Certains les aiment fraîches !

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Naturellement, c’est de fleurs dont il s’agit.
Le sujet soulève des avis controversés tendant à l’opposition des sentiments, des goûts (et des couleurs).
Certains diront que les imitations sont superbes. Plus vraies que nature. Belles été comme hiver et jamais fanées. Alors pourquoi acheter des fleurs périssables si nous pouvons en avoir d'éternelles ?

D’autres rejettent catégoriquement cet ornement factice et entendent ne jamais l'adopter.
La réponse est plus pratique que sentimentale.
Le problème réside dans l’interrogation de ce qui est naturel, de ce qui ne l’est pas. Existe-il seulement une réponse ? Il est vrai que les techniques de fabrication se sont nettement améliorées et que (parfois) la ressemblance est saisissante. Que l’on ne sait plus trop reconnaître la vraie de la fausse.

Et pourtant !

Et pourtant, le nombre de fleuristes qui prospèrent, pourrait donner à penser que la fleur fraîche a encore de beaux jours devant elle, Elle est en effet, le symbole de l’authenticité, de l’émotion et cela précisément, parce qu’il s’agit d’une matière vivante, délicate, éphémère.

Viendrait-il à l’esprit d’un homme, le jour de son mariage, de passer au doigt de sa promise, une alliance en plastique métallisé, incrustée de verroterie de pacotille ?

Par ailleurs, la fleur fraîche est aux sentiments du présent et de l’avenir, ce que la fleur artificielle est aux cimetières.

Tiens, il y a longtemps que j'en n'avais pas parlé, de ceux-là !

Cependant, quoi de mieux que les cimetières pour illustrer cette tendance.

En déambulant dans les allées silencieuses, on remarque que rares sont les tombes non garnies de ces bouquets kitsch, souvent bleuis par les ans, les intempéries et l’attaque des UV.
La fleur artificielle rassure. On imagine qu’elle sera toujours là, durablement colorée, jamais fanée. Pas besoin d’eau, ni d’une présence régulière. De plus, on dira que la tombe des "Dupont" est toujours bien entretenue. On pensera que la famille vient s’y recueillir fréquemment. Que le défunt n’est pas oublié. Et tout le monde sera content.

Et si ce décor n'était qu’un leurre, qu’une convention moderne et qu'à contrario, il ne soit qu'un prélude à l’abandon !
Au cimetière, outre une attirance prononcée pour cet article, il pourrait bien être un produit de substitution, peut-être pour atténuer les remords et se satisfaire d'un rituel convenu, sans toutefois renoncer à la mémoire et au souvenir.

Oui, pour me rendre fréquemment en ces lieux, j’ai la faiblesse de croire qu'au delà de nos goûts personnels, le végétal, à l’inverse de sa réplique synthétique, est le reflet de nos sentiments les plus intimes. Il nécessite un entretien hebdomadaire sinon journalier. Changer l’eau ; retirer les fleurs fanées ; couper les tiges improductives, les branches mortes.

Cela ne veut pas dire pour autant que le chagrin est plus sincère et les sentiments plus forts, dans la version naturelle, mais, par une visite régulière et nécessairement consentie, elle alimente plus le besoin intime de mémoire que celui du devoir.

Je pense aux cimetières à l’américaine, aux sépultures identiques, que le défunt soit fortuné ou indigent. En ne soulignant plus les bonnes ou mauvaises fortunes, le grand voyage ne devrait-il pas rassembler plutôt que diviser ? Ne devrait-il pas être un refuge où se diluent les différences pour atteindre la destination finale, commune à tous, sans exception ?

Une pierre, une simple inscription, un carré de verdure, un voisin discret...Des fleurs fraîches, ou rien... !
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