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Ce jour de l’Assomption

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Angèle Carutti

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C’est aujourd’hui le jour de la montée au ciel de Marie. Marie, elle, elle ne montera ni ne descendra nulle part. Ce qu’elle va faire aujourd’hui, c’est rien.

Les volets sont presque clos, on croirait veiller un mort et c’est un peu ça. Elle veille Marie, elle veille. Le jour elle tourne en rond, la nuit elle ne dort pas. Elle se tracasse, elle range, récure, peste, pense aux factures et aux mauvaises herbes qui ont dû pousser devant la case du columbarium. Elle pense à tout ce qu’il y a à faire, elle égrène tout ce qu’elle ne fera pas.

C’est un dimanche en pleine semaine, un de ces jours où les gens vont en famille. Les magasins sont de moins en moins fermés mais elle n’a pas envie d’y aller. Il fait encore chaud mais les jours raccourcissent. Elle s’ennuie.

Ça fait trois mois qu’il est mort maintenant. Il s’est effondré là, dans la pièce principale de la maison. Il s’est étouffé en répétant qu’il était en train de crever, il est devenu bleu, son regard s’est relâché et puis s’est figé. C’était fini. Il est parti quand sonnaient les douze coups de midi. Elle a dit ces mots à sa fille, au téléphone, la bouche pleine de chagrin : « il est mort ».

Après des mois de lutte, de torture, de peine et de dérive. Le vide est tombé d’un coup sur cinquante ans de vie. Qu’est-ce qu’on fait de cette tasse, où range-t-on ces chaussures, faut-il refaire le lit, est-ce que quelqu’un va venir. Qu’est-ce qu’on fait de ses mains quand on perd le panier à porter, la moitié de sa vaisselle à laver et de son linge à étendre. Comment répare-t-on la chaudière, qui s’occupe de la vidange, est-ce qu’on a le droit de jeter des choses.

Cinquante ans de promesse tenue, cinquante ans de vie d’épouse, ça et seulement ça. Personne ne peut rien savoir du silence, de la solitude immense. De l’abandon que c’est, d’un seul coup. Elle n’a pas d’amis, presque pas de famille et très peu d’argent. La bicoque est un peu branlante, le toit prend l’eau, il pleut parfois sur le dessus du réfrigérateur. Et puis c’est humide, c’est froid l’hiver, mal isolé. Il faut une fortune pour chauffer à peu près correctement. L’hiver il y aura de la glace sur le perron. Si jamais elle glisse... Le mieux sera de ne pas sortir.
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