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Caresse d'espoir

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Grenadine greed

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72

FINALISTE
Sélection Jury

À peine le temps de prendre un thé, les recherches ont commencé. La nuit déjà en était baignée.
C’était plus fort qu’elle ce matin, son index blessé et fin furetait entre les miettes, entre les gouttes de gelée de mûres. Jusqu’aux éraflures de la croûte que l’on lisse du doigt. Jusqu’à la mollesse de la mie que l’on pétrit et sculpte en blancs monticules.
Aurait-il pu se cacher là, se faire griller avec le pain, supporter cette brûlure puis la déchirante étreinte d’une bouche affamée ?
Elle explore l’espace de la pièce, examine les recoins, sonde le contenu des meubles, de la passoire aux allumettes, des piments d’Espelette à l’écumoire. Puis claque les portes idiotes qui ne dissimulent rien.

Le miroir du couloir la regarde passer, mine butée en sa quête déterminée, mais l’espièglerie se trahit sous le regard noir, tel un reflet de soleil dans le café. Une robe rayée, bayadère chamarrée, et des espadrilles lacées aux chevilles.

L’examen des lieux ne fait que débuter, incertain, curieux. Elle fouine et farfouille, remue, brasse, retourne. De secondes en heures écoulées, à la nuit tombée sur le canapé, poursuit sa tâche acharnée. Un par un les coussins sont palpés, massés, malaxés. Dans leur refus de livrer le moindre secret, les voilà rageusement triturés, frappés, les jeunes poings serrés tambourinant à grands cris sur leur ventre gonflé, laissant ça et là s’échapper une plumette immaculée, apaisant flocon duveteux venant chatouiller la main crispée qui se détend peu à peu. Avant le sommeil, pelotonnée comme un chaton fatigué d’avoir trop chahuté, elle étreint le plus généreux des coussins, l’enlace comme un amant moelleux, plante ses griffes dans l’épaisse étoffe en gloussant à la pensée de celui qu’elle rêverait là, entre ses bras de féline lassée. Puis s’étend un silence ouaté.

À l’aube, l’esprit glorieux, elle pose un regard avisé sur le jardin où la pluie a cessé. Nouvelle journée, elle va le trouver, elle est déterminée.
À l’est, entre le mur en pierres sèches à moitié écroulé et la balançoire de guingois, difficile d’avancer. Ses pieds heurtent les cailloux, et les ronces traîtresses égratignent ses chevilles enrubannées, laissant perler de minuscules gouttes de sang.
À l’ouest un terrain plus défriché, moins accidenté. En haut d’un promontoire une esplanade contemple le lointain, jusqu’à l’estuaire que l’imaginaire dessine. Du haut de ce perchoir, elle scrute tout ce qu’effleurent ses yeux. Son regard, fiévreux de ce qu’il veut quérir, insiste et fait le point.
Mais il n’est pas là, elle baisse les bras, il a dû partir vers l’Espagne, escaladant les Pyrénées et flottant vers des terres andalouses où il dansera au son des chants, virevoltera dans la chaleur des soirées.

C’est à la mi-journée, découragée et lasse, qu’elle se laisse choir sur une pierre près de la cabane à outils. Là gisent un bidon d’essence, un vieil arrosoir, quelques planches lui semblant étrangement familières. Elle se lève d’un bond et pénètre dans le désordre sombre du cagibi où elle découvre, trônant parmi d’improbables objets oubliés, l’ancienne armoire de sa chambre d’enfant, chinée aux puces par ses parents. Coup au cœur, afflux de mémoire, elle avance une main vibrante et touche le bois poli, effleure le tiroir, son tiroir secret qu’elle ouvre lentement.
Ça y est, enfin, elle le frôle, le frissonne, l’apprivoise, l’aimante, le caresse ! L’espoir !
L’espoir qui se glisse, se défile, fuit puis nous inonde. L’espoir que l’on ne tient jamais en laisse, mais nous laisse parfois pantois. L’espoir qui, sans se laisser apercevoir, était déjà là, si prodigieux, si fou, si dérisoire. Au détour sans savoir d’une histoire illusoire, d’un dessein de hasard, d’un vent de vie sans fard, l’espoir. L’espoir qui se laisse caresser dans le soir.

PRIX

Image de Eté 2016
72

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RAC · il y a
Ouvrir le passé sur l'avenir ?!
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Merlin28 · il y a
L'espoir fait vivre... c'est bien connu
Grenadine ma balade entre deux mondes au bord de l'eau est en finale et a besoin de votre soutien

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Utilisateur désactivé · il y a
Une belle découverte, sur une réflexion intérieure.
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Dominique Hilloulin · il y a
je suis repassé avec plaisir relire votre oeuvre à la une , mais ne peux voter deux fois ."artiste, poème que vous avez soutenu lors des qualifs , est devenu finaliste. Si vous souhaitez le revisiter et , le cas échéant, apporter un vote de confirmation, c'est ici: http://short-edition.com/oeuvre/poetik/artiste-1, merci Grenadine, à bientôt
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Dominique Hilloulin · il y a
oups, Re lecture ce matin , mais je m'aperçois que j'ai déjà voté ! Je vous suggère mon poème "Artiste" en lecture et appréciation http://short-edition.com/oeuvre/poetik/artiste-1
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Fred Panassac · il y a
Il y a une poésie extraordinaire dans cette recherche obstinée tout en douceur !
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Grenadine greed · il y a
Un grand merci Fred, votre commentaire me fait vraiment plaisir !
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Virgo34 · il y a
Bonne chance !
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Grenadine greed · il y a
Merci ! :-)
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Nastasia B · il y a
Ma modeste contribution et mes encouragements.
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Dolotarasse · il y a
Les tiroirs du passé, et même du présent, sont remplis d'un tas de choses y compris l'espoir. Beau texte !
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Grenadine greed · il y a
Merci d'être venue me lire et heureuse de vous compter parmi mes abonnés !
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Claire Dévas · il y a
Mon vote ! Mon vote pour cette quête d'espoir pugnace ! Superbe narration :-)
Pour découvrir ma nouvelle en lice :
http://short-edition.com/oeuvre/nouvelles/au-13-de-la-rue-maupassant

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Grenadine greed · il y a
Merci beaucoup pour votre commentaire enthousiaste !
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