Cabane de rêve

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Ils écrivent tous si bien. Ma main ne peut lâcher son crayon et espère encore  [+]

Voilà déjà de longs mois que je suis installée au fond du jardin, attendant le grand départ. Devant mon état de délabrement, mon nouveau propriétaire a décidé d’entreprendre de quoi redonner mon lustre d’antan. C’est une révision générale à laquelle j’ai eu droit. Mon plancher percé a été remplacé par de belles planches en chêne assemblées à grand renfort de coups de marteau. Et puis il a fallu graisser mes essieux, remplacer les pneus qui avaient parcouru les routes de France. De longues journées sont venues où il m’a fallu endurer la morsure de la ponceuse. Me voilà nue sans mes couleurs chatoyantes, sans le nom du cirque avec qui je voyageais. J’espère ne pas rester tristement marron.
Heureusement j’ai entendu les enfants réclamer à leur père du bleu, du vert, du jaune...rêver déjà aux dessins qu’ils feront sur mes parois avant de s’embarquer pour cette semaine de vacances en Dordogne. Un grand tapis est installé, qui protègera du froid les petits pieds au réveil. Dans le fond, une grande couchette recouverte de coussins brodés. Une guirlande fait le tour de l’habitacle, petits fanions amoureusement cousus, pendeloques pareilles à des boucles d’oreille de gitane, perles et franges m’apportent de la chaleur et de la fantaisie. Il le faut bien puisque je serai pendant ces vacances leur maison roulante. Une grosse lanterne accrochée au plafond, des bougies pour animer les soirées, il ne fait rien oublier et là, la mère y veille. Moi j’emporte en mon cœur tous les rires de ces années laborieuses, toutes ces histoires glanées le long des routes. Pas de radio, pas de télévision, pas de portable à bord, tel est le choix que la famille a fait pour cet été ; oubliés Donald Trump, la téléréalité et les pubs pour Mac Do. Et vive les chansons entonnées en chœur. Je me fais forte de procurer de beaux rêves à eux tous, d’inspirer les plus belles histoires, de bercer leurs écrits. J’ai vraiment hâte que tout soit prêt et que je puisse reprendre la route, et si ce voyage n’est que de courte durée, je sais qu’il y en aura d’autres et qu’en attendant j’accueillerai au fond du jardin toutes les envies de silence, je me ferai refuge pour les amours débutantes ou les menus chagrins.
« WAOUH ! qu’est-ce qu’elle est belle notre roulotte, il est trop fort mon papa. Il m’a même fait une petite couchette rien que pour moi avec deux petits volets pour m’y enfermer. J’ai demandé à ma maman si je pouvais déjà y dormir avant qu’on parte vraiment. Trop cool , elle a dit oui ! Et ce soir je prends ma lampe de poche, mon livre de Moumine, mon nin-nin, mon oreiller et je dors là. Si j’ai un peu peur, maman me laisse son portable, je peux l’appeler et elle viendra avec moi. J’ai dit à Marius, c’est mon meilleur copain, que je l’inviterai un jour. Il en crève d’envie, lui qui habite dans une super maison toute blanche, avec des tapis où il ne faut pas marcher, et des grands tableaux qui ne veulent rien dire. Moi, dans ma couchette j’ai mis ma médaille de ski et puis toutes les photos du concours de grimaces qu’on a fait en classe verte. Sous la couette j’ai caché ma provision de bonbons rapportés à Halloween. Maman a cru que j’avais déjà tout mangé et elle m’a grondé. J’ai pris mon air coupable mais je rigolais bien en pensant aux fraises tagada que je sucerais le soir, bien caché derrière ces petits volets que papa m’a laissé peindre tout seul ,un rouge et un jaune avec des étoiles dessinées dessus .
Bon, c’est quand la nuit ? C’est long d’attendre !"
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Sylvie Neveu · il y a
Une belle découverte, enfance et rêves. Tout pour fertiliser l'imagination