Ce que nous sommes

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"La savoureuse crème Ubik à tartiner, uniquement à base de fruits frais et de matières grasses végétales, fera de votre petit déjeuner un régal. Ubik : de la vitalité pour toute la journée  [+]

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« C’est comme ça tu sais, dans la famille.
On n’est pas des méchantes personnes, ça non. À nous voir, on est même assez normaux. Les voisins nous aiment bien. Et puis toi, tu as plein de copines, à l’école, et dans le lotissement. Tu aimes tant les maisons roses, toutes pareilles, et tous ces gens qui vivent dedans.
Nous les aimons aussi, ton père et moi. Crois-moi.
Au début, nous n’avons pas compris. Pas facile d’avoir treize ans, j’en sais quelque chose. C’est à cet âge que naissent les envies. Je les ai eues avant toi. Comme une vague brûlante qui part du ventre et qui rayonne partout, et alors, plus rien n’existe. Ce n’est pas ta faute, d’accord ? Mais tu dois nous parler.
Tu dois nous dire, ma chérie, où est le garçon…
Tu ne dois pas te sentir coupable, tu entends ? C’est interdit, dans la famille. Nous sommes de la nature, comme les autres, et depuis toujours. Ton proviseur, ce petit homme luisant comme un ver, cachait mal sa gêne. Veux-tu me rassurer ma chérie… il n’a pas vu… tu ne lui as pas montré… ce que tu es vraiment ? Seule dans ce grand bureau, avec lui te pressant de questions sur ton camarade…
Pardonne-moi, ma belle, tu n’y es pour rien, je le sais. Ils ont peur de nous. Malgré tous nos efforts, ce temps passé à nous exercer à leur normalité, ils conservent un instinct. Un radar mental. Quelque part au fond d’eux, ils savent. Comme la gazelle à l’heure du lion. En alerte.
Mais certains aiment ça. La peur. Ils se ruent dessus comme une mouche sur un morceau de viande avariée. C’était le cas avec lui, n’est-ce pas ? Ce garçon.
S’il te plaît, ne pleure pas. Ce qui est fait est fait.
Sais-tu, ma merveille, comme nous sommes fiers de toi ? Demain, nous aurons une journée difficile. Des gens vont venir, à l’école et ici, dans notre propre maison. Cette épreuve, nous la vivrons ensemble. Des policiers te poseront des questions, et tu laisseras venir tes larmes si pures, et tu pleureras chaudement. Tu leur diras comme tu aimes ce garçon, et comme tu souhaites son retour. Tu leur montreras ton désespoir… Et tu parleras de lui au présent, tu entends ? Au présent, comme s’il allait revenir, d’une minute à l’autre, amusé de les avoir tous inquiétés pour rien. Juste une petite fugue adolescente.
Trois fois rien.
Ton père va bientôt rentrer. Il est inquiet pour toi, mais si tu savais sa fierté ! Si tu savais comme il t’aime, et comme il brûle de te protéger… Nous aussi, demain, nous répondrons aux questions des policiers. Comme un gentil petit couple de la banlieue aisée qui ne sait rien à rien. Et puis ils partiront, bredouilles. Tu comprends ? Bredouilles.
Rien à signaler.
Alors, dis-moi, ma toute petite chérie, devenue femme et bien plus que ça, dis-le-moi je t’en supplie… Où est le garçon ?
Car si ce sont eux, les autres, qui le découvrent… alors je te dois une menace ! Ce serait la fin de tout. La fin de notre famille, de la lignée, et ta propre fin, mon amour de petite fille. Nous ne le permettrons pas.
Comme eux, nous survivons. Par eux, nous survivons !
Si tu veux garder le silence, alors soit ! Mais regarde-moi au fond des yeux et jure sur notre sang qu’ils ne le trouveront pas…
Tu opines et je te crois, ma déesse de la nuit. Il y en aura d’autres, tu sais. Tu ne pourras pas t’empêcher. Tu ne voudras pas l’empêcher.
De ce désir tu te délecteras.
Alors demain, face à ces hommes, pleure tout ton soûl, et retourne avec tes amies. Chante et danse. Parle de garçons, de musique et de ce qui leur plaît. Ris aux éclats, comme elles le font. Mais quoi qu’il arrive, garde bien ton masque. Car ton vrai visage, si cruel et sublime, celui-là ils ne le supporteraient pas. Et pour celui qui le verra, fais que ce soit la dernière image de son existence. Fais qu’à jamais, ton visage à nu précède la terreur et la mort, et l’oblitération.
Et de ton pouvoir tu te délecteras.
C’est ce que nous autres avons toujours fait, ma chérie.
C’est ce que nous sommes.

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