Charlie et l'aristocratie

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"Le hasard c'est la forme que prend Dieu pour passer Incognito" Jean Cocteau J'écoute la vie et je la peins, je l'écris ou la chante selon mon humeur. Membre de la S.A.C.E.M. comme parolière. Mon  [+]

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Dans la famille De Tassigny, je voudrais le père Alexandre, toujours sur son trente et un, la peau bronzée, le costume griffé so chic Pierre Cardin, les ongles manucurés, le poignet rolexé et le brushing lisse, une belle gravure de mode.
Dans la famille De Tassigny, je voudrais la mère Cassandre, toujours tirée à quatre épingles, le visage botoxé, le tailleur so chic de chez Chanel, les ongles rubis, le poignet diamanté et le chignon coiffé décoiffé, une belle image de papier glacé.
Dans la famille de Tassigny, je voudrais la fille, Éléonore, toujours à la pointe de la mode, la peau auto-bronzée, so chic fashion victime, les ongles laqués, le poignet Pandora et la coupe de cheveux déstructurée, une jolie poupée de magasine.
Dans la famille de Tassigny, je voudrais le fils, Charles, toujours débraillé, la peau grasse, so choc borderline, les ongles rongés, le poignet tatoué et les cheveux mal peignés, le vilain petit canard qui fait désordre.
Que voulez-vous, le proverbe le dit si bien, « on choisit ses amis, pas sa famille » et pour Charles surnommé Charlie c'est une évidence qui saute aux yeux.
Charlie est un rebelle pur et dur, lui l'aristocratie il s'en tape le coquillard, le protocole, les doléances et le paraître, il s’assoit dessus.
Rien ne semble l'atteindre ni le déstabiliser, son arrogance et sa désinvolture font le désespoir de ses parents depuis toujours.
Et ce soir particulièrement car son père organise une soirée Rotary club au château, tous ses amis fortunés sont invités à participer à cette œuvre caritative, ils vont arriver dans leurs somptueuses voitures hors de prix, précédés par ce regard hautain qui leur donne cet air antipathique.
Les seuls sujets de conversations tourneront autour de l'argent, la réussite sociale, l'être et le paraître, un monde creux et futile couvert de paillettes volatiles.
Évidemment, en fils rebelle, Charlie n'a pas suivi les consignes de son père au sujet de la tenue vestimentaire à adopter pour cette soirée de charité.
Il a mis son plus beau jean, troué bien sûr et un tee-shirt tête de mort du plus bel effet, sa mère pétrifiée et horrifiée le voit pénétrer ainsi dans la salle de réception et n'ose pas soutenir le regard inquisiteur de tous ces prestigieux invités triés sur le volet.
Le baron de Lavigne chablis, qui comme son nom l'indique ne boit pas que de l'eau, est aussi rouge que le vin de ses vignobles réputés, il s'étouffe derrière son gros cigare tout en détaillant parcimonieusement le pantalon bleu qui laisse apparaître les belles jambes musclées du déluré Charlie.
Ce qui ne laisse pas indifférente la duchesse Dubarry de Jouvence, qui comme son nom l'indique n'arrive plus à ouvrir les yeux suite à un lifting compressé et dont le sourire disparaît sous
une bouche gonflée et imbibée de botox.
Le conte Casanova De Beauregard n'est pas en reste, lui qui n'aime que les beaux apollons n'en perd pas une miette, il promène son regard vicieux bien à l'abri sous son lorgnon doré à l'or fin et ne semble pas du tout s'offusquer de ce petit écart vestimentaire qui ravit ses pupilles dilatées.
La princesse De Bussy Fontvieille malgré sa mauvaise vue et son âge avancé ne perd pas une miette du spectacle, elle est toujours vêtue de tenues très colorées surmontées de chapeaux excentriques et est escortée en permanence par ses deux welsh gorcis prénommés en toute simplicité, Sultan Du Vivier et Jorky Delamarre.
Charlie se dirige vers la table d'honneur, son pas est assuré, son arrogance éclabousse l'assistance et l’insouciance de sa jeunesse fait le reste.
Un sourire ironique aux recoins des lèvres, il prend place entre le préfet et le consul, sans autre forme de procès.
Rien ne semble pouvoir stopper cette impertinence qui grandit chaque jour un peu plus, il a besoin d'air pur, de liberté et de vivre sa vie comme il l'entend.


Il refuse de ressembler à tous ces aristocrates bien à l'étroit dans leurs costumes trois pièces, cravatés jusqu'à l'étouffement, escortés de leurs belles manières et encombrés de traditions datant d'un autre âge.
En face de lui bien alignés , son père, sa mère et sa sœur Éléonore qui comme à son habitude n'a pas fait dans la dentelle côté discrétion, elle pourrait faire de la concurrence à Paris Hilton et Kim Kardashian réunies.
Alexandre De Tassigny se racle le fond de la gorge, il doit adresser un discours de remerciement à tous ces bienfaiteurs, mais l'arrivée plutôt remarquée de son fiston le plonge dans l'embarras.
Il fait tout de même son allocution en essayant d'oublier que son fils n'est pas à la hauteur du rang qu'il occupe et se jure qu'il va remettre les pendules à l'heure après cette soirée de gala.
Chose promise, chose due, à la première heure du petit jour, Charlie est convoqué dans le grand et luxueux bureau de son père et cela ne l'enchante guère.
A L'heure fixée, le fils rebelle vêtu de son plus beau pyjama, déambule dans les interminables couloirs du château sous le regard ébahi des domestiques qui prennent leurs services.
Même les ancêtres, prisonniers dans leurs cadres de laiton dorés qui jalonnent les épais murs de pierres semblent surpris par l'étrange comportement irrespectueux de ce jeune entêté.
Au passage, il leur fait quelques doigts d'honneur, juste pour leur rappeler que lui ne fera jamais partie de leur monde.
Arrivée devant l'imposante porte du bureau, sa gorge se serre, son pouls s'accélère mais sa détermination reste de marbre.
De toutes façons, cette convocation tombe à pic, en effet depuis quelques temps Charlie a découvert un secret et celui-ci n'a fait que renforcer cette drôle d'impression qu'il n'était pas à sa place dans ce château au sein de cette famille.
Il pénètre dans l'immense bureau, ses pantoufles foulent en silence l'épaisse moquette, la silhouette imposante de son père se détache derrière le large comptoir de merisier sculpté aux armoiries de la famille.
Dans la poche droite de sa veste de pyjama, Charlie serre une feuille de papier et avant que son père ne dise le moindre mot, il brandit celle-ci en sa direction.
Alexandre De Tassigny devient blême, son corps devient tout mou et il tombe à la renverse dans son fauteuil Voltaire qui recule de quelques mètres sous la violence du choc.
Charlie savoure son effet de surprise, il vient d'ouvrir la feuille de papier pliée, et le sourire accroché à ses lèvres s'évapore au fur et à mesure qu'il se rapproche du bureau.
Il tend la feuille de papier usée à son père, mais celui-ci la repousse d'un geste las, de gros cernes mauves viennent de naître, tandis qu'une large ride barre son front.
La belle gravure de mode se métamorphose, la carapace s'effrite, le bronzage pâlit et la seule chose qui brille encore un peu dans cette pièce sombre, ce sont les diamants de la belle montre Rolex.
La feuille jaunie est placée par Charlie bien au centre du bureau de son père, on peut y lire :

Certificat d'Adoption....

Dans la famille De Tassigny, je voudrais le père, la mère, la sœur.....
Mais ça c'est une autre histoire.
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Firmin Kouadio · il y a
J'admire votre écriture.
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Alain de La Roche · il y a
J'arrive un peu tard (ma Rolex n'était pas à l'heure) mais je clique quand même.
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Arnaud-Christ EKONE · il y a
Djany pas mal!!!
très beau texte.
J'ai vraiment aimé te lire.
C'était très digeste,un vrai délice.
Bravo, tu as toute mon admiration.
Je te convie à me lire et voter "Les cieux, la cime et la prairie".
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/les-cieux-la-cime-et-la-prairie

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Audrey Bataillon · il y a
Le poids des secrets de famille, le poids de ce que l'on doit être (vraie famille ou pas ) terrible poids! Merci pour ce texte
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Lange Rostre · il y a
Une simple feuille de papier peut contenir le poids d'une montagne....
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M. Iraje · il y a
Adopté, c'est pesé ... ! +5 dans la balance.
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Djany Bonnard Parolière · il y a
merci Iraje.... Pour le soutien . Prenez soin de vous
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François Duvernois · il y a
Très belle chute et très belle histoire. Belle écriture. Toutes mes voix.
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Djany Bonnard Parolière · il y a
merci pour le soutien François ..Prenez soin de vous
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Keith Simmonds · il y a
Une superbe plume pour cette histoire captivante, Djany !
Mon soutien ! Bonjour Si “David contre Goliath” est en Finale
pour le Prix Portez Haut les Couleurs 2020 qui se termine le 15 avril,
c’est grâce à vos voix enthousiastes. Une invitation à confirmer
votre soutien si vous l’aimez toujours ! Merci d’avance et prenez
soin de vous ! https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/david-contre-goliath-2

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Djany Bonnard Parolière · il y a
merci à vous Keith ... Bien sûr je vais venir vous soutenir à nouveau
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B Marcheur · il y a
Votre texte est très bien écrit. Mais adopter est une très belle démarche, non? (Et pas forcément facile à gérer)
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Djany Bonnard Parolière · il y a
c'est sûr mais un enfant est capable de tout pour l'amour de sa mère...
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Hervé Poudat · il y a
Un loup dans la bergerie.
Non, un mouton parmi les loups.
Une galerie de portraits parfaitement maîtrisée dans le verbe.

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Djany Bonnard Parolière · il y a
Merci pour votre commentaire très avisé... Prenez soin de vous