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Mon Annie chérie! Je suis tellement contente de te voir ! Viens-là que je t’embrasse ! ça fait quoi...six mois qu’on ne s’est pas vues ? Il faut que tu nous reviennes plus souvent d’Espagne ! Comment vas-tu ? Je veux tout savoir! Il s’en est passé des choses durant ton absence ! Je suis en retard...excuse-moi, je suis passée chez ma mère avant de te retrouver. Tu as commandé du vin, quelle bonne idée ! Une gorgée va me faire du bien, j’ai le gosier tout sec à force de parler avec ma mère. Et elle m’a vidée de toute mon énergie ! Quoi ? Je ne t’ai jamais raconté ses tribulations amoureuses? C’est une sacrée histoire quand même. Moi elle me rend dingue depuis des années, mais je suppose que pour quelqu’un d’extérieur, c’est drôle. Tu vas voir, pas besoin d’être Freud pour comprendre !
Tout commence avec ma grand-mère. Allons bon, moi qui venais te raconter un grand changement dans ma vie, me voilà à dévier complètement de sujet ! Et toi mon Annie, il faut que tu me racontes la naissance de ta fille, tout à l’heure ! Donc, tout commence avec ma grand-mère. Elle débutait des études d’infirmière quand elle rencontra mon grand-père, un beau médecin de l’hôpital où elle faisait son stage. Ça commence comme un conte de fées, pas vrai ? Il était intelligent, brillant, drôle, mais, elle s’en rendit compte plus tard, il pouvait aussi se montrer froid et distant. Ils se marièrent ( elle abandonna ses études et se retrouva femme au foyer mais c’étaient les années cinquante), eurent beaucoup, beaucoup d’enfants (cinq garçons puis ma mère). Est-ce qu’ils vécurent heureux ? Quoiqu’il en soit, après vingt ans de mariage, ciao bella, le prince charmant se tira avec une de ses patientes (plus jeune !).
Je l’ai entendue toute mon enfance, cette histoire. Sortez les violons...il est parti un dimanche après-midi, en douce. Ma mère, seize ans à l’époque, le vit transporter une valise. Elle le suivit au garage. Il chargea la valise dans le coffre de sa voiture. Voici leur discussion : « Où vas-tu ? ». « Au cabinet. J’en ai pas pour longtemps. » Bien sûr, il n’en était rien et il s’envola avec sa maîtresse, ce jour-là, pour l’Algérie. Ils y restèrent deux ans. Ma grand-mère reprit ses études à presque cinquante ans pour pouvoir nourrir ses enfants. Elle ne s’est jamais remise de cet abandon, et aussi bizarre que ça soit, au fond, elle a continué à aimer mon grand-père toute sa vie.
Faisons un bond dans le temps. Voici ma mère, infirmière comme sa mère, tiens tiens, qui rencontre mon père, un type sympa et sans histoire, et l’épouse. Ils m’ont moi, ta fidèle amie. RAS jusqu’à ce que j’atteigne l’âge canonique de seize ans. Et là, ma mère pète les plombs et quitte mon père pour...je te le donne en mille, un médecin ! Il a vingt ans de plus qu’elle, une femme et des enfants. Pas besoin d’être psy pour voir qu’un truc tourne pas rond là-dedans : plus vieux...médecin ! ça fait dix ans que ça dure, ce cirque. Il lui a tout fait : je ne peux pas quitter ma femme parce que les gamins sont trop petits...oui, c’est un homme à femmes, il en était à son troisième mariage ! Et maintenant que ces satanés morveux sont adultes, il vient d’annoncer à ma mère que sa femme était malade. Il ne peut pas la laisser, ce serait inhumain. Bla bla. Bon sang, jamais elle n’ouvre les yeux ! J’ai essayé de lui prouver par A plus B qu’elle a seulement vu en lui un double de mon grand-père. Elle ne supporte pas de se faire abandonner une seconde fois alors elle s’accroche à ce bonhomme qui ne lâchera jamais sa famille ! Elle s’est gâchée la vie pour un minable.
Il fait chaud non ? C’est le vin qui me monte à la tête, tant mieux, j’en avais besoin ! Ma mère m’a mise dans une colère noire tout à l’heure ! J’avais une nouvelle à lui annoncer et au final on n’a parlé que d’elle. Quel égoïsme, je te jure ! Bref, il faut que je te raconte ! Tu ne vas pas en re-ve-nir ! J’ai quitté Pierre ! Neuf ans qu’on était ensemble ! Oh, ne te méprends pas, je n’avais rien contre lui. C’est un amour ! C’est juste que...j’ai rencontré Loïc. Il est merveilleux. Rien à voir avec ces gamins avec lesquels je sortais. Lui, c’est un homme. Très intelligent, mais difficile d’accès. Il peut être adorable et le moment d’après, il se renferme sur lui-même. Mais je saurais être patiente ! Y a pas d’explication, je l’ai dans la peau, je ferai n’importe quoi pour lui ! J’aurais tellement aimé te le présenter ce soir. Mais le pauvre, sa situation est un peu compliquée. Il est en train de se séparer de sa femme, tu comprends il doit y aller doucement, elle est à moitié dépressive, et il y a les deux bébés au milieu...non il n’est pas médecin ! Il est ingénieur...pourquoi poses-tu cette question ?
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Serge Debono · il y a
Eh oui, soit on va à l'opposé soit on reproduit le schéma. ;-) Je trouve la construction audacieuse et j'aime bien cette espèce de tourbillon généalogique dans la narration, il me semble qu'il amène un effet comique sur la fin, tout au moins, dédramatisant. C'est sympa de vous lire dans un autre genre. Bravo Carmilla ;-)
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Alain Lonzela · il y a
LOL.... Ouf, sortie de boucle....lol
Excellent...

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Prijgany · il y a
Quelle famile Carmilla ; on ne fait pas dans la simplicité chez toi ; ma foi, pourquoi pas ; c'est aussi de cette façon que le monde évolue ; enfin, évolue ; voilà une autre histoire... sans lendemain... ou avec des lendemains qui se déroulent, qui déroulent plutôt. Finalement ça m'a fait rire ; admettons que tous vous vous rassembliez ; et là voilà quelqu'un découlant d'un milieu dit normal ; le voilà anormal au milieu de vous tous. Et quelqu'un de lui dire : fais comme nous, lâche-toi ! Interrogation du nouveau ; dois-je faire le pas ou renoncer ? Souvent les matchs de rugby se déroulent par phase ; c'est peut-être ça en somme ; vous êtes en phase avec vous-même et vous vous construisez des phases ; l'essai est marqué ; la balle revient en jeu et voilà une nouvelle phase de s'établir. C'est quand même booo, la vie, hein !
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Keith Simmonds · il y a
Une belle œuvre qui nous rappelle des situations bien familières !
Une invitation à lire et soutenir mon “Isère en Mouvement” qui est
en Finale! Merci d’avance et bonne journée !

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Chloé Goupille · il y a
C'est tragique, mais ça m'a fait beaucoup rire ! J'ai aussi bien aimé ce style de narration, parfaitement approprié à la personnalité de la narratrice et à son récit... Bravo !
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Romane González · il y a
Merci beaucoup Chloé pour votre lecture et votre gentil commentaire!
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Afa · il y a
''au final on n’a parlé que d’elle !'', exactement le thème de ce récit alerte et bien imagé. Mon vote.
- Vécurent-ils heureux ? Je me battrai toujours pour cette formule délaissée et pourtant... - que cela soit - était malade - a gâché sa vie - que... j’ai - Oh ! -

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Marie Claire Suarez · il y a
Éternel recommencement d'un shema qui se transmet de génération en génération au sein d'une même famille. Comme une fatalité. +5
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Geny Montel · il y a
Méfiance... Une lecture qui nous rappelle en effet bien des situations autour de nous. Un récit bien mené !
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Brune Hilde · il y a
Hé hé Hé! Une lecture bien agréable qui m a accroché un sourire... peut être parce qu'on a toutes une amie comme celle-ci!
Bravo Carmilla Toucour

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Romane González · il y a
Merci Brune Hilde pour ta lecture et ton commentaire :-)
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