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Ce n'est que mon quotidien

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Agate LH

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Comme chaque soir, j’attends. Je suis enfermé dans cette chose faite de métal et dans laquelle je ne peux me retourner. Alors je reste là, debout, immobile. Je sais qu’on va bientôt venir me chercher et, comme on me l’a appris quand j’étais petit, je ne me débattrai pas.
La porte s’ouvre et une lumière vive apparait dans l’obscurité qui régnait. Comme d’habitude, je vois flou pendant quelques instants, je cligne des yeux et de fines larmes ruissellent sur mes joues. Lorsque ma vue est redevenue intacte, je vois mon humain se tenir devant moi avec son habituelle ficelle. Je n’aime pas cette longue chose qui continue son bras. Certaines fois, elle s’abat sur mon dos avec une telle puissance que je suis forcé de m’écrouler au sol.
Mon humain me fourre quelque chose d’immonde dans la gueule et me fait signe de sortir. Je sens le sable froid se coincer entre mes coussinets et je sais que ça me démangera encore quand je serai de retour dans ma petite maison. Il y avait énormément de bruit, c’était assourdissant. Mais je savais que dans quelques instants, mes oreilles s’y seraient habituées. Je relève la tête. Elle commence à tourner et je me sens apaiser. J’aperçois tous ces humains et mini humains qui me regardent. J’adore les mini humains. Ils sautent toujours partout, je crois qu’ils veulent jouer avec moi. Mais, quand j’essaie de les approcher, la ficelle s’abat sur moi. Alors, j’arrête d’aller près d’eux.
Tout est comme chaque soir. La boule géante est à ma droite et les petites choses blanches à gauche. Mon humain est derrière moi et son éternel fouet va et vient sur mes fesses, me forçant à avancer vers la grosse boule. Je place mes quatre pattes sur elle et cherche mon équilibre. Ça tire dans mes pattes et mes muscles commencent à bruler mais je sais que je n’ai pas d’autre choix que de réussir à me lever. Je me prépare à enlever ma patte avant gauche mais je n’ai pas le temps de la retirer complètement que mon ennemie vient frapper mon dos. Je sens la brulure qu’elle y a laissé et me relève avec un cri de douleur. Je sens les humains s’affolés. Ils tapent de plus en plus fort dans leurs mains. Ils cherchent probablement à m’aider face à cette terrible attaque.
Mon humain semble en colère. Il me fait signe sèchement de descendre et de me diriger vers les étranges objets. Il y en a trois. J’en mets un au creux de mon coude et me dépêche de lancer les deux autres dans les airs. Je veux juste retourner dans ma petite maison. Je suis si fatigué. Je lance le troisième objet et commence à reproduire ce qu’on m’a appris: je lance, je rattrape, je lance, je rattrape. Je ne comprends pas pourquoi je dois faire ça mais je le fais.
Après quelques instants, mon humain me montre le poing signifiant qu’il est temps d’arrêter cette activité. Il est malheureusement l’heure du final. Je dois me placer au milieu, face aux humains. Je regarde la ficelle et lui demande si le coup qu’elle m’a infligée sur la boule ne pourrait-il pas être suffisant pour ce soir. Mais je la vois prendre son élan et je la sens s’abattre au dessus de ma hanche, comme chaque soir. Je bondis, hurle et m’écroule. Les humains se lèvent et les mini humains recommencent à sauter. Ils veulent jouer pour me remonter le moral mais je ne peux pas les rejoindre. Je me relève péniblement craignant de recevoir un nouveau coup.
Mon humain m’accompagne sous une grande étendue de tissu et me mets une corde autour du museau. Il la serre trop fort et je sens mes crocs s’enfoncés dans mes mâchoires. Le gout de sang se fait sentir dans ma gueule et je déglutis en espérant qu’il s’en ira. Mon humain me tire avec l’extrémité de la corde. Arrivés devant ma petite maison, il me la retire et me donne un coup de pied pour me forcer à rentrer. Je monte, il referme la porte derrière moi et s’en va sans mot dire. Je l’ai énervé mais je ne sais pas comment. Plus j’y réfléchis et moins je comprends ce que j’ai mal fait. Mon ventre fait un étrange bruit et je me plie en deux tant la sensation est désagréable. Peut-être que mon humain est parti chasser et m’apportera mon repas. En attendant, je me couche sur mon côté gauche mais je crie tant le contact entre mes plaies et le sol est douloureux. Je me tourne sur ma droite et replie mes pattes qui dépassent de la cage. Je ferme les yeux et prends quelques profondes inspirations. C’est fini. Jusqu’à demain.
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