Ce n'est pas aussi facile....

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Seize ans au compteur. Béninoise. Écrire permet de raconter une histoire, de libérer une parole, d'exprimer une idée. Lire guérit, Lire console. Lire apprend, amuse, émeut, fait voyager. Et  [+]

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— Regarde, regarde comme tu es belle !

Belle? Mon regard se confronta au reflet qui se renvoyait dans le miroir que ma petite soeur venait de poser devant moi, les étoiles pleins les yeux.

J'essayai de comparer l'idée qu'elle venait d'énoncer à ce que je voyais.

D'une main tremblante, je parcourus mon visage de la main, tout en suivant ses mouvements dans la glace, me concentrant sur les sensations que cela m'apportait.

Ce que je vis me glaça. Mon regard était terne, mes joues creusées, mes lèvres desséchées et plus que jamais, l'ossature de mon visage m'apparut dans toute sa laideur.

Mon teint avait perdu de son éclat. Je ressemblais à une cadavre éveillé. Le bonnet grisâtre qui me recouvrait la tête n'arrivait pas complètement à dissimuler mon crâne dégarni: au fil du temps mes cheveux s'en étaient allés, lots par lots, chassés par l'armée de produits chimiques qui envahissait mon corps pour sa survie.

Ce que je sentis m'électrisa : ma peau était rêche, sèche, et surtout froide. Les os déjà bien apparents dans le miroir était durs, bien là.

L'oval de mon visage était désormais de l'histoire ancienne.

Ma sœur, elle, continuait de me regarder comme si j'étais la plus belle femme du monde. C'en était trop.

Je n'étais pas belle !

Je fermai mes yeux avec mes mains, détournai le regard de mon hideux reflet et me cachai sous la couverture blanche du lit d'hôpital.

Pourquoi Ashley se plaisait-elle à me faire mal? À me mentir aussi effrontément ? Je ne suis pas naïve.

Je vois encore.

Et ce que je vois est une loque.

Une femme, belle certes, à une époque, mais aujourd'hui défigurée et mutilée.

Je ne sus exactement quand je me mis à pleurer. Je sentis juste mon maigre corps secouer, me fatiguant mais me soulageant à la fois. Une myriades d'émotions se succédaient en moi, toutes aussi négatives les unes que les autres. Je voguais sur des vagues de peine, de colère, de désespoir, d'impuissance, de rage et de perdition mêlés. C'était un puissant cocktail qui se diffusait dans mes nerfs, rendant la douleur plus forte.

Sans que je ne sache comment, mues par une impulsion soudaine, mes mains se portèrent là. Là....là où désormais il ne restait rien. Là où une grande partie de ma féminité s'en était allée, m'ayant presqu'emportée avec elle: mon opulente poitrine d'antan était désormais aussi plate que celle d'un enfant.

C'était dur.

Trop dur à supporter.

Je ne pouvais décidément pas m'y faire. M'y résigner. D'avoir perdu. Perdu autant. Le prix était trop lourd à payer. Foutu cancer !

— Leila.

Je crus d'abord rêver. Mais c'était bien Ashley qui venait de parler.

— Leila, je suis désolée, regarde moi.

La regarder? Comment pourrais-je encore le faire après une telle humiliation ?

— Non, répondis-je sèchement. Va-t-en. Je veux être seule.

Un silence se fit.

— Mais Lei...
— Va-t-en. S'il te plaît. Laisse moi seule. Pour une fois, écoute-moi !

Le ton de ma voix était faiblard mais ferme. J'osai espérer qu'elle eût compris le message. Même si elle était dos à moi, je sentais son hésitation.

— D'accord. Je sors. Mais je serai derrière la porte. Si tu as besoin de moi....

Je ne répondis rien.

J'essayai de me concentrer sur autre chose. Sur quelque chose de plus joyeux. J'entendis la porte se refermer derrière moi et soupirai de soulagement.

Quand je fus sûre qu'elle soit partie, je me redressai dans mon lit et me concentrai sur ces bribes de mots:

— J'ai d'excellentes nouvelles pour vous Leila. Votre assiduité et votre persévérance ont payé. La tumeur s'est rémise et tout semble porter à croire que c'est pour de bon! Cependant nous vous garderons en observation encore un mois tout en allégeant le traitement. Cela vous convient-il ?

C'était hier. Et encore maintenant je n'arrivais pas à y croire. Mes sanglots reprirent de plus belle. J'avais réussi.

Mais, ce ne sera pas aussi facile que je l'avais pensé. Mes bonnes résolutions, mon optimisme, tout, tout s'est envolé. Rien ne s'est passé comme prévu.

Je me demande encore, si je n'aurais pas préféré mourir que vivre ça. Je ne sais pas si j'aurai la force de continuer.

Je me sentis stupide. Comment pouvais-je appréhender ce qui n'était pas encore arrivé? Je ne savais pas de quoi les prochains jours seraient faits et je me flagellais déjà de pensées négatives.

"Tu as réussi". C'était une tentative pour me motiver. Une tentative vaine.

J'avais peur. Peur que la tumeur soit plus tenace que ce que les médecins disent. Peur de devoir tout reprendre si ce n'était vraiment pas le cas.

Ça ne pouvait pas être aussi facile. Peu importe ce qu'ils diront, ma vie ne sera plus jamais la même.

Le plus dur m'attend.

Recommencer du début, j'ai bien peur de ne pas en avoir la force.
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Un petit mot pour l'auteur ? 66 commentaires

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JD Valentine · il y a
Un texte bien maitrisé pour une personne de 16 ans. Bravo à vous. Mes voix avec plaisir.
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Toyin Dyva · il y a
Merci 😊
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Tess Benedict · il y a
Vous traduisez bien la révolte face à ce qui peut être interprété comme de l'hypocrisie ( dire qu'elle est belle à une femme mutilée) et qui n'est souvent que le désir de consoler. La scène du miroir est très bien décrite.
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Toyin Dyva · il y a
Merci. Il me tenait à cœur de développer cet aspect de la chose. Parfois, vouloir consoler peut être maladroit et déclencher totalement l'inverse. Merci encore😊.
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Fabienne Maillebuau · il y a
Terribles souffrances, les pensées sont nos maux, on ne peut y échapper, mes cinq voix, Toyin, je vous invite sur https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/le-jour-dapres-25, merci à vous.
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Toyin Dyva · il y a
Merci à vous d'avoir lu. D'accord😊
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Maia ROCA · il y a
Quand les pensées bousculent les émotions... ce combat est dépeint avec beaucoup de finesse :)
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Toyin Dyva · il y a
Merci😊
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Andilath Sadikou · il y a
Fière de ce que mon amie d'enfance est devenue
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Toyin Dyva · il y a
Merciii🤩
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Paul Jomon · il y a
Le repli sur soi même et l'angoisse, qu'une aide extérieure, aussi bienveillante soit elle, ne peut atténuer, sont bien rendus.
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Toyin Dyva · il y a
C'est cet aspect que je voulais développer et je n'étais pas sûre d'avoir trouvé les mots juste pour.
Merci beaucoup😊.

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Arnaud Codo · il y a
je suis sûre si on vérifie bien tu dois être de la lignée Victor HUGO ou de Aimé CESAIRE. Jolie plume
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Toyin Dyva · il y a
Ah merci🤭
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Joseph le Généreux Agboton · il y a
👏👏👏👏👏👏👏👏
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Toyin Dyva · il y a
😊😊😊
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David Agossa · il y a
Toyin Dyva, toutes mes félicitations à toi pour cette magnifique œuvre. Que Dieu t'inspire davantage!!!
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Toyin Dyva · il y a
Merci. Amen.
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Odette AGOSSOU · il y a
👍👏👏 bravo, félicitations et du courage.
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Toyin Dyva · il y a
Merci beaucoup😊