Chair de poule

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Une fois, j'ai ouvert un livre  [+]

Image de 2017
J’ai froid.
Demain, c’est mardi 14 février, la saint Valentin.
J’ai froid à l’intérieur.
Je me promène sur la terrasse alors que les copines sont rentrées pour se mettre au chaud. Je l’apprécie cette terrasse, ombragée en été, protégée de la bise en hiver. J’y passe de longs moments, à réfléchir, à chanter, à m’essayer à la poésie ou à chercher des vers.
Depuis toute petite, je redoute cette date. C’est comme Noël ou les anniversaires. Ça me terrifie.
D’autant plus, que quelqu’un m’a repérée. Au début, je ne me méfiais pas, il faut dire qu’il ne me portait pas grand intérêt. Chacun de notre côté, nous menions nos vies en cultivant une ignorance partagée. Mais ces dernier temps, mes formes, ma façon bien à moi de me dandiner attirent ses regards.
Depuis qu’il m’envisage, qu’il me préfère aux autres, je m’en méfie plus que jamais. J’appréhende une mauvaise surprise, une déception, une trahison.

Il est amoureux comme jamais.
Il me rend nerveuse.
Il a préparé une surprise, quelque chose d’intime, de trop intime, un tête-à-tête.
Il a tout manigancé.

A commencer par le cadeau, une bague qu’il contemple longuement tous les soirs avant de la confier à un adorable écrin de velours vert.

Hier, quand il est sorti acheter son pain, j’ai senti son regard s’attarder sur la rondeur de mes cuisses. Il me jaugeait, me pesait dans la balance de ses convoitises. C’était gênant, envahissant, comme si ce soir, j’allais passer à la casserole. D’ailleurs, il n’a pas trop insisté de peur d’éveiller les soupçons.
Pendant son absence, je me suis approchée de la baie vitrée. J’ai tout vu. La table était dressée en retrait dans le salon. Ronde, coiffée d’une nappe blanche qui retombait en silence jusqu’au sol, elle rappelait une lune de janvier. Au centre un bouquet de roses rouges flamboyait à côté d’un chandelier. Dans les verres, les serviettes brodées d’anges dorés étaient enroulées, pliées, avec soin. Pour accompagner le repas, il avait sorti une bouteille de vin. Habituellement, il apprécie la puissance d’un Merlot ou le tanin d’un bourgogne. Cette fois, pour faire bonne figure, pour montrer qu’il sait faire des sacrifices, plaire, charmer, il s’est contenté d’un vin blanc, plus léger, presque liquoreux, plus féminin.
En revanche, impossible de connaître le menu. J’ai eu beau me tordre le cou, m’enquérir des caquetages, le secret était trop bien gardé.
Quand le soir s’est annoncé, j’avais la peur au ventre. J’espérais de tout mon cœur qu’il m’eût oublié. Mais il fallait bien rentrer.
J’ai gravi l’échelle, poussé la petite porte.
A l’intérieur, pour ne pas réveiller les copines, j’avançais à petits pas.
Alors que mes paupières étaient alourdies de sommeil, j’ai entendu Sophie qui ouvrait son bec.
– Caroline n’est pas rentrée ce soir, me dit-elle d’une voix triste.
– Pauvre Caroline ! Finir comme ça...
C’était mon jour de chance.
J’ai soufflé, à la fois de soulagement et de déception.
Je l’aimais bien Caroline. Elle était marrante, toujours de bonne humeur, jamais à jaboter sur les copines.
Mais ces derniers temps, elle ne pondait pratiquement plus. Un œuf, par ci, un œuf par là.
Demain, en son honneur, je pondrai un bon gros coco.
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