Ce n'est pas moi

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Écrire console parfois, lire souvent  [+]

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Lorsque Sylvain avait rencontré Isabelle huit ans auparavant, il avait éprouvé un grand soulagement. Il allait avoir 30 ans et menait jusqu’alors une vie passablement déréglée, du moins à ses yeux. La jeune femme pétillante qu’il avait croisée chez des amis lui avait laissé son numéro de téléphone et il l’avait revue avec plaisir. Il se souvenait qu’elle lui avait demandé, lors de leur second rendez-vous, pourquoi un beau garçon comme lui était encore célibataire. Elle avait ri lorsqu’il lui avait répondu que c’était parce qu’il l’attendait.
Ils avaient réalisé qu’ils avaient des souhaits similaires et qu’ils désiraient vivement fonder une famille et avoir des enfants. Ils n’avaient pas tant de points communs que cela mais Sylvain se disait qu’être trop semblable pouvait être à la longue ennuyeux.
Les choses étaient allées assez vite et un an après leur rencontre ils se mariaient et six mois plus tard, ils emménageaient dans leur nouvelle maison. Isabelle s’était avérée un peu autoritaire, décidant elle-même le plus souvent des sorties ou des destinations de vacances et opposant souvent une inertie dubitative aux propositions de Sylvain. Celui-ci s’y était adapté. Dans leur entourage, il en allait presque toujours de même : ce que femme veut, Dieu le veut, se disait Sylvain en souriant. La vie sociale qui allait avec la vie de couple lui convenait parfaitement. Ses parents avaient accueilli Isabelle avec enthousiasme et cela avait conforté Sylvain dans ses choix.
Les choses n’avaient pourtant pas évolué exactement comme Sylvain l’espérait. Isabelle n’était plus la jeune femme vive et optimiste du début de leur mariage. Elle avait décidé de faire carrière et elle s’était mise à passer les concours internes du Ministère qui l’employait. Elle était devenue cadre et ses horaires de travail jusqu’alors classiques s’étaient allongés. Malgré un temps de trajet beaucoup plus réduit que celui de Sylvain, il lui arrivait de rentrer à la maison après lui. Et, surtout, sept ans après leur mariage, ils n’avaient toujours pas d’enfant
Il y a trois ans, ils avaient fini par consulter des spécialistes qui les avait un peu rassurés ; rien ne s’opposait, sur le plan biologique et médical, à ce qu’ils aient des enfants. Rien, mais aucun enfant ne s'était cependant annoncé ; Isabelle allait avoir 37 ans et Sylvain s’était bien rendu compte qu’elle devenait nerveuse lorsqu’elle voyait des couples plus jeunes qu’eux avec des enfants. L’horloge biologique tournait et la situation pouvait devenir critique. Sylvain n’avait cependant pas encore osé évoquer avec Isabelle les moyens médicaux d’accroître leurs chances d’avoir des enfants mais il lisait de plus en plus attentivement les articles sur la fertilité et la procréation assistée qui lui tombaient sous les yeux.

*

Quelques jours après le départ d’Isabelle, Sylvain reçu un appel d’une femme, se présentant comme étant Cécile Mégrier, avocate. Isabelle avait décidé d’entamer une procédure de divorce. L’avocate lui dit qu’Isabelle n’avait rien à lui reprocher et lui demandait de la pardonner. Elle ne pouvait pas le lui dire personnellement mais elle espérait que la séparation se passe le mieux possible. « Vous n’avez pas d’enfant », ajouta l’avocate involontairement cruelle, « cela devrait faciliter une séparation à l’amiable, ajoutant qu’Isabelle l’avait chargé de lui dire qu’elle ne regrettait qu’une seule chose, n’avoir pas réalisé plus tôt que vous n’étiez pas celui que vous disiez être ».
Sylvain raccrocha, médusé, se disant qu’il n’avait rien vu venir ou qu’il n’avait rien voulu voir venir. La tristesse l’envahit, il avait l’impression d’un immense gâchis. C’est passablement ivre qu’il prit le volant de sa voiture le soir venu pour aller à Paris. Il ne rentra qu’au petit matin et pris deux comprimés qui l’assommèrent plusieurs heures.
La semaine suivante, Sylvain avait posé une semaine de congés. Seul, il la passa à nettoyer la maison de fond en comble. Derrière le lavabo, il découvrit avec surprise une plaquette de pilules contraceptives.
Les choses allèrent ensuite très vite car Sylvain accepta toutes les demandes qu’Isabelle formulait via son avocate. La maison devenue trop grande fut vendue à un prix intéressant. Il déménagea et retourna vivre à Paris. Le prix de vente de la maison lui permis d’acheter un grand studio dans le XIVème arrondissement, ce qui le rapprochait beaucoup de son travail. Il vendit sa voiture. Il se remit à sortir tous les soirs.
Le jour de la conciliation devant le juge des affaires familiales, Sylvain revit Isabelle pour la première fois depuis six mois. Elle attendait un heureux évènement. Sylvain sortit de son portefeuille une photo où il enlaçait un grand barbu souriant. Il s’appelle Guillaume lui dit-il. Isabelle sourit mais ne parut pas le moins du monde surprise.
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