Chienne de vie

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Gris beige, le chien. Des taches sans harmonie, une patte ankylosée, l'oeil vairon. Pisseur. Piètre aboyeur, geignard plutôt. Soumis.
Bâtard, quoi.
Le grand amour de madame Olivier.
Le seul.
" Que lui dans ma vie ", dit-elle.

On a toujours connu madame Olivier très malade. A quatre vingt cinq ans, elle est veuve, paraît-il mère de deux enfants, au moins cinq fois grand-mère, mais n'a que Bleuet dans sa vie, ce chien bâtard et laid au point que tout le monde a, dès qu'il s'approche, non la méchanceté mais le réflexe, de lui botter le train.
Pauvre madame Olivier.
Quand on lui botte le train, Bleuet traîne sa queue par terre, fait un grand détour, et revient chercher une caresse.
Evidemment, on n'ose pas recommencer.
On fait désormais comme si on ne le voyait pas.
N'empêche, la première fois, bien peu sont capables de se retenir de lui botter le train. A part l'épicier et le boulanger, je ne vois guère que monsieur Klickendorfer.

Lui, c'est à madame Olivier qu'il botterait bien le train.
C'est comme çà. Etonnant pour quelqu'un de si réservé.
Il dit que c'est une vieille garce, ou alors il l'appelle la vieille bique. Quand il en arrive là, ses lunettes tremblent d'indignation sur la gelée de ses joues.
Moi je n'ai pas réellement d'opinion. Je connais peu madame Olivier, encore moins monsieur Klickendorfer.
Et puis, entre nous, s'il n'est pas dans mes pattes, je me fous complètement de ce chien...
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