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« Aime cette vie. Casse lui la gueule. Bouleverse-toi d'elle. Elle te donnera des ailes. » – Richard Bohringer

Longtemps, j'ai cherché l'amour. 
Ou plutôt pour être tout à fait exacte, longtemps, j'ai cherché « l'Amour ».
Le Grand. Le vertigineux.  Celui qui fait atteindre les cimes juste du bout du regard. Qui prend aux tripes, qui cogne dans la poitrine, qui t'explose en pleine face.
Poudre aux yeux. Ou poudre aux cons peut-être, je ne sais pas.
Je confesse avoir navigué sur le tristement conventionnel. Le commun. Le banal.
Le burlesque, parfois. Une pincée de (pseudo) dramatique. 

Commedia dell'arte.
Moi dans le rôle principal, les autres étant déjà pris. 
Trois coups. 
Levée de rideaux. 

Comme tout le monde, depuis la nuit des temps, depuis l’histoire de la pomme, j'ai couru après le précieux Graal.
En un peu moins chevaleresque. Un peu moins féérique. Le torse bombé, le décolleté plongeant, les cheveux lissés au fer brûlant. 
Longtemps. 
Je me suis déguisée. Pour l’attirer. J'ai changé de masques, souvent. Ajusté mon rôle, adapté mon verbe.
Longtemps. Trop longtemps. 
J'ai usé d'artifices, de strass et de jolies paillettes. Objectif mal dissimulé, lui en mettre plein la vue.
Caméléon d'un soir. Hésitant. Maladroit. Balbutiant.
Danseuse au regard triste. 

Révérence bien basse.

A l'école j'ai été subjuguée par la  théorie de Platon. 
J'ai cru à la jolie légende. Il me le fallait coûte que coûte. L'être manquant. l'Autre partie. La moitié pansement.
J'ai cru que seul, on était viscéralement incomplet. Inutile. Désespéré. 

Et surtout bon à rien. Ou à pas grand-chose. Juste un tout petit rôle. Un figurant de seconde zone.

Ado, je me suis rêvée Bonnie. Odette. Nadja.
Il y a des rêves qui emprisonnent. Qui empoisonnent. Qui finissent par te pourrir la vie.
Fallait finir le puzzle. Rassembler les bouts. Les colmater avec de la super glue pour ne plus qu'ils s'échappent… Car oui ça s'échappent en plus, ces conneries.

Je l'ai effleuré du bout des doigts, le bougre, il a glissé au creux de mes reins. Je l'ai embrassé à pleine bouche, ou du moins j'ai cru le faire. Je me suis vautrée dans ses draps. J'ai fait jouer ma langue le long de dunes interdites.Je l'ai croisé au hasard d'un bar aux néons blafards, d'un sourire dentifrice ou encore de mains un peu trop baladeuses.

On ne juge pas, hein.

Il a caressé mon ventre. 
Pénétré l’origine du monde. 
Et je me suis demandé si c'était ça, L'Amour.

Tout s'est accéléré. L'intrigue a déraillé. 
Piano Piano.

Il a fait péter la carapace. Il a fissuré les fondations. Il a failli tout engloutir, sous la force de l'implosion.
A un pas du précipice, les cheveux en vrac et les cernes en plus, j'ai été ébranlée par les doutes, je me suis demandé si c'était vraiment lui, le Grand ? Élan de lucidité, mieux vaut tard que jamais vous me direz.
Et j'ai rejoué. 
Encore. 
Parce que je comprends vite, mais faut m'expliquer longtemps. Un peu dure de la caboche, la meuf.
Je suis remontée dans le manège, en mode grand huit, tête à l'envers, vent qui fouette les joues.
Façon jour sans fin souvent.
Jours sans faim parfois.
Il est venu à moi, plusieurs fois, même par effraction. 
Il s'est barré en douce, chaque fois.

Le con. 

J’ai réalisé qu'on peut être malheureux à deux, parfois.
Et même que ça c'est pire.

J'ai cherché le sens, à tout ça. Tard le soir. Tôt le matin. Avec comme seule horizon le plafond jaunis de ma petite chambre. Inlassablement, lovée dans mon antre à moi. Comptant les tuiles qui m'arrivaient dans la gueule plus que les moutons. J'ai cru perdre l'objectif de la quête. 
Oublier le début de la pièce. 
Mais peut-être qu'aucune rencontre n'est le fruit du hasard. Que chaque être, chaque conte, chaque corps qui percute le notre et fait écho en nous à une raison de survenir qui nous échappe. 

Car qu'est ce que le bonheur en fait ?

Sans doute juste des tout petits bouts, de tout petits rien. Des fragments. Des souvenirs. Des brides. Des mots. Des caresses. Des « je t'aime », même pour de faux. Qui se croisent, se mêlent, se tissent, se filent.
Des choses simples et banales qui chauffent le cœur.
Une intrigue, des protagonistes, un narrateur, des cris, des sourires, des rires. Un ballet. Une histoire.
La vôtre. Le nôtre. La mienne.
Qu'on joue, qui se joue. Qu'on écrit, qui s'écrit.

Eh oui longtemps, j'ai cherché l'amour.

Aujourd'hui ?

Aujourd'hui je cueille ces tout petits rien au gré des jours qui me lèvent. Les pieds ancrés dans le sol. Sans plus courber l'échine. Ou juste le temps d'une arabesque.
Et c'est déjà pas si mal…

Clap. Clap. 
Encore. 
En c(h)oeur : « Carpe Diem ».

PRIX

Image de Hiver 2018 - 2019
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Artvic · il y a
Je vous découvre et j'aime beaucoup !
Votre texte est une liqueur ! On le boit par petites gorgées et on n'ose pas finir le verre pour ne pas arriver au fond !
Bravo Déborah pour votre composition pleine de choses réellement senties et partagée, c'est un volcan !
Amitiés et merci d'être passée sur ma poésie.

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Abi Allano · il y a
C'est Volsi qui m'a conseillée de passer vous lire. Ben, je ne regrette pas le détour !
Ça file, défile, bouscule, ondule...un très beau texte, émouvant.

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Déborah Locatelli · il y a
Merci beaucoup Abi! Et un grand merci à Volsi aussi alors...☺
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ash36 · il y a
C'est Volsi qui m'a dit de passer aussi :)) Je m'en vais lire vos autres écrits avec plaisir.
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Melinda Schilge · il y a
Toutes mes voix. On vibre au rythme de ce texte qui ondule, et qui offre sa sincérité. Des questions d'aujourd'hui, d'hier et de demain, on n'a pas fini de chercher l'âme sœur et quand on l'a trouvé, on ne le sait pas toujours.
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Déborah Locatelli · il y a
Merci beaucoup pour ce gentil commentaire...C'est vrai, on ne le sait pas toujours, ou parfois trop tard...Belle soirée, à bientôt.
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Patrick Peronne · il y a
Je n'ai aucune recette, aucune explication (après 65 ans passés à faire les cent pas… vous connaissez la suite : on n'sait jamais…), peut-être une intuition, et encore… ! En revanche ce que je peux affirmer, c'est que l'écriture et vous, formez un couple harmonieux, idéal (?). Continuez à faire qu'il s'épanouisse pour le plaisir des lecteurs, et pour le vôtre. Carpe diem.
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Déborah Locatelli · il y a
Un grand merci Patrick, c'est un commentaire qui m'encourage! Très bonne soirée. A bientôt!
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Clitomaque · il y a
Des questions, une quête vieille comme ... on ne sait plus très bien d'ailleurs ! Racontées ici dans la langue d'aujourd'hui. Avec tous les échos de la ritournelle, du ressassé, du passé. Tellement d’aujourd’hui, tellement de toujours ...
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Déborah Locatelli · il y a
Merci beaucoup d'être passée par ici...Bonne soirée.
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NéoEcaner · il y a
Les fées quantiques contradiront votre constat statistique amer, Deborah.
Des connections avec des grands A se produisent, défiant le scepticisme et le desespoir, défiant la géographie ou le temps.
N'attendez rien. Ne cherchez surtout pas. Cela adviendra.
Carpe Diem ?
Oui !
un peu, beaucoup... à la folie !

(De quoi je me mêle, moi ?)

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Déborah Locatelli · il y a
J'aime beaucoup votre commentaire... Très clairvoyant... Merci d'être passé par ici... A bientôt.
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Miraje · il y a
Une quête du Graal rarement satisfaite ... Ne restent que des instants de vie, minces, comme l'espoir.
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Déborah Locatelli · il y a
C'est tout à fait ça...Merci d'être passé Miraje, à bientôt!
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Alain Chenoz · il y a
Jacques Faizant, le caricaturiste, définissait le bonheur comme un festin de miettes...picorons !
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Déborah Locatelli · il y a
C'est exactement ça! Merci d'être passé Alain!
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Jenny Guillaume · il y a
J'ai beaucoup aimé le ton utilisé, le style de l'écriture et le rythme, bravo !
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Déborah Locatelli · il y a
Merci beaucoup Jenny...
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Mome de Meuse · il y a
Absolument bouleversant !
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Déborah Locatelli · il y a
Merci beaucoup...
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