Celui dont on ricanait

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— Lequel de vous peut me réciter ce poème ? demanda le professeur remplaçant. Vous peut-être ? ajouta-t-il en pointant un élève.
Toute la classe se mit à rire, sauf lui, l'élève en question. Le professeur n'y comprit rien. Il pensa cependant qu'il serait plus judicieux de faire preuve de délicatesse et passa à autre chose.
A la fin de la séance, les élèves sortirent en se bousculant. L'enseignant appela celui dont on ricanait.
— As-tu une idée de la raison pour laquelle tous les élèves se sont mis à rire tout à l'heure?
— C'est parce que je suis le plus stupide de la classe, monsieur. Les autres professeurs ont pris l'habitude de ne pas m'interroger. Ils font comme si je n'existais pas.
Surpris devant une réponse aussi sincère et inattendue de la part d'un garçon de huit ans, le professeur sortit un bout de papier de sa sacoche et se mit à écrire.
— Demain, je veux que tu viennes en classe avec ce poème gravé dans ta mémoire, est-ce clair ? Concentre-toi uniquement sur ce poème, dit le professeur en lui tendant la feuille.
Le garçon hocha la tête, prit la feuille et sortit.
Le lendemain matin, le petit garçon du fond de la classe gardait le silence à son habitude. Peu avant la fin de la séance, le professeur se leva, prit une craie et se mit à écrire au tableau.
— Lisez ce poème. Je vous laisse cinq minutes pour l'apprendre.
Cinq minutes plus tard, il se leva, effaça le tableau et redemanda :
— Qui de vous peut me réciter ce poème ?
Personne ne leva la main. Le professeur n'en attendait pas plus. Un élève de huit ans n'a pas grand chose à faire en cinq minutes, mis à part regarder un épisode de Barbapapa. Mais voilà qu'au fond de la classe, dans un coin où même la lumière ne pénétrait plus, une main se leva : c’était celui dont on ricanait.
Le professeur sourit du coin des lèvres puis demanda à l’élève de se présenter. L'enfant monta sur l'estrade et récita le poème à la perfection. Lorsqu'il finit, le professeur regarda la classe sans dire un mot, la classe non plus d'ailleurs.
Lorsque la cloche sonna, le professeur attendit que les élèves aient quitté la salle et appela l'enfant de nouveau.
— Demain je veux que tu m'apprennes ce poème par cœur, lui demanda-t-il en lui tendant un autre papier.
Le lendemain matin, le même scénario se reproduisit. Le professeur répéta cette opération encore et encore si bien que, lentement mais sûrement, l'enfant prit confiance en lui. Il commença à apprécier les cours, à participer en classe et à nettement s'améliorer. Les élèves étaient d'abord intrigués par ce revirement, puis ils commençaient à prendre conscience de la part de génie qui sommeillait en lui.
A la fin de l'année, les notes du garçon marquaient une montée en flèche exponentielle.
L'année d’après fut un succès, de même que celles qui s'en suivirent. Le petit garçon devint un élève puis un étudiant modèle en grandissant. Il finit par décrocher son doctorat en psychologie et devint un clinicien de renom.
Bon, ce n'est pas tout, mais il faut que j'y aille, ma pause est bientôt finie. Et puis un bon clinicien ne laisse jamais attendre ses patients.

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