Cent papiers

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Je suis un lecteur. J'aime lire. Mais parait-il, mon vécu ainsi que tous les livres que j'ai ruminés à travers les ans, veulent s'extérioriser de mon être. Donc je les mets à l'écrit dans un  [+]

Aujourd’hui j’ai décidé de me débarrasser de certains documents que je gardais dans ma bibliothèque. On ne se rend jamais compte que ces feuilles accumulées avec le temps deviendront trop encombrantes un jour. Une véritable invasion silencieuse. Ça commence par quelques documents qu’on croit importants et qu’on veut garder dans une chemise, puis ces livres qu’on a achetés chez le libraire, sans oublier ces fiches qu’on tient à conserver pour retracer les dépenses du mois. En un laps de temps une pile de document s’érige dans un coin dans la chambre. On les empile dans une boite, il en faut une autre boite car déjà la petite bibliothèque dans le salon n’a plus d’espace.

Avant de passer à l’acte j’ai jugé nécessaire d’y un dernier coup d’œil. J’ai tiré au hasard une pile de papiers de l’une des boites. J’y ai trouvé des fiches de dépôt, des reçus, des fiches de carburant, des notes griffonnées sur un bout de papier, des réflexions inachevées, des « to-do list » ainsi que des feuilles blanches ne contenant que des dates.

Contre toute attente, ces papiers sous forme de livres, de cartables, de fiches, de cahiers, ou simplement de feuilles volantes que j’estimais indésirables relatent tout un pan de mon passé. Ils me font promener dans les ruelles de ma vie mouvementée et riche en couleur. J’ai revisité des notes prises lors de réunions, de séminaires ou de conférences. J’ai parcouru les minutes de création d’association, des propositions de statuts, des couplets de musiques inachevées, et même des lettres d’amour jamais livrées à leurs destinataires.

A mesure que je feuilletais, j’étais captivé par les images que me renvoyaient le contenu de mes archives. Je suis tombé sur des copies de devoirs remis à la Fac, des brouillons d’examen, et des notes de cours. J’ai redécouvert des débuts de réflexions sur des sujets divers : le droit, la jeunesse, l’entrepreneuriat, la société civile, le voyage etc. Dans l’une des chemises j’ai trouvé des documents personnels, une copie de passeport et un billet de voyage. Sur le dos de la chemise se trouvait un post-it jaune contenant le nom, l’e-mail et le téléphone d’une personne. Le nom avait une résonance africaine, je crois qu’on s’est rencontrés lors d’une conférence à Montréal, je ne sais pas trop.

J’ai aussi trouvé des cartes d’affaires, des dépliants présentant des associations et des entreprises. J’ai souri en me remémorant les cocktails, les soirées de réseautage, les visites institutionnelles, les lieux magnifiques que j’ai explorés et surtout les personnes formidables que j’ai rencontrées lors des voyages. J’ai ramassé un porte-document dans l’une des boîtes. J’ai soufflé dessus pour enlever la fine couche de poussière qui s’y est amassée au fil du temps. J’ai ouvert le porte-document bleu en déroulant le fil qui lui servait de fermeture. Une odeur de renfermé s’est échappée m’arrachant un éternuement. Je me suis assis sur l’un des canapés du salon sans même m’en rendre compte. J’étais en train de parcourir un ancien album de famille. L’une des photos présentait un petit garçon assis sur le genou d’une jeune dame qui souriait, apparemment c’était moi et ma mère. Honnêtement je n’ai trouvé aucune ressemblance entre le garçon et moi. Il avait la tête énorme et le visage joufflu. Il semblait inquiet, peut-être qu’il était intimidé par l’appareil photo ou par le photographe.

J’ai parcouru tout mon arbre généalogique à travers les photos. Il y en a une particulièrement qui a attiré mon attention : mon père et ma mère qui allaient à vélo. Mon père conduisait et portait d’énormes lunettes, une casquette noire avec une botte jaune aux pieds. Ma mère s’asseyait fièrement à l’arrière tout de noire vêtue. Elle avait l’air jeune. Sa tenue laissait croire qu’elle revenait de l’église ou plutôt d’un enterrement. En un instant toute ma vie défilait devant mes yeux comme dans un film. En bon spectateur j’assistais aux scènes que chaque ligne, chaque photo, chaque document présentaient à moi. A la seule idée de me séparer de ce patrimoine personnel, mon cœur se serre au fond de mon torse.

Je suis sorti jeter un coup d’œil au feu de bois que j’avais allumé pour brûler les papiers. Je secoue la tête puis je reviens dans le salon pour soigneusement remettre les documents à leur place. J’ai demandé à mon cousin d’éteindre le feu avant de rentrer dans ma chambre. Je n’avais jamais imaginé qu’il serait aussi pénible de se défaire des vieux papiers qui peuplent nos tiroirs.
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