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Ce que j'ai vu

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Eric S

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A Vendre. Domaine THOMAS sur l'île de Saint Fi. Maison domaniale du Xxème siècle.Vue directe sur l'océan.
*
Vous qui venez acheter le domaine Thomas, venez écouter son histoire. Venez écouter mon histoire. Cette histoire est faite de drames, de larmes et de sang.
Je me nomme Charles, du moins, c'est ce qui est inscrit sur le médaillon que je portais à l'époque ou papa et maman s'installèrent dans la maison sur l'île de Saint Fi. Maman me l'avait accroché quand on était arrivé. Une larme avait coulé et était tombé sur le médaillon. J'étais très jeune et je ne me souciais guère de savoir leurs prénoms. Pour moi, ils étaient papa et maman et cela me convenait. C'était ainsi qu'ils s'appelaient entre eux.
Je restais toujours dans la chambre du haut. J'adorais cette pièce. De là ou je me trouvais, je pouvais avoir une vue sur l'escalier qui donnait sur le hall d'entrée et une vue sublime qui donnait sur l'océan. Du rebord sur lequel j'étais hissé, je pouvais voir la fabuleuse falaise qui plongeait mortellement sur un banc de rochers aux arêtes saillantes et tranchantes.
Mortellement. C'est le mot qui convient.
Papa et maman se mirent à s'engueuler. Je revenais toujours sur le tapis. Je n'avais pas l'impression de faire des bêtises. Je restais sagement dans la chambre du haut.
J'entendais très souvent crier que Charles était la cause de leurs disputes. Je me sentais mal à chaque fois que j'entendais ces propos.
Leurs disputes devenaient plus violentes. Ils s'envoyaient des objets et se poursuivaient dans toutes les pièces en hurlant.
Puis, vint le jour de la dispute de trop. Je me souviens clairement de maman qui déboule dans ma chambre en pleurant. Elle avait les mains ensanglantées. Puis, papa aussi est arrivé. Il n'était pas armé mais son regard, rempli de haine, aurait pu tuer n'importe qui. Il se jeta sur maman et l'attrapa. Elle avait beau se débattre, elle ne pouvait faire plus aucun mouvement. Il l’entraîna sur le rebord qui donnait sur la falaise . C'est à ce moment qu'elle réussit à s'agripper à moi. Je fus entraîné avec elle, mais nous restâmes suspendu. Papa secoua vivement et lui donna des coups. Elle eut le réflexe malheureux de se pendre à mon médaillon.
La chaîne du médaillon se brisa et je la vis tomber. Sa chute me sembla longue. Puis, elle disparut dans les rochers.
Je savais que je ne reverrais plus jamais maman.
*
Dans les jours qui suivirent, je vis papa sourire, heureux. Je ne l'avais jamais vu ainsi comblé. Jusqu'au jour ou l'on frappa à la porte d'entrée. De ma chambre, je pouvais voir papa qui ouvrit à deux gendarmes.
-Bonjour. Major Berthier, j'ai une triste nouvelle à vous annoncer. Nous avons retrouvé le corps de votre femme. Il flottait sur le rivage de Saint Martin.
De là ou j'étais, je le regardais tomber à genoux en pleurant. Des larmes perlèrent, des geignements furent poussés.
-Une enquête est en cours, vous vous en doutez, malgré vos déclarations préalables quant à l'annonce de sa disparition et de son état suicidaire. Selon vos propos, bien entendu. J'ai une commission rogatoire du juge Marlart du TGI. Nous allons inspecter la maison.
Papa ne pouvait bien entendu pas refuser mais son expression changea rapidement. Les gendarmes ne le virent peut être pas, mais, je sus reconnaître la peur.
Les gendarmes passèrent des heures à examiner les recoins du domaine et étonnamment, ce fut par ma chambre qu'ils terminèrent. Le major ne me jeta pas un coup d’œil, il inspecta le sol et très rapidement, il se mit à genoux et ramassa un objet sur le plancher.
C'était une partie de la chaîne de mon médaillon.
Le gendarme sembla alors me voir, comme pour la première fois. Il me scruta avec un grand intérêt puis sortit son téléphone portable. Il appela son unité, leur intimant l'ordre de préparer une salle d'examen.
Moins de deux heures plus tard, je me retrouvais dans une salle blanche aseptisée qui sentait l'éther. Deux hommes en tenue bleue et des masques qui ne m'adressèrent pas la parole commencèrent à me palper et à m'enduire de divers liquides qui réagissaient à la lumière. L'examen me sembla durer des heures et au final, je n'eus pas la chance de rentrer chez moi.
*
On m'emmena dans un endroit ou il y en avait tant d'autres comme moi. Tous ceux que je croisais avaient vus des horreurs, des crimes de tous genres.
Je ne me sentais pas à ma place et pourtant, je savais que j'allais y rester longtemps.
Je ne reverrais plus jamais le domaine et ma chambre qui donnait sur l'océan.
*
Résumé de l'affaire Cormud (Sources : TGI de Saint Martin)

Lundi 19 Juillet 2014-14H30.
M. Cormud, Gérard déclare la disparition de sa femme, Mme Cormud Alice, née Dupuis. Il ne l'aurait pas vu depuis le Samedi 17 Juillet 2014-21H30. Elle serait partie du Domaine THOMAS suite à une de « ses crises ». Celle ci, plongée dans une dépression,n'aurait aucun suivi psychiatrique.
Le corps de Mme Cormud Alice fut retrouvé le Vendredi 23 Juillet 2014 sur les côtes de Saint Martin. Elle n'avait sur elle qu'un médaillon sur lequel était inscrit le prénom Charles.
L'examen préliminaire montrait de multiples contusions. Selon le Dr Rogurd, Médecin légiste, certaines blessures seraient dues à une chute provoquant la mort. Et d'autres, blessures ante-mortem résulteraient d'une bagarre.
Une commission rogatoire fut demandée dans le but de fouiller le manoir du Domaine THOMAS.
Lors de cette fouille, le major Berthier, assisté de l'adjudant-chef Jerome, trouvèrent dans une chambre une chaîne qui s'assemblait avec le médaillon trouvé. Le major Berthier trouva des traces de sang sur une fenêtre et envoya aussitôt celle ci à l'unité scientifique.
M. Cormud Gérard à confessé son crime. Il a reconnu les multiples disputes avec sa femme depuis la mort accidentelle de leur fils Charles.
Notes :
Le médaillon (Pièce à conviction H24) fut accroché à leur arrivée à une fenêtre dans la chambre qu'ils destinaient à Charles, lieu du crime.
La fenêtre, (Pièce à Conviction H27) est aujourd'hui à l'entrepôt des Pièces à convictions.
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