Chemins croisés

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Rêveuse par nature, musicienne par passion, maman par fortune, écrivaine par hasard  [+]

Image de Été 2018
Paris est grise, Paris est triste. Depuis plusieurs semaines, Paris a la tête dans les nuages. Et le soir, elle ne prend même plus la peine de faire scintiller sa Tour Eiffel. Sa morosité s’imprime sur le visage des passagers, chaque matin un peu plus.
Les quelques regards qui se laissaient encore captiver par le défilement de la ville la délaissent, capturés désormais par des écrans sur lesquels le monde semble en couleur.

Aujourd’hui encore, dans ce wagon, les gens sont comme enfermés dans un film en noir et blanc. Il y a bien, quelques fois, une couleur de parapluie qui sort de l’ordinaire, mais ce matin, non, ils sont tous noirs. La course des gouttes de pluie sur la vitre du train sera donc la seule distraction de mon trajet. Pourtant, après trois victoires de la grosse goutte sur la petite, mon regard est capté par un homme. La quarantaine environ, il range dans son sac-à-dos son parapluie (noir certes, mais complètement tordu), puis fouille un moment à l’intérieur, pour finalement en sortir un attrape-rêves, lui aussi bien mal en point !

À ce moment, dans mon paysage, cet homme devient lumineux. Minutieusement, il démêle un à un les fils de son attrape-rêves pour les replacer harmonieusement. Je devine dans son air concentré l’importance que représente cet objet. Est-ce pour lui ou pour quelqu’un d’autre ? Ses gestes appliqués me fascinent. À la façon d’une araignée, il tisse cette toile dont le rôle, si essentiel, sera d’empêcher les mauvais rêves d’envahir le sommeil de son détenteur.

Quinze minutes plus tard, l’attrape-rêves est réparé. Un sourire satisfait éclaire le visage de son bienfaiteur. Un sourire rêveur éclaire le mien. Un souffle de poésie a réveillé mon quotidien. Car ce matin, j’ai croisé le chemin de ce mystérieux ange gardien.

* * *

Il est presque 8 heures quand Gaëtan passe les portes de l’hôpital Necker. Il salue rapidement ses collègues aide-soignants, enfile sa blouse blanche, sort un petit paquet de son sac-à-dos, puis se dirige à l’étage. Arrivé devant la chambre 208, il s’arrête un instant, pour masquer l’émotion qui le submerge chaque fois qu’il rend visite à son petit patient.

Quand il rentre dans la chambre de Nino, celui-ci est encore endormi. En le regardant, si paisible, Gaëtan sourit. À son réveil, le petit garçon aura une surprise. Gaëtan sort l’attrape-rêves du paquet et se dirige vers la fenêtre, pour l’accrocher du côté où se lève le soleil. « C’est important de le mettre de ce côté, pour que la lumière du jour puisse détruire les mauvais rêves qui se sont installés dans les fils de la toile », lui avait expliqué Nino avant de lui confier son petit trésor magique, qu’un mauvais coup de vent avait endommagé.

Nino y tenait beaucoup, c’était la première chose qu’il avait sortie de sa valise quand il était arrivé ici. « Tu vois, je ne crains rien, il me protège de tous les mauvais rêves, je n’ai pas peur ! » Gaëtan lui avait promis de le réparer au plus vite, avant le grand jour.

C’était chose faite. La nuit prochaine, seuls les jolis rêves pourront bercer Nino, pour qu’il se réveille, le lendemain, avec la force et l’espoir de vivre ce grand jour. Ce jour tant attendu où, enfin, il aura un petit cœur tout neuf.

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