ce que le temps m'a appris

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Scénariste et écrivain né en 1976 à Trappes, Boël Souleymane bascule dans le monde littéraire après un long passé dans le milieu associatif, où il œuvre pour le développement éducatif et  [+]

Le temps m’a appris une chose pour ne pas que la folie me tire vers-elle.
La mémoire est une prison à souvenirs qu'on se construit durant la vie où seuls les bons méritent la perpétuité.
La vie est parsemée de désillusion, donc si un cœur bat au rythme de ses passions, alors sa raison doit frapper plus fort en harmonisant le dernier battement qui peut se faire entendre en lui.
Les émotions ne connaissent pas l’analphabétisme tout le monde peut lire la tristesse dans les yeux de quelqu’un qui vient de perdre un de ses parents.
Le soleil laisse apparaître les silhouettes de nos ombres impalpables, et nos déterminations se chargent de nous faire palper nos rêves qu’on a pu voir les yeux fermés.
Puisque demain n’est qu’une incertitude, nous ne pouvons pas ne pas apprécier l’instant du bonheur avant de le perdre.
À cinq ans on est trop jeune pour comprendre ce qui nous arrive lorsqu’on perd son père.
On subit son absence en vivant à travers l’hologramme de ses souvenirs.
J’ai gelé en moi des lacs de larmes pour patiner dessus afin d’éviter de me noyer.
Je garde en mémoire le chagrin de ma mère m’annonçant un matin qu’il est mort dans un accident en revenant d’une conférence sur l’avenir de l’Afrique.
Nous l’avons enterré deux jours plus tard aux cimetières musulmans de Yantala.
Avant de partir dans la journée à Maradi une ville située au sud de la frontière avec le Nigeria.
Je n’ai jamais vu autant de monde que ce jour avant notre départ pour Maradi.
Sans trop s’attarder nous prîmes la Rn1 pour rouler 664 km et rejoindre la maison de l’oncle Moussa le plus grand frère de ma mère.
Tous au long de la route j’ai demandé au chauffeur d’un ton naïf:
-« Est-ce que tu pourrais faire un accident comme ça on pourrait rejoindre papa ?»
Le chauffeur m’a regardé d’un air décontenancé avec des yeux larmoyants puis il s’est repris pour me réconforter:
-« Non mon petit...
Ce n’est pas ce que ton père aurait voulu pour toi.
Ce qu’il aurait voulu pour toi c’est que tu t’occupes de ta maman parce qu’il avait confiance en toi.
Alors ne souhaites jamais une chose qui pourrait attrister ta mère.
Ce qui t’es arrivé c’est dur.
Mais même sans lui la vie continue. »

extrait du livre "Jusqu'à la mort du franc CFa " de Souleymane Boel
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