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Canaritournelle

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David Rudloff

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Lorsque j'ouvre l'oeil, plongé dans mon plumage ébouriffé, je sens cette présence. Je sors ma tête et, effectivement, ses grands yeux verts me fixent avec intensité, avec rapacité.

Il a éprouvé plusieurs fois la solidité de ma cage. Il n'essaiera rien. Mais il est patient et il attend la moindre faille, le moindre oubli.

Alors je m'ébroue et, pressé de voir du monde arriver pour interrompre ce tête à tête oppressant, je me lance dans mes plus belles gammes, stridentes à souhait, avec cet accent aigu typiquement citadin.

Au bout de quelques minutes, le papa arrive dans la cuisine, sa barbe crisse sous ses doigts, pendant que l'autre main gratte avec méthode son postérieur. Je m'interromps immédiatement, sentant que tant qu'il n'a pas eu son café, il ne vaut mieux pas vriller ses oreilles.

Pendant qu'il s'en va, je reprends mes exercices matinaux et c'est bientôt la grande qui arrive, le casque sur les oreilles. Je me sens mis au défi de me faire entendre. Je hurle à ma péter le gésier et je crois que je parviens à lui arracher un coup d'oeil vide. Bon, je me calme sinon je vais bientôt avoir une voix de vieux corbeau.

Puis vient la petite. Je l'adore. Je l'attendais pour prendre mon bain. Elle éclate à chaque fois de son rire cascadant quand je secoue mes plumes et que je parviens à éclabousser le chat. Celui-ci espère d'ailleurs que la petite me nourrira et oubliera, enfin, de refermer la cage.

Mais voilà la maman qui entre avec cette allure douce et en même temps efficace. Remplissage des bacs à graine, changement de l'eau, nettoyage, en 30 secondes chronos. Avec elle, aucune chance que le chat ne me croque. Alors, je sors mon chant bien appliqué, le chant du canari poli et bien éduqué.

Tout le monde, au pas cadencé de ma ritournelle, s'attable et fait défiler pain, lait, flocon d'avoine. La farandole gourmande circule sur la table comme si mon chant animait chaque objet.

Le coucou de la pendule sort crânement pour stopper la fête. Tout le monde disparaît en moins de cinq minutes.

Me voilà face au chat, pendant une longue journée, à me mirer dans ses grands yeux verts
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Sylvie Franceus · il y a
L'a qu'un œil le canari ?
J'aime bien votre récit et la vie de famille vue de l'intérieur de la cage. Oui, j'aime bien

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David Rudloff · il y a
Non, mais quand il se réveille et qu'il sort sa tête de ses plumes, y a toujours un oeil qui émerge d'abord. :-)
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Sylvie Franceus · il y a
Ah, c'est pour ça... un peu comme moi, en fait... oqué, oqué... je vois bien le truc !
Merci encore

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Joëlle Brethes · il y a
Pourvu que Grosminet n'aie jamais l'occasion de dévorer cet adorabe Titi qui nous a fait partager son quotidien le court instant d'un texte :-)
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David Rudloff · il y a
faprifti faufiffe, ve vais le bouffer fe fatané Titi !
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Joëlle Brethes · il y a
Lol !
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