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Ce matin

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Damien G

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Ce matin, descendu des cieux, d’une pureté inégalée, alors que personne ne l’attendait, ayant circulé librement à travers les montagnes, rivières et vallées, et s’approchant inéluctablement de la cité a peine éveillé, elle traversât sans faillir les murailles, les hommes et rangés de canons à son sommet puis martela finalement sans un son les cloisons des premières bâtisses orbitant depuis des siècles désormais autour du démesuré clocher, épicentre incontestable du royaume, du pouvoir, des arts, du commerce et du monde contemporain.

Ce matin, pour la première fois je fis face à la foule, jamais elle ne fut aussi grouillante, dense, aussi colossale, tous me fixaient, voyant en moi le digne de successeur de mon bourreau de père, jamais je ne fus aussi tendu de toute mon existence, seule ma longue cape rouge sang flottait au gré du vent, et si depuis na naissance je n’avais pas été éduquer et formé pour accomplir ce fardeau j’aurais sans aucun depuis longtemps brûler cet cape et envoyer cet épée croupir au fond de la rivière seulement lorsque dans mon dos les portes s’ouvrirent, je compris que j’étais condamner a jouer mon rôle, un frisson parcourut alors à la fois mon corps et la foule toute entière qui comme un seul homme se tut et fixa le condamné menotté montant à l’échafaud.

Ce matin, devant moi les lourdes portes en bois s’ouvraient brusquement, faisant taire les bourdonnements du peuple, tous regroupés aujourd’hui pour me voir les deux genoux a terre m’incliner tout entier devants mes sujets.
Enfin libre pensais-je ironiquement en montant les lourdes marches de pierres brut, voyant ainsi la douce lumière matinale pour la première fois depuis des jours.
Quand d’un coup foudroyant un spasme insupportable traversa mon corps, tremblant devant la sinistre installation je commence alors vraiment réaliser que c’est fini, mes membres se figent et j’admire une dernière fois le ciel couvert sans même un regard pour la foule qui jadis m’acclamait, lorsque tel un ange, je vis face à moi arriver tendrement la brume, qui naturellement c’était frayé un chemin dans les rues et avenues de la capitale avant de venir recouvrir doucement l’esplanade sous mes yeux ébahies.

Ce matin, par milliers les gardes furent dépêcher pour enfermé le roi agenouillé a quelques centimètres de mes pieds, silencieux depuis son arrivé, il contemplait insondable l’épaisse fumée venant de faire son entrée, cette dernière cachant la scène aux milliers de personnes venu admirer le spectacle, m’empêchait d’utiliser mon énorme lame d’acier, légué de père en fils cet héritage non désiré me condamna pourtant a juré sur cet échafaud que les derniers instants qui restaient à vivre à cet homme dureront le temps que durera ce léger crachin.

Ce matin, seul avec mes pensées et mon bourreau, j’étais pourtant persuadé d’être prêts à me livrer à la mort, mais je respire encore l’oxygène à plein poumons comme si c’était la première fois qu’il traversait mon corps, l’air humide, chargé de fines gouttelettes, je me surprends à le supplier, à implorer cette brume de rester ici autant qu’elle le pouvait telle un enfant refusant d’aller au lit, j’inhale encore et encore jusqu’à ce que mes poumons ne tolèrent plus, j’inspire, j’expire, j’écoute, j’entends, le peuple, je ne les vois pas, je les comprends.
Quand certains encore fidèles restent silencieux ou demande grâce, la majorité d’entre eux, là juste en bas hurle leurs haines, me volant ainsi mes derniers instants d’homme vivant.
Puis quand je la vois déjà de moins en moins dense s’échapper hâtivement, je saisis horrifié que je ne peux plus y échapper.

Ce matin, j’ai attendu patiemment, pendant plusieurs longues minutes lame à la main que la brume ne s’en aille, cet homme va mourir, il est lucide, il le sait, et comme moi il voit le brouillard disparaître lentement, j’entends alors le peuple rugir, je me questionne, je les observe, comprenaient-ils les exécutions ? S’ils pouvaient vraiment éprouver, non ! Seulement voir la peur viscérale des condamnés face à la mort, viendrait-on m’acclamer quand à nouveau le sang, je ferais couler ?

Mes questionnements cessèrent quand les tambours résonnèrent à travers l’esplanade, on m’amena alors une cordelette, et le Roi pour la première fois posa son regard sur moi, voyant que je veux l’attacher il refuse d’un geste de la main et dans un calme effrayant détache son foulard, ouvrit sa chemise, puis le cou dénudé se dirigea solennellement vers la planche, finissant par y poser sa tête.

Ce matin un crachin inattendu, avait laissé quelques minutes de réflexion supplémentaires à un homme condamné et à son bourreau inexpérimenté, ce dernier convaincu qu’on viendrait sauver le prisonnier, hésita longuement avant d’abaisser son acier, demandant au Roi avant de se lancer s’il était conscient que son trépas détruirait à jamais le passé.
Ce à quoi le souverain déchu répondit les yeux toujours rivés sur la brume qui calmement s’éloignait.
— Je meurs sans crainte, espérant que mon sang ne scelle à jamais les fondations de la paix.

PRIX

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Richard Laurence · il y a
Encore un grand bravo pour ce texte !

Il y a, dans cette finale, des textes de moins bonne qualité, mais le système de votes est ce qu'il est et cela fait partie du jeu... Ce système est un bon système parce qu'il récompense les gens qui votent et font des commentaires sur les textes mais il a aussi un effet pervers : il ne reflète pas réellement les goûts du public.

Je vous invite donc à venir prolonger le plaisir en participant à la "sélection du public" du Festival Off, sur le forum : http://short-edition.com/fr/forum/la-fabrique/imaginarius-2017-le-festival-off

Que la fête continue et longue vie au prix Imaginarius !

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Damien G · il y a
Encore merci, j'irais voir tout à l'heure
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Yann Olivier · il y a
J'aime. Je vote. 5 voix.
Je suis aussi en compétition avec une brume brumeuse ... :
http://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/ainsi-soit-il-2

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Damien G · il y a
Merci yann !
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Richard Laurence · il y a
Un très beau texte !
Si vous souhaitez un commentaire précis et argumenté, n'hésitez pas à demander (en précisant bien "avec" ou "sans" critique) et, de même, ne vous gênez pas pour venir commenter, critiquer ou même détester ma "Frontière de brumes"...
Tous mes vœux pour cette nouvelle année !

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Damien G · il y a
Merci Richard, étant novice un commentaire précis et argumenté avec critique ne peut que m'aider ! Si vous avez le temps je le lirais avec plaisir
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Richard Laurence · il y a
Avec critique, bravo ! Je vois que vous avez autant de courage et de noblesse que votre héroïque roi qui n'hésite pas à sacrifier sa vie pour sceller un acte de paix ! Je commence par la critique alors : votre principale ennemie est l'orthographe. Réviser : passé simple ("traversât"), participe passé vs infinitif ("j'aurais brûler et envoyer") pronom réfléchi vs démonstratif ("la brume c'était frayé un chemin"...) entre autres... Plus quelques erreurs de syntaxe... Ou, tout simplement, faire relire vos textes par une personne de confiance avant envoi ! Nul besoin, en effet, d'être un expert en orthographe et en grammaire pour être un excellent conteur et vous venez de nous en faire la démonstration en trois points.

Premier point : vous réussissez magnifiquement, là où beaucoup d'autres ont échoué dans cette épreuve de TTC, à faire alterner les points de vue de plusieurs personnages (le bourreau et le roi) sans détruire l'équilibre de votre récit. Bravo ! Vous êtes le seul, à ma connaissance, à avoir réussi cet exploit dans ce concours et à créer cet effet très cinématographique qu'on appelle un "cross-cut" : l'alternance de points vue fait monter le suspense et la tension du récit jusqu'au dénouement final...

Deuxième point : Vous avez eu la bonne idée, là aussi très cinématographique, d'utiliser la brume pour créer une atmosphère fantastique et une ambiance de mystère qui, là encore, contribue à faire monter un peu plus le suspense et la tension.

Troisième point : Votre premier paragraphe est très élégant du point de vue du style puisque tout ce paragraphe qui décrit l'arrivée de la brume est constitué d'une très longue phrase qui, à l'image de cette brume, semble n'en plus finir de se répandre et de s'insinuer dans tous les replis de la syntaxe :
"Ce matin, descendu des cieux, d’une pureté inégalée, alors que personne ne l’attendait, ayant circulé librement à travers les montagnes, rivières et vallées, et s’approchant inéluctablement de la cité a peine éveillé, elle traversât sans faillir les murailles, les hommes et rangés de canons à son sommet puis martela finalement sans un son les cloisons des premières bâtisses orbitant depuis des siècles désormais autour du démesuré clocher, épicentre incontestable du royaume, du pouvoir, des arts, du commerce et du monde contemporain."

Très très belle phrase. Mais attention : cela fonctionne bien parce que ça ressemble au parcours de la brume qui descend des montagne et s'insinue entre les murailles du château, parmi les hommes, partout... Cela fonctionne moins bien, en revanche, dans la suite du texte où des phrases si longues ne sont pas justifiées et, d'une manière générale, on conseille aux écrivains débutants de se méfier des phrases longues pour leur préférer les phrases simples de type sujet-verbe-complément. Donc, je vous transmet à mon tour ce conseil, qui se transmet de génération en génération dans cette belle tribu des écrivains à laquelle vous appartenez incontestablement ; )

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Damien G · il y a
Merci infiniment !
Ce commentaire m'aide énormément car tout seul, je n'arriverais pas à m'améliorer ! Merci encore je prends note pour faire encore mieux la prochaine fois !

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Richard Laurence · il y a
Ravi d'avoir pu vous aider. Merci à vous et bonne chance !
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Atoutva · il y a
Un univers bien étrange et surtout bien cruel, peint par une belle écriture.
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Damien G · il y a
Merci beaucoup !
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Coraline Parmentier · il y a
Joli écrit , vous avez mes voix !
Si mon royaume embrumé vous intéresse pour continuer votre voyage, c'est par ici...
http://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/le-royaume-dans-la-brume

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Damien G · il y a
Merci Coraline, j'irais lire votre oeuvre !
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Elena Hristova · il y a
un matin bien éprouvant, on s'en souviendra.
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Didier Caille · il y a
Mes votes d'encouragement et continuez Damien :) et je vous invite à découvrir mon univers http://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/le-programme-brume?all-comments=true&update_notif=1514413361#fos_comment_2324627
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Damien G · il y a
Merci Didier ! j'irais lire votre oeuvre !
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Maour · il y a
Si c'est un de vos premiers textes, alors il faut continuer d'écrire! Ce qui est super avec l'écriture c'est qu'on progresse toujours! Or vous avez déjà un bon sens du récit!
Mes votes et une invitation à à lire mon Petit Poucet : http://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/la-veritable-histoire-du-petit-poucet

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Irvinrtr · il y a
Une écriture fluide, qui donne l'impression d'y être. Bravo.
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Damien G · il y a
Merci beaucoup Irvinrtr !
C'est un des premiers textes que j'écris, les commentaires font plaisirs !

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