un mélange d’acharnement et de soulagement, Geoffrey tire plusieurs fois de suite. Le rouge dégouline maintenant sur le buste de la fille, maculant la blancheur de la robe.
Geoffrey vient d’anéantir, en quelques coups de pistolet à peinture, son œuvre d’art dont il était si fier. Sur la tôle de son camion, le dessin raté de la pin-up est en train de disparaître à jamais sous la peinture rouge.

28

Un petit mot pour l'auteur ? 0 commentaire

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,

Vous aimerez aussi !

Très très courts

Trial poursuite

Muriel Meunier

Excité comme un enfant le soir de Noël, Thierry fait hurler le moteur de sa moto. Il jubile intérieurement : « Ça, c’est le plus beau coup de ma vie ! » Il faut dire que... [+]