Cal

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Des mots amoureuse passionnément les tricote ma vie agrandissent Autrice de deux romans et un recueil de Nouvelles : - Dans L'entre-d'eux Boby (2018) - C'est mamie qui régale ! (2019) - La  [+]

Image de Printemps 2016
Intimidée les premières fois par sa magnificence.
Charmant et hospitalier.
Je lui tourne autour presque tous les jours.
Je lève la tête. La baisse.
Je minaude. Le drague, ouvertement.
L’observe. Le respire.
Tous mes sens sont en éveil.
Je l’admire. Je suis folle de lui. Tellement bien en sa compagnie.
Parfois, j’ai envie de me prosterner. De m’agenouiller. De le remercier.
À chacune de mes visites, c’est la même chose.
Il me permet de résister aux déceptions de l’existence.
Il me solidifie. Me magnifie aussi.
Je ne suis pas la même à ses côtés. Je suis habitée.
Il m’offre tant. Qu’ai-je à lui donner ?
Ma reconnaissance. Mon respect. Ma gratitude pour tout le bien qu’il me fait.
Ce que je peux l’aimer.
J’ai envie de lui, souvent.
Besoin de lui, toujours.
Je sais, je suis incorrigible.
Les premiers rayons caressent notre couple.
C’est bon.
Nous sommes devenus si familiers.
Il n’est pas coquet, pas superficiel, ni ambitieux. Rien de tout cela. Pas très grand. Bien assez pour moi.
Naturellement beau, en toute saison. D’une beauté authentique. Authentiquement simple. D’une simplicité exemplaire. Un exemple revigorant, ressourçant, sans pareil.

L’été, la terre environnante craque d’amertume l’enviant pour sa rumeur placide. À certaines heures, il chantonne. Grâce à ses compagnons qui fredonnent tous en chœur. On entend le chant des mouettes, le cancan des canards, le coassement des grenouilles, les stridulations des cigales. J’aime les écouter. Ils me font rire. Sainement rire. Cependant, je sais qu’il souffre aussi. Son niveau baisse. Sa température s’élève. Sa surface est luisante de crème solaire. Pour vous baigner, les vacanciers, allez plutôt à Palavas-les-Flots !

L’automne, aux pieds des arbres, la mousse colonise la roche, et les champignons se chamaillent la meilleure place. Les branches se déshabillent et laissent leurs feuilles virevolter sur lui. Il accepte sans bruit. Tolérant. Après une averse, il resplendit. Des gouttelettes de pluie miroitent à sa surface pendant que les peupliers s’ébrouent tranquillement. Il se rit des marronniers, largement déployés, qui frétillent d’arrogance en projetant leurs énormes marrons. Au crépuscule, il s’endort paisiblement tandis que les ragondins discutent, friands de plaisanteries et de potins.

En hiver, le froid rit avec méchanceté entre les arbres dénudés qui grelottent, et les cailloux grondent sous les pas des promeneurs. Lui, paisible, frissonne parfois, sans jamais se glacer. Il possède tout autour une ribambelle de copains, fidèles, ses troncs d’arbres à toucher, à enlacer, à réchauffer, à aimer.

Au printemps, les naissances sont nombreuses. La bise balbutie, le vent gifle. Mais les petits s’accrochent aux branches parce qu’ils sont déterminés à éclore. Le soleil pouponne, dorlote tout ce petit monde, éclate même de rire pendant que les nuages boudent dans leur coin. Indifférents aux cieux, le pissenlit hume le romarin aux senteurs sauvages, le thym vaporise sur l’herbe folle son essence de garrigue, et les boutons d’or jaunissent en se racontant des horreurs. Lui se réjouit de toute cette métamorphose qui le rendra encore plus resplendissant, plus fort.

Cal, c’est le lac de mon village. Né dans les années 1990.
Je lui rends visite tous les dimanches. En semaine aussi.
Sa naissance a été très mouvementée.
Avec de multiples rebondissements.
Mais il a tracé son sillon.
Il est formé dans le cratère d’une ancienne carrière.
Son eau provient de la nappe phréatique qui alimente en eau potable les robinets.
Ce qui pollue l’un risque fortement de polluer l’autre.
Je compte sur vous, les touristes, pas de chahut, ni de mauvaise blague.
Attention danger ! Aucune entourloupette !
Pas de papier gras, pas de plastique, pas de cigarette, ni de canette.
Parce que Cal pousse des ouille silencieux, mais douloureux.
Nous voulons le garder beau, propre, brillant, vivant gai et riant.
Avec ses petits coins et recoins pour la pêche, des endroits poissonneux frétillants.
Il est apaisant d’écouter le mouvement léger de l’eau contre la rive.
Prenons-en soin. Respectez-le. Il vous le rendra mille fois.
Ne le trompez pas. Il se vengera.
Cal et moi sommes intimement liés depuis une vingtaine d’années.
Il a trente-et-un ans de moins que moi.
Les sentiments n’ont pas d’âge.
On peut bien m’affubler de cougar. On n’empêchera jamais les gens de jaser.

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Bereigi · il y a
Très belle ode à la nature. J'éprouve la même passion que toi. J'aime aller me promener au bord de l'Huveaune. Je ne me lasse jamais de la regarder. J'ai peur aussi qu'on me l'abîme !!
J'ai aussi été piégé au début. Mais de qui parle t-elle? Mais aprés tout il s'agit bien d'amour!!
Bonne continuation

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Utilisateur désactivé · il y a
Le cal de lamartine
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Brigitte Prados · il y a
Excusez-moi pour mon retard, Pxsdutregor... Un grand merci d'avoir fait un détour par mon lac... Belle continuation à vous.
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Blandine Rigollot · il y a
J'ai lu votre texte avec grand plaisir, tant pour le style (images) qui ajoute de la beauté à la beauté de la nature, que pour la chute, doucement amenée.
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Brigitte Prados · il y a
Merci beaucoup, Rocher mauve, pour votre gentille appréciation. À bientôt sur votre page...
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JPM · il y a
Tu as cal aux pieds (je sais c'est pas très élégant, mais ça me fait rire !)
Tu cales à son miroir (oh oh , c'est plus joli ça, non ?)
Faut te calmer, sinon il sera jaloux d'elle, la mer (surréaliste)
En espagnol on dirait faut te calmar (que veux-tu, c'est de la culture)
Ne deviens pas pour lui callgirl (sinon tu seras groupie, et ça c'est con)
Tu te calfeutres en le dessinant (ouah ! Celui-ci est trop bon)
Il te calembourre (salace..., désolé)
Tu aimes ses caleçons qu'il te donne (ça finit comme ça après des années de mariage...)
Je t'épargne le calcul (trop salace)
Parce que cela risque de te calaminer la mine (bof..., peux mieux faire)
Et arrive le calage avec la vieillesse (et c'est la fin)
Bisou

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Brigitte Prados · il y a
Si je te calcule bien
T'es parti en calèche dans ton caleçon
Te réfugier dans une calanque
Pour pondre ta calembredaine
Dans ton calepin
Puis venir me la calfeutrer calmement sur ma page.
Tu sais quoi, monsieur Cal ?
Ou t'as fumé le calumet de la paix
Ou t'es vraiment calé !
Oh là, Pradoline, calmos !
(Merci, j'adore !)

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JPM · il y a
Lol!
Califourchon

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Brigitte Prados · il y a
Au fait, Cal est l'anagramme de Lac... :o)
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JPM · il y a
J'avais bien vu !
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Krystian Proksa · il y a
J aime votre style très singulier dépourvu de manières et d artifices . Tout ce qui ne ressemble a rien d autre mérite d exister . En fait , tout est dit dans la citation de René Char que vous avez choisie pour vous présenter . Amitiés .
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Brigitte Prados · il y a
Oh, merci bien Krystian pour votre bienveillant commentaire que je place dans ma besace... C'est douillet... Belle soirée à vous...
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Kory Dwen · il y a
L'amour de la nature est retranscrit avec une telle justesse. Et la dernière phrase est bien vue ^^ J'aime beaucoup !
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Brigitte Prados · il y a
Merci Korydwenn pour votre sympathique commentaire. Cela me fait plaisir que vous pointiez du doigt la dernière phrase, en somme, la chute... Belle continuation à vous...
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Utilisateur désactivé · il y a
Cal, c'est l'amour espérer, c'est l'amour de demain?
C'est l'amour à venir !

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Brigitte Prados · il y a
Cal, c'est tout cela à la fois... La Nature est si ressourçante ! Merci à nouveau Hans ! À bientôt...
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Gerard de Savoie · il y a
on peut être aussi Amoureux de la nature....votre texte l'évoque avec talent....j'ai aussi, comme vous, un ou deux endroits, où je voudrais être le seul à connaître, pour en conserver la pureté....+1
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Brigitte Prados · il y a
Mon sourire de remerciement, Gherb... Belle soirée...
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Geneviève Marceau · il y a
:-)
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Brigitte Prados · il y a
Merci bien, Geneviève...
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Logan43 · il y a
Bonsoir Pradoline, j'ai lu votre texte avec beaucoup d'émotion. Certes, j'ai au début pensé, comme la plupart des lecteurs et lectrices sans aucun doute, que
votre écrit était une déclaration d'amour pour une personne chère. Et le fait que cette déclaration s'adresse à ce lac qui vous est si proche dans votre cœur, n'enlève en rien l'émotion qui ressort à la lecture de vos mots, touchants, forts, et empreints de poésie. Vous nous offrez, de surcroit, une ode magnifique sur la beauté de la nature, la nécessité de la préserver de toute pollution, et une douce et très colorée description du site à travers le voyage des saisons....
C'est superbe, vraiment, et vous possédez réellement une plume scintillante d'un remarquable et très sensible talent... Merci pour cette si jolie lecture, je vote pour, naturellement+1!
Je serais heureux si vous veniez lire et éventuellement soutenir mon poème:
http://short-edition.com/oeuvre/poetik/je-viens-t-offrir D'avance, merci de tout cœur, très bonne continuation à vous...!
Noel.

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Brigitte Prados · il y a
Merci infiniment, Logan, pour votre commentaire riche et bienveillant. Je suis touchée. Je l'ai été aussi en lisant votre oeuvre magnifiquement bien écrite. Bonne chance, et à bientôt sur nos pages...

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