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Cette après-midi-là, j’ai pas eu le choix, j’ai dû m’asseoir dans cette salle de réunion, à coté de mes deux collègues et leur demander si je pouvais dormir chez l’un ou chez l’autre cette nuit-là. Ça n’a pas été la chose la plus facile à faire mais rester là à les voir essayer de trouver une échappatoire a été encore pire. Au début seulement. Parce que j’ai vite compris que ce n’était pas moi qui était le plus dans l’embarra. Oui moi certes je n’avais pas de toit mais eux en avait un et essayaient de le protéger de la terrible menace que je représentais tout en tentant de rester poli. En fait c’était plutôt pathétique, et comique à voir. Les voir se débattre, ne pas savoir où poser leur regard, avoir des gestes étranges, saccadés, et poser des questions pour tenter de noyer le poisson m’a fait beaucoup rire. Et je ris aussi bien que je respire sous l’eau. Pas de noyade en perspective. Alors j’ai recommencé. Parce que j’aime bien me marrer et puis aussi parce que ça me permettait de faire le tri et de catégoriser les personnes de mon entourage. Colonne de gauche ou colonne de droite. Un « Oui, bien sûr. Mon canapé n’est pas hyper confortable mais il a le mérite d’être là et il est sous-utilisé la nuit. Ça me ferait plaisir que tu dormes à la maison. » t’envoi illico dans la colonne de gauche. Un simple « oui » aussi. Par contre si tes yeux commencent à clignoter, tes mains à s’agiter et toi à bégayer, je n’ai pas besoin de mots pour savoir que je dois te ranger à droite, dans la colonne des gens sur qui je ne pourrai jamais compter. Je suis devenu un vrai expert pour repérer les symptômes de cette maladie que j’appelle l’égoïsme.

Mon problème de logement s’est résolu assez rapidement mais j’ai continué à l’exploiter. C’est comme ça que j’ai pu catégoriser la plupart des personnes que je connaissais et tester tous les canapés de celles déjà rangées dans la colonne de gauche. Après quelque mois, j’avais donc une vision claire de ceux sur qui je pouvais compter. Et Julien faisait partie de ceux-là. Il avait dit oui tout de suite, sans poser de question. Cela faisait trois jours que je dormais sur son canapé.

Cette après-midi-là on est allés boire un café place Saint Léonard. Il faisait vraiment beau pour un mois de septembre. La terrasse était bondée et tout le monde profitait du marché du dimanche pour faire ses courses. Ça défilait sous nos yeux. La maman avec sa poussette et son gamin les bras chargés de poireaux, le petit vieux avec sa canne qui avance en maugréant, la concierge qui fait un rapide signe de la main. Merde, la concierge. Je prie tous les dieux en lesquels je ne crois pas pour que Julien ne l’ait pas reconnue. Inutile. Ils sont tous contre moi, elle s’avance vers nous. « Bonjour Monsieur Dubois. Vous allez bien ? Est-ce que le plombier a eu le temps de passer chez vous pour la fuite sous votre évier ? » Je n’ai même pas besoin de regarder Julien pour savoir qu’il vient de me catégoriser. Colonne de droite, ceux en qui on ne peut pas avoir confiance, les menteurs.
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