Carpe Diem

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Un distributeur d'histoires, comme un distributeur de friandises! J'adore l'idée. Dans ce temps clos de l'attente, pétri d'impatience, d'angoisse parfois, le réconfort d'un petit papier doux  [+]

Image de Hiver 2018
Depuis une semaine, la rentrée occupe tout l’espace. Les médias, les commerces, les derniers rêves de vacances, la tête des parents, des professeurs, des enfants. C’est l’overdose totale.

Le compte à rebours a été lancé, c’est aujourd’hui.

Adrien, la tête sous la couette, refuse d’entendre le réveil. Il se roule en boule, se fait tout petit. Trop tôt, trop stressant, trop flippant. L’alarme sonne le rappel. Il ouvre un œil sur un ciel gris, un vieux ciel de rentrée. Retourne dans sa tanière chaude. Se rendort. Se réveille en sursaut, jaillit du lit. Cette fois, c’est sûr, il va être en retard !

Il plonge dans son jean, change son tee-shirt de nuit pour un autre un peu plus frais. La main en guise de peigne, il organise les touffes rebelles tout en forçant des deux pieds dans ses larges baskets noires. Passe en trombe à la cuisine, saisit une brique de jus d’ananas, se coule dans sa veste et hisse son sac sur une épaule.

Le bus est passé, il attend le suivant tout en songeant qu’il n’espère pas grand-chose de cette année scolaire. Il se représente les mêmes programmes, les mêmes pupitres, les mêmes compagnons rebelles ou ramollis, les mêmes profs... Rien qui fasse franchement grimper aux rideaux.

Quand Adrien arrive, la cour du lycée est déjà vide. Le surveillant général lui jette un regard désabusé mais ne l’interpelle pas. Où sont les listes d’élèves ? Ah ! Les voilà. Sa classe se trouve dans le bâtiment C, deuxième étage.

Adrien monte les marches avec une sensation de pesanteur accablante. Tout son poids le tire vers le bas, lui qui voudrait glisser, s’envoler... Le ciel a déchiré la fine étoffe grise qui cachait tous ses éclats et pète un bleu d’azur dense, luminescent, où flottent d’éblouissants fils de lumière.

C’est là. Il pousse la porte de la classe, trouve sa place, s’effondre plus qu’il ne s’assied sur la chaise libre. Son sac est devant lui, avachi. Il y pose la tête. Ferme les yeux un bref instant, s’étonne pour finir du silence qui l’enveloppe.
Il regarde autour de lui, malheureux de se trouver là, il étouffe tout à coup ! Il s’est levé, s’est approché de la fenêtre.

Le gros tilleul de la cour frémit sous un petit vent taquin. Adrien ouvre la fenêtre, se penche, respire... L’été va finir en apothéose et il resterait là, enfermé dans les vieilles poussières du lycée ? La vie l’appelle, ailleurs. La vie si brève, qui n’attendra pas, qui lui filera entre les doigts.

Alors, sans tergiverser davantage, Adrien ouvre les quatre fenêtres de la salle de classe, revient à son pupitre, saisit son sac et avant de s’éloigner, lance dans un éclat de rire : « Libérez-vous, mes petits potes, envolez-vous ! N’attendez pas, les chérubins : basta à toutes les contraintes et carpe diem ! »

Puis une insolente cavalcade ébranle l’escalier tandis que trente-deux élèves de terminale, médusés, fixent la porte par où vient de disparaître Adrien Zeller, leur professeur d’histoire-géographie.

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