Ce mauvais rêve

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Il est 10h du matin, nous sommes samedi. Je profite du soleil d’Août le temps d’un week-end.
Loin du travail et des obligations, je parcours un magazine de décoration. L’ambiance qui règne près de moi est apaisante.
Mon mari joue dans la piscine avec notre fille, notre fils dessine sous un parasol et moi, allongée sur mon transat j’observe la scène entre deux pages.
J’immortalise ce moment en prenant une belle photo. Demain nous reprenons l’avion.
La bulle verte de mes messages apparait sur mon écran. Je reste figé en lisant le début du message affiché. « Je suis aux urgences, j’ai une grosseur... » Je n’arrive pas à l’ouvrir. Je suis tétanisée.
Je sais qu’une fois ouvert ma vie basculerait et celle de ma sœur aussi.
Lorsque mon doigt touche l’écran, je ne respire plus. «...au sein. J’ai prévenu les parents. »
Je suis à une centaine de kilomètre d’elle par chance. J’ai envie de hurler, de prendre la voiture, de lui poser des tonnes de questions.
Je m’agite. Je lui demande pourquoi, comment. Mes questions me paraissent bête. J’essaie de la tranquilliser mais je suis moi-même remplie de sentiment tellement différent que je me sens tout à coup inutile.
Je me lève d’un bond du transat, les larmes aux yeux et apeurée. Mon mari m’observe au loin m’éloigner. Plus je m’écarte d’eux, plus je perds mes moyens et je ne sais pas quoi faire. Je suis comme terrorisée. J’ai délaissé le magazine pour internet. Je recherche des informations en tapant des mots clefs comme « cancer du seins rémission, cancer du seins traitement, cancer du sein que faire... ».
Je ne me fais pas à l’idée que ma petite sœur soit malade. Je tourne en rond sur moi-même en lisant ses messages : « j’ai très peur ; je ne veux pas ; j’ai très peur ; je ne sais pas ; j’attends l’infirmière ; j’ai très peur ; j’attends le médecin ; j’ai très peur ; voici son numéro de téléphone ». Elle se pose plus de question que moi et les miennes viennent s’y ajouter. Je culpabilise de lui imposer cela.
J’essaie de joindre les médecins, de leur dire que je ne suis pas loin et que je vais venir, que je veux en savoir plus, que je suis là pour elle.
Ma sœur m’avertie de son transfert vers un hôpital spécialisé dans les cancers. Malgré le grand ciel bleu au-dessus de ma tête, j’ai l’impression qu’un grand nuage noir vient assombri mon paysage.
La photo de mon père apparait, il m’appelle. Je décroche aussi vite que je peux. Sa voix triste et sa gorges serrée me brise le cœur. Je l’imagine dans son canapé, écroulé, épuisé par la nouvelle qui vient de s’abattre sur lui, sur nous, sur notre famille. Il est parvenu à joindre un médecin. Il m’explique la situation et ce qui est prévu. Nous sommes dévastés.
Mes parents prendront la route dans l’heure et nous rejoindrons en fin de soirée.
Je souffle. Pas de soulagement. Pendant toute la conversation j’ai eu l’impression de ne plus réussir à respirer. Je souffle encore.
Je rappelle l’hôpital. J’en sais plus mais pas assez sur son transfert. Je dois, je veux me rendre près d’elle.
Elle a peur, seule sur son brancard.
Au téléphone, la voix de l’infirmière est rassurante. Je sens mon cœur ralentir enfin. Je lui explique que je ne suis pas loin et que je serais là, à son arrivée dans le nouvel hôpital.
Dans la voiture je me concentre sur la route. Je me repasse l’appel de l’infirmière qui m’avertie qu’elle va être transférée d’ici 45 minutes.
J’ai hâte de la retrouver mais lorsque j’arrive à l’hôpital, je suis perdu. Je cherche le parking, puis l’entrée principale, puis l’accueil, puis le service, puis ma sœur.
Je marche vite, très vite. Je pousse les lourdes portes les unes après les autres.
Je m’arrête net, recule de quelques pas. Elle est là. Dans le couloir. Les yeux rouge et gonflé.
Je retiens de gémir. Et la serre contre moi. Lorsque je desserre mon étreinte un sourire sur fige sur son visage.
Elle n’est plus seule. Je suis là.
Mon cœur se serre et je sens des bouffées de chaleur m’envahir. Je suis prise d’angoisse et j’ai énormément de mal à rester en place.
Je lui tiens la main et mon regard va et vient entre ma sœur le médecin.
Les minutes sont longues mais en même temps je ne veux pas que les heures défilent trop vite car après je ne la reverrais pas de suite.
Elle me parlait de sa journée d’hier ou la bonne humeur rythmait sa journée.
De ses nouveaux amis et des soirées agréable à discuter autour d’un verre de vin.
Et ce matin, sa vie à basculer, la nôtre avec. Ce jour d’après, celui d’un enfer.
J’aimerais tellement rester dormir avec elle dans sa chambre d’hôpital. Être prêt d’elle si ce cauchemar la réveille en pleine nuit.
Les infirmières lui font ses prises de sang. Je suis au bout du lit. Je lui caresse les pieds. Je lui parle. L’a distrait. Je regarde l’horloge. Il est 20h10 et les heures des visites sont terminés. Ses yeux me supplient de rester et j’ai tellement de lui que cela est possible mais il en n’est rien.
Elles ont terminé et il est déjà 20h30. Je demande si je peux rester encore un peu.
L’un d’entre elle me sourit. Cela atténue mon stress. Elle se veut rassurante et ça marche. Encore plus quand elle me dit que cela ne pose pas de problème mais que je dois être discrète à ma sortie pour ne pas déranger les autres malades.
Ma sœur est reconnaissante tout comme moi. Nous articulons un « merci ».
Demain, nous reprenons l’avion. J’appréhende déjà le retour à l’aéroport qui m’éloignera d’elle le temps de mettre de l’ordre dans mon travail.
La nuit a été agité et mes premières pensées sont tournée vers ma sœur. Je souhaite savoir comment c’est passé sa nuit et en même temps il est très tôt et j’ai peur de la réveiller. Tiraillé par mon besoin de prendre des nouvelles et l’ignorance de se qu’elle fait je décide de prendre mon téléphone et de lui écrire un message. J’aimerais lui écrire : Comment vas-tu ce matin ? Comment te sens-tu ce matin ? As-tu réussi à dormir cette nuit ? Les médecins sont passé te voir ?
Je n’en fais rien. Je ne souhaite pas la harceler à son réveil. Je me contente d’une question, pour l’instant. « Je peux t’appeler ? »
J’ai la nécessiter de l’entendre. Elle répondra probablement à mes questions sans que je lui pose.
Lorsque je passe le portique de sécurité j’ai envie de pleurer. J’ai le visage fermé, je souris à peine aux agents de la sécurité lorsqu’il me parle.
Mes enfants ne savent pas pourquoi j’ai été absente hier. Pour l’instant je ne leur dis rien. Je souhaite déjà trouver les mots pour moi.
Dans l’avion, lors du vol j’essaie d’être moi-même et j’observe les nuages. Mes pensées se tourne vers ma sœur et des étapes à venir, les jours d’après.
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