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Ce fut un beau tintamarre !

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Je me suis souvent demandé si les ingrédients nécessaires à l'invention d'un bon roman ne viendraient pas à faire, progressivement, défaut en raison de la disparition des amours impossibles ou interdites, des grossesses cachées et des enfants illégitimes. Un événement relança pour moi cette interrogation.
Je trouvais un jour ce message sur mon répondeur  : "Bonjour, je m'appelle François Bellanocche et je désirerai vous rencontrer. Cette rencontre sera un peu compliquée, car je ne peux plus me déplacer, étant trop âgé. J'habite en Corse, dans le village de Casanova de Venaco qui est, comme vous le savez, le berceau de votre famille, mais aussi de la mienne. Pourriez vous envisager de venir me voir ? » Devant l'énoncé de ce nom si prometteur, François Bellanoche, François Belle-nuit, je ne résistais pas et pris le premier avion en partance pour Ajaccio et de là, en louant une voiture, je me retrouvais sur les petites routes de Corse, en cette saison, enneigées, et arrivais dans ce village où avait vécu mon grand-père enfant et adolescent, jusqu'à ce qu'il se marie avec ma grand-mère. De cette rencontre, j'en attendais en effet beaucoup. C'était l'espoir de lever enfin un lourd secret de famille - savoir enfin pourquoi, le jour du mariage de mon grand-père et de ma grand-mère, tandis que le cortège traversait les rues du village, tous les voisins, sur le pas de leurs portes, avaient tapé bruyamment sur leurs instruments de cuisine, poêles et casseroles. C'était en effet la coutume : Il y avait un tintamarre lorsque quelque chose faisait obstacle à ce mariage, lorsque l'un des deux conjoints était déjà engagé ailleurs. Une de mes cousines, qui habitait toujours à Casanova, m'avait raconté cet événement sous le sceau du secret mais j'en ignorais les raisons.

C'est donc cet homme inconnu de moi jusqu'à ce jour qui me les donna : Il m'apprit qu'il était le fils de mon grand-père un fils qu'il n'avait jamais reconnu. Sa mère était une jeune fille du village et il était né quelques temps avant la naissance de ma mère.
Revenu au pays, il désirait en savoir un peu plus sur la famille de son père. Nous eûmes une longue, très longue conversation au coin du feu et il me raconta comment, étant enfant, il était appelé Ucelli, qui en corse veut dire Petit oiseau. Je fus alors très surprise de constater que ces quatre lettres ailées, ... Elli, terminaient le nom de mon grand-père. Les gens du village savaient eux de qui il était le fils et l'avaient reconnu comme tel par ce sobriquet. J'étais heureuse de savoir aussi que même sans l'appui de ce père qui lui avait fait défaut, il avait pu faire de brillantes études et qu'il était même devenu un grand serviteur de l'état. Avec cette rencontre, une page était tournée, celle d'une sourde culpabilité familiale. Comme le dit le proverbe, les parents ont mangé des raisins verts et les dents des enfants en ont été agacées. En l'occurrence, c'était mon grand-père qui avait mangé ces raisins et qui ne les avait pas trouvé trop verts.
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Sylvie Loy · il y a
Une jolie petite histoire familiale comme je les aime ! A bientôt !
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